No we can’t. Le Congrès américain dira Non à la guerre contre la Syrie

Écouter Beaucoup de médias français pensent ou ont pensé que les congressistes américains vont aller dans le sens du président Obama et voter sans état d’âme pour une intervention punitive mais si l’on examine avec raison la situation, alors les arguments en faveur d’un vote négatif ne manquent pas. Un parlementaire américain n’est pas comme chez nous le caniche du président. Il vote avec sa conscience personnelle et une réflexion mûrie. En fait, plusieurs critères déterminent le choix d’un parlementaire américain. La conviction personnelle sur ce dossier, puis le patriotisme et le souci de l’image du pays, ensuite la préoccupation démocratique inclinant à ne pas aller contre l’opinion publique, enfin les intérêