Une Amérique en guerre cybernétique totale contre le monde et « les citoyens »

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La cavale du soldat Snowden qu’il faut sauver ne doit pas nous inciter à détourner le regard sur cette inquiétante Amérique qui faisait peur il y a presque deux décennies si l’on se réfère à l’essai publié par Edward Behr qui, même s’il a forcé le trait, explique assez bien le devenir récent d’une Amérique devenue superpuissance dans les années 1990 tout en étant minée par des forces intérieures engendrant divers maux sociétaux laissant accroire aux signes d’un empire sur le déclin. Multiculturalisme, rage féministe, thérapies délirantes, populismes galopants. C’est ainsi qu’est présenté ce livre intitulé « L’Amérique qui fait peur », traduit en 1995 chez Plon puis en poche chez Pocket. D’aucuns y ont vu une étude réactionnaire mais pourtant ce livre dénonce le renoncement des Etats-Unis à ses valeurs morales et à la valeur suprême qui a guidé cette nation, la liberté. Rétrospectivement, on peut penser que cet essai était visionnaire tant il semble annoncer les prodromes des dérives américaines depuis ce fameux 11 septembre. L’un des faits les plus saillants restera sans doute le développement d’un système de renseignement surdimensionné dont quelques détails presque anodins ont été révélés avec le Prism-gate, lui-même inclut dans le Spy-gate. Mais il y a plus inquiétant. Le système mis en place, sous la gouverne du général quatre étoiles Alexander, prévoit aussi de lancer si nécessaire des cyberattaques.

Le réputé magazine Wired vient de faire le point sur les récents développements d’un site très particulier qui s’ajoute à celui en construction dans l’Utah et censé organiser la cybersurveillance, officiellement pour prévenir des attentats terroristes. Dans l’enceinte de Fort Mead au Maryland, des milliers d’individus s’affairent dans une cité tenue secrète entourée de barrières électriques, protégée par des murs antitank, surveillées par des gardes surarmés, des caméras giratoires, avec l’appui de détecteur d’intrusion. A l’intérieur, une cinquantaine de bâtiments recouverts de cuivre pour prévenir d’éventuelles « fuites électromagnétiques ». En effet, on se sait jamais, il y a potentiellement dans tout agent de la guerre cybernétique un Snowden qui sommeille. Cette cité interdite de l’empire qui n’est pas du milieu est sous la gouverne de ce général Alexander qui a supervisé les opérations depuis huit ans. D’après les dires de Wired, aucun militaire n’a disposé d’un tel pouvoir aux Etats-Unis. Alexander a accès à des secrets que n’ont pas ces homologues à la tête des corps d’armée navals ou aériens. Son intention étant « officiellement » de protéger les infrastructures américaines ainsi que les citoyens de cyberattaques pouvant provenir de hackers pirates et surtout de cyberattaquants spécialement formés par les grandes puissances étrangère qui, telle la Chine ou la Russie, disposent une performante expertise en la matière.

Il paraîtrait que le virus stuxnet envoyé « gracieusement » aux Iraniens pour « perturber » les centrifugeuses d’uranium auraient été conçus par les spécialistes du numérique placés sous l’autorité de ce général. Finalement, c’est logique. Si les Etats-Unis sont capables de réaliser ce type d’attaque alors en retour ils doivent se préparer à contrer ces attaques. C’est comme la bombe atomique. Les Américains l’ont eue en premier mais comme la technique est accessible à tous moyennant finance et ingénieurs, alors d’autres nations s’en sont dotées après 1950. La guerre cybernétique n’échappe pas à cette règle. Et les moyens dépensés par les Etats-Unis se comptent en milliards de dollars. Quelques dizaines de milliers de spécialistes dans les champs du numériques sont sous l’autorité du général Alexander. La comparaison qui m’est venue à l’esprit avec l’arme nucléaire n’est pas hors de propos puisqu’elle est faite par Alexander lui-même qui considère l’arme numérique comme l’élément déterminant dans la géostratégie du 21ème siècle, comme l’a été la dissuasion nucléaire au siècle précédent. La guerre froide a fait place à la guerre fluide. Et finalement c’est assez cohérent. On se place dans une configuration de dissuasion cybernétique. Auquel cas c’est comme avec la bombe, il faut informer l’ennemi qu’on en dispose sans divulguer les détails du dispositif. Et donner des détails sur les moyens. 4.7 milliards de dollars alloués par le Pentagone pour mener la guerre fluide.

On ne sait pas vraiment quelles sont les intentions des responsables de l’espionnage et de la guerre cybernétique. Les services secrets gardent leurs secrets sauf ceux qu’il est utile de divulguer. Les Iraniens auraient attaqué récemment une entreprise en Arabie saoudite. Riposte à stuxnet sans doute. Néanmoins, il n’y a pas tant d’attaques cybernétiques qu’on ne pourrait le penser, ce qui signifierait que cette guerre fluide est aussi une guerre pas très chaude. Bref, une sorte de jeu d’intimidation du genre « chat et sourie ». Car nul n’a intérêt à ce que la guerre totale soit déclenchée. Ce dispositif de guerre fluide n’est qu’un volet des activités offensives, voire agressives que mènent les Etats-Unis non seulement contre des supposés terroristes abattus par les drones, ou les guerres récentes menées sur le terrain ou avec des relais locaux, mais aussi contre leurs propres citoyens. Les langues se délient de plus en plus, y compris dans le camp républicain où un Ron Paul de tendance libertarienne se demande ce qu’est devenue la constitution américaine depuis les décisions prises lors du Patriot act.

