USA, affaire Zimmerman: Saison ouverte sur les garçons noirs

Trayvon Martin, qui a été abattu en février 2012. Photo - Reuters

Trayvon Martin, qui a été abattu en février 2012. Photo – Reuters

Par Gary Younge, le 14 juillet 2013

Qu’il soit bien noté que ce jour, le samedi 13 juillet 2013, qu’il était encore considéré comme légitime aux USA de poursuivre et ensuite d’abattre un jeune homme de couleur noire alors qu’il rentrait chez lui de faire des courses parce que sa tête ne vous revenait pas.

Le meurtre de Trayvon Martin, 17 ans, l’année dernière était tragique. Mais à l’époque d’Obama l’acquittement de George Zimmerman fait au moins la charité de cette information. Car les faits saillants de cette affaire n’ont pas été contestés. Le 26 février 2012 Martin rentrait chez lui, s’occupant de ses oignons armé seulement d’une canette de thé glacé et d’un paquet de Skittles. Zimmerman l’a poursuivi, armé d’une arme de poing de calibre 9mm, croyant qu’il s’agissait d’un criminel. Martin a résisté. Ils se sont battus. Zimmerman l’a abattu avec son arme à feu.

Qui a hurlé. Qui était le plus fort. Qui a traité qui de quoi et quand et pourquoi tous les détails réchauffent-ils le cœur d’un producteur d’infos 24/24 sur une chaîne de câble qui a 24 heures à remplir. Dégagez tout cela et le fait subsiste que le cœur de Martin battrait encore si Zimmerman ne lui avait pas couru après et ensuite abattu.

Il n’y a pas de doutes sur l’identité de l’agresseur. Il semble que la seule raison pour laquelle les deux hommes aient communiqué ensemble de toute façon, physiquement ou autrement, tienne au fait que Zimmerman pensait qu’il ressortait de son devoir civique d’appréhender un adolescent innocent qui soulevait la suspicion par le simple fait de son existence.

Les appels au calme dans le sillage d’un tel verdict soulèvent la question de quel genre de calme peut-il exister en un lieu où un tel verdict est possible. Les parents de garçons noirs ont peu de loisir pour rester calmes. Les enfants ayant des pères noirs ne vont pas avoir tendance à rester calmes. Ceux qui craignent maintenant un désordre social empreint de violence doivent désormais se demander quels intérêts sont servis par un tel désordre social violent où de jeunes hommes noirs peuvent de cette manière être tués et laissés pour compte.

Mais tandis que l’acquittement était une honte il n’a pas été un choc. Il a fallu plus de six semaines après le décès de Martin pour que Zimmerman se fasse arrêter et seulement à la suite de pressions nationales et locales intenses. Ceux qui ont dédaigné tout ceci comme un procès politique (une accusation singulière dans la suite de Bradley Manning et Edward Snowden) devraient garder à l’esprit que c’est la politique qui a rendu cette affaire polémique.

Accuser Zimmerman eut dû être simple comme bonjour. Il ne fut pas initialement mis en accusation parce que la Floride dispose d’une loi de « légitime défense » par laquelle la force létale est permise si la personne attaquée « croit raisonnablement » qu’il lui est nécessaire de défendre sa vie, la vie d’autrui ou pour empêcher un crime.

Puisque c’est Zimmerman qui a suivi Martin à la trace, cette question demeure: où se trouve la légitime défense d’un jeune homme noir et sur quelles bases peut-il se défendre? Par quelle version des événements de cette nuit-là Martin en sort-il encore vivant? Où la saison est-elle ouverte contre les garçons noirs après la nuit tombée?

Le verdict non-coupable de Zimmerman sera contesté pendant les années qui suivent. Mais il a lui-même émis son jugement sur Trayvon cette nuit-là.

« Foutus punks, » a dit Zimmerman à l’enquêteur de la police ce soir-là. « Ces trous du cul. Ils s’en sortent toujours. »

Si vrai que c’en est douloureux? Et si prévisible que cela fait vraiment mal.

Source: http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2013/jul/14/open-season-black-boys-verdict



Catégories :International

4 réponses

  1. Et rien que pour vos yeux ébahis (surtout aprés cette lecture), voici le tweet du frère du condamné, oups pardon, de l’acquité:

    « Message de papa: ‘Toute notre famille est soulagée. Aujourd’hui … je suis fier d’être un Américain. God Bless America! Nous vous remercions pour vos prières!' »

    Du coup, moi, je suis de moins en moins fier d’être humain…

    http://www.romandie.com/news/n/Appels_au_calme_apres_l_acquittement_du_meurtrier_de_Trayvon_Martin67140720131037.asp

    • Au moins tu n’es pas états-unien…!
      Quand à moi, je suis fier d’être humain parce que c’est tout ce que j’ai; mais j’ai honte de ces individus qui l’ont oublié…

      • Effectivement, je ne suis pas, mais alors pas du tout, états-unien. Ce n’est pas le peuple américain que je blâme, même si certains habitants sont à la masse, mais j’ai horreur des généralisations. Non, c’est plutôt l’American way of life…A vomir! Une des nations les plus jeunes de cette planète, n’ayant pas d’Histoire, mise à part celle des amérindiens, mais elle s’est vite empressée de les parquer, et de les laisser crever; donc cette jeune nation qui se prend pour la référence mondiale en matière de droits de l’homme – et autres idées intéressantes tant qu’il ne faut pas les mettre en pratique – me révulse à un point que vous ne pouvez imaginer.

Rétroliens

  1. USA, affaire Zimmerman: Saison ouverte sur les garçons noirs

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