les Grecs réinventent l’économie solidaire

la-crise-grecque-s-invite-en-afrique-de-l-ouest_largeCharlie Hebdo – N°1095 12 juin 2013 – Angélique Kourounis

Plutôt que de continuer à subir sans broncher la « crise », un nombre grandissant de Grecs ont décidé de s’organiser en multiples réseaux de solidarité, afin de venir en aide aux plus nécessiteux.

« C’est bon pour celle-ci, les salopards n’ont pas eu le dernier mot ! » Menios, bourru, ventru, est content de lui. Il vient, en moins de quinze minutes, de rétablir le courant pour une famille qui n’a plus de quoi payer les factures d’électricité et encore moins les impôts fonciers. En l’occurrence 1 185 euros. « Comment voulez(vous que je paye, se plaint Soultana, la cinquantaine, je n’ai plus de travail depuis trois ans et mon mari non plus. on ne vit qu’avec l’aide du quartier. Notre fille est handicapée. » C’est ce dernier point qui a le plus révolté Menios  : « Ils ne devraient pas avoir le droit de faire cela à des familles aussi touchées. C’est contraire à toutes les lois. » Pas vraiment. Depuis le passage de la « Troïka » en Grèce, on peut même couper le courant aux écoles en cas d’impayés. « Je m’en fous, c’est immoral, tonne Menios, et tant que je le pourrai, je rétablirai ces foutus compteurs ! » Son collègue, venu le seconder, le calme et lui rappelle que, justement, il y a deux autres compteurs dont il faut s’occuper.

Plutôt troquer que crever

Les deux hommes font partie d’un vaste mouvement de solidarité qui s’étend dans tous le pays et qui fait tache d’huile, car il touche tous les domaines. Cela va des banques d’échanges aux dispensaires municipaux et aux cuisines collectives, en passant par l’occupation de terrains militaires, sans oublier les marchés de troc et les écoles du soir. Dans tous les quartiers se tiennent des assemblées générales ouvertes à tous. Pas de chef, pas de direction mais une volonté commune de s’en sortir, d’organiser la survie dans la dignité. « On veut reprendre nos vies en main« , explique Léandros, de l’assemblée générale de Pérama, un faubourg du Pirée touché par 70% de chômage. « On veut sortir de chez nous, ne plus être seul avec notre dépression. » Père de quatre enfants, il se démène dans son quartier pour trouver des solutions à la détresse : « On ne veut pas la charité, ni la soupe populaire, on veut de la solidarité. on veut s’organiser et réagir. »

Grece-dieu-argent2Une fois tous les quinze jours, tôt le matin, Léandros va avec ses collègues demander aux vendeurs des marchés s’ils ne peuvent pas mettre quelques sacs de marchandises de côté. Vers 14 heures, il y retourne avec d’autres récolter ces dons qui seront scrupuleusement partagés – à l’olive près – entre les 120 familles qui ont rejoint l’assemblée. Les autres jours, il fait le tour des restaurateurs qui donnent des repas. A l’aube, il songe même aller à la criée récupérer les poissons trop petits pour être vendus. Chaque fois, il va au charbon avec son badge sur le torse, « Assemblée ouverte de Pérama », de la dignité avant tout : « Je leur explique qu’on n’est pas des tire-au-flanc, ni des mendiants, on est des anciens et futurs clients dans une mauvaise passe. On a besoin d’un coup de main pour tenir le coup. »

Et ça marche ! A Pérama, mais aussi au Pirée, à Thessalonique, en Crète, partout cette solidarité gagne du terrain. « Le plus dur, confie Kostas, chômeur activiste à Athènes, est de convaincre les gens qu’ils ne sont pas responsables de cette situation. Qu’ils n’ont pas à avoir honte. » Le samedi matin, il ouvre un dépôt de vêtements – le local est prêté – où chacun vient prendre ce qu’il veut, ou donner quelque chose. Le soir, il prend des cours gratuits de guitare, et, une fois par semaine, il relaie toutes les initiatives du quartier dans une émission d’une radio pirate. « Je ne me suis jamais senti aussi utile qu’en ce moment« , dit-il en riant.

4045Konstantinos dit la même chose, mais lui a choisi de cuisiner tous les jours sur une place publique avec un grand chaudron pour partager son repas avec ceux qui n’ont plus rien. A Thessalonique, les riverains d’un énorme terrain militaire ont décidé de la transformer en potager. Chacun est responsable d’un lopin de terre qu’il cultive, mais les légumes en surplus vont vers les plus nécessiteux. Un peu partout, des professeurs organisent des cours de soutien gratuits et les médecins montent des dispensaires populaires, seul moyen pour se soigner en Grèce si l’on est en fin de droits. Pour Yiannis, activiste, cette solidarité remplit le rôle que l’Etat devrait tenir. « Mais si ça continue comme ça, observe-t-il un brin provocateur, je ne vois pas pourquoi je devrais payer des impôts…« 

Source: http://resistanceinventerre.wordpress.com/2013/06/14/les-grecs-reinventent-leconomie-solidaire/



Catégories :Éco

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2 réponses

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  2. A ceux qui pensaient que l’anarchie (la vrai, celle de Proudhon pour les intimes, les libertaires pour les autres) était une utopie; voici la preuve du contraire.

    Dans l’os la Troïka, mais ce n’est que le début…

    Salutations…

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