Les Etats-Unis ont en fait une longue expérience dans la surveillance citoyenne même s’ils ont des garanties pour les libertés mais assorties de mesures d’exception au point que des individus soupçonnés d’atteinte à la sécurité du pays peuvent être détenue indéfiniment sans que la justice ne s’en mêle. Déjà dans les années 1960 les activistes pacifistes étaient dans l’œil du FBI. L’opinion publique croit que le Patriot act est la conséquence du 11 septembre alors qu’en fait, déjà sous le mandat Clinton, des options assez coercitives avaient été promulguées ou bien mises en attente. Les faits troublent les consciences rationnelles. On pense logiquement que les réactions politiques viennent après les événements. Or, à l’ère technumérique, les intentions réactives précèdent de plus en plus souvent les faits. L’invasion de l’Irak était préparée avant le 11 septembre, tout comme le Patriot act. Quant à la détention « arbitraire » des citoyens américains, elle remonte à des décennies si l’on en croit les informations du Washington blog et nous ne sommes pas au bout des surprises. Le Congrès aurait même légiféré en ce sens en 1988 sous la présidence Reagan. En fait, l’internement psychiatrique pour raisons politiques aurait été pratiqué 60 ans avant le 09/11. La militarisation des forces de police a commencé 30 ans avant le 09/11. Cheney rêvait de conférer à la Maison Blanche un pouvoir monarchique bien avant le 09/11. La guerre contre l’Afghanistan avait été planifiée avant le 11/09, tout comme l’invasion de l’Irak.

L’œil soupçonneux pourra toujours se dire que le 11/09 est arrivé « à point » pour déclencher des séquences géostratégiques et policières, avec des arrière-pensées (…) alors que la conscience hégélienne verra dans ces événements une sorte de ruse, non pas de la raison dialectique mais d’une autre raison, peut-être algébrique, faisant que des prospectives élaborées finissent par rencontrer des événements qui s’emboîtent telles les pièces d’un puzzle sans que l’on sache si les projections sur le futur ne finissent pas par favoriser la probabilité qu’un événement se produise. On a vu avec la grippe H1N1 le déploiement par les autorités françaises d’un plan d’action mobilisant plusieurs ministères et administrations avec une coordination préfectorale. Cela s’est passé à l’automne 2009. Le plan gouvernemental était déjà prêt depuis des années. D’une certaine manière l’événement s’est produit. Non pas dans le réel mais dans le monde fabriqué par les médias de masse. La pandémie H1N1 s’est produite dans les médias.

Finalement, que ce soit la guerre ou la médecine ou d’autres activités propres à l’homme, ces secteurs ont été considérablement transformés avec les techniques informatiques puis les dispositifs numériques de transmission, calcul, collecte et organisation des informations. Rien de bien étonnant pour ce qui relève des diagnostics de surface. La guerre repose sur le secret, l’accès aux informations, la manipulation d’outils pouvant endommager les dispositifs ennemis, le renseignement. La guerre est à la fois dans le ciel avec les avions, sur terre et mer avec tanks et canons mais aussi invisible dans les mailles du réseau technumérique. Remarquons aussi que plus un système est complexe et connecté, plus il est vulnérable. Alors il faut déployer des moyens considérables pour sécuriser les systèmes sensibles dans un monde où les élites ont admis que l’ennemi se loge partout. Mais la vraie vie est certainement ailleurs, près des musiciens face à la scène ou dans la nature, avec les oiseaux… pense le sage.

Article de Bernard Dugué



Catégories :International

1 réponse

  1. Merci pour cet article, ô grand ovidé de couleur sombre. Pour en revenir au début de l’affaire – enfin, pas vraiment le début, mais plutôt le dernier chapitre – le cas Snowden, on assiste à une guerre des déclarations/des intentions…un gros bordel quoi:

    Hier, 15h21: http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___L_Equateur_renonce_a_son_accord_douanier_avec_les_Etats_Unis_39270620131523.asp

    Hier toujours, 16h39: http://www.romandie.com/news/n/Edward_Snowden_ne_peut_pas_partir_de_Russie_faute_de_passeport78270620131639.asp

    Ce matin, 00h27:http://www.romandie.com/news/n/_Correa_n_a_pas_encore_decide_d_autoriser_le_transfert_de_Snowden_en_Equateur96280620130030.asp

    La suite au prochain épisode…

    Et une dernière info, qui me laisse sur le Q, tellement elle tombe comme un cheveu sur la soupe, et en plus elle ne sert strictement à rien: http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Pas_besoin_de_photo_avec_Mandela_dit_Obama_en_route_pour_Pretoria45280620131500.asp

    Heureusement qu’Obama est un grand humaniste, sinon il aurait peut-être exigé de reveiller le moribond pour qu’il puisse lui parler…

    Mais où va-t-on nous???

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