Il est temps pour l’Europe d’arrêter d’être complice des crimes de la NSA

Le QG de la NSA - Photo Saul Loeb/AFP

Le QG de la NSA – Photo Saul Loeb/AFP

Par Rickard Falkvinge, le 10 juin 2013

Un héros marche parmi nous, et il s’appelle Edward Snowden. Il a dévoilé une mise sur écoute électronique à grande échelle de la vie privée des gens comme vous et moi par la NSA états-unienne qui va beaucoup, beaucoup plus loin que tout ce que la Stasi est-allemande a jamais pu faire. Alors que nous ne pouvons pas et ne devons pas contrôler des agences aux USA, nous pouvons cesser de nous rendre complices de leurs crimes à l’encontre des citoyens européens.

Il est maintenant venu en pleine lumière que la NSA des USA (National Security Agency, Agence de Sécurité Nationale, ndt) met sur écoute la vie sociale d’à peu près tous les citoyens européens tandis qu’ils utilisent Facebook, Google, Gmail, Skype, des appels téléphoniques, des conférences vidéo, et nombre d’autres services. Ce ne sont pas juste des « méchants gangsters » et des « états voyous » qui sont mis sur écoute; des cartes détaillées ayant fuité révèlent qu’ils ont autant écouté les gens en Allemagne qu’ils n’en ont écoutés, disons, en Irak. Ceci est plus qu’une raison de s’inquiéter; c’est un outrage.

Ce que la NSA des USA a fait, et continue de faire, est tellement sérieux que c’est à cheval sur la frontière qui verse dans les crimes contre l’humanité.

Cette organisation d’espionnage enfreint la loi de façon quotidienne avec des mises sur écoute au hasard et sans contrôle, contrevenant également spécifiquement aux articles 6, 8 et 10 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme (droit à un procès équitable, droit à une vie privée, et droit à la liberté d’expression). La tournure d’esprit et l’attitude de telles organisations ne nous fait pas penser à la civilisation dans laquelle nous aspirons à vivre, mais plutôt aux anciennes dictatures que nous avons pu voir en Latine. Pour citer Snowden sur la NSA, « Ils disent qu’il vaut mieux botter quelqu’un hors d’un avion plutôt que de les laisser ces gens passer une journée au tribunal. C’est un état d’esprit autoritaire en général. » En y songeant bien, c’est exactement ce que les dictatures sud-américaines ont fait, et qui a déclenché une vague de réfugiés vers nous, en Europe.

Le problème ici survient quand la fin justifie les moyens. « Bien sûr que nous pouvons enfreindre quelques règles, nous sommes les gentils. » Je peux garantir à tout le monde que la Stasi est-allemande avait exactement le même état d’esprit, se considérant comme étant les gentils de l’histoire et ayant un droit de levier pour éviter les « indiscrétions » et la transparence. Un pouvoir sans bornes qui opère en dehors de la loi commencera forcément à briser ces lois, ou à les considérer directement comme des obstacles un jour ou l’autre – d’où la déclaration sur le fait de plutôt tuer les gens que de leur offrir un procès équitable.

Jusque-là, il s’agit d’un avertissement hautement sérieux pour les agences de renseignement européennes – sans parler des ensembles supervisant celles-ci – comme quoi les fins ne justifient pas les moyens, et que nous ne sommes pas plus les bons personnages que qui que ce soit l’ayant aussi pensé avoir pu être dans l’histoire. Mais c’est quelque chose de plus. C’est un appel à l’action pour le Parlement Européen et la Commission.

Nous ne pouvons pas empêcher des agences états-uniennes de violer les droits de leurs propres citoyens d’une telle façon outrageusement hors-la-loi. Mais nous pouvons cesser d’être complices de tels crimes parmi les citoyens européens.

Maintenant que nous savons – SAVONS – comment les États-Unis violent les données personnelles et privées des citoyens, il est de notre devoir d’empêcher que cela arrive aux citoyens de l’Europe, les citoyens qui nous ont élus et désignés pour les servir et les protéger (Note: Rick Falkvinge est président du Parti Pirate Européen, ndt). Nous avons besoin de le faire sans aucun souci de toute colère auto-justifiée venant des USA comme quoi nous leur retirons leurs jouets. Nous sommes la plus grosse économie du monde et n’avons besoin de nous faire brutaliser par absolument personne.

* Nous avons besoin de révoquer le statut des USA comme « Safe Harbor » (Havre abrité, ndt) pour la protection des données personnelles, puisque des preuves viennent d’être mises à jour selon lesquelles les règlements de l’UE sur les données personnelles de ses citoyens ne sont pas simplement ignorées, mais systématiquement violées par le gouvernement US. Une fois de plus, les données des citoyens allemands ont été ponctionnées par la NSA autant que pour les Irakiens.

*Nous avons besoin de révoquer immédiatement l’accord en rapport aux virements SWIFT par lequel les USA reçoivent des informations sur les transactions bancaires des citoyens européens.

* Nous avons besoin de révoquer tous les accords existants sur le partage de données entre les agences de renseignement de l’Europe et des États-Unis. Plusieurs de ces agences en Europe ont par dessus le marché été constatées avoir une attitude légère avec la loi, outrepassant les interdictions sur les écoutes de leur propre population en s’accordant pour s’écouter les uns les autres dans un deal « J’écoute les tiens t’écoutes les miens ».

Mais peut-être par dessus tout, l’Europe a besoin d’en apprendre sa leçon. La Directive de Rétention des Données et idées similaires sont des égrégores du même acabit que ces violations outrageantes de la NSA, l’idée que des vérifications effectives faites sur les citoyens prennent toujours un droit de précédence avant les vérifications des citoyens sur les agissements du gouvernement. Cette idée doit partir. Dans une société civilisée, les citoyens ont un droit garanti à la vie privée à moins d’être l’objet d’une suspicion concrète, formelle et individuelle d’un crime.

Nous devrions œuvrer à revenir à cet état de fait.

Source: http://www.neurope.eu/blog/time-europe-stop-being-complicit-nsas-crimes



Catégories :Internet

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1 réponse

  1. Il y a un an et demie sortait « journal d’un hacker », un livre qui exposait déjà tous les indices de ce grand espionnage. dans l’indifférence générale. Il aura fallu les fuites d’un homme de l’intérieur pour que le monde comprenne toute la vérité déjà dévoilée à ses yeux. La suite du jdh prépare le monde à l’étape suivante : l’accord. Car dans le monde entier, on pratique à grande échelle l’écoute non autorisée des données numériques, à grand coupe de DPI. Mais l’ennui, c’est que c’est illégal. Aussi, certains états, et en premier lieu les USA, font du lobbbying pour obtenir un accord international qui légalise cette pratique (ACTA, INDECT, etc…) Quand ils l’obtiendront, ils pourront utiliser leurs données à des fins judiciaires, et la boucle sera bouclée, vous pourrez tous dire adieu au mot « liberté. Tout ceci est dans les romans de Maxime Frantini.

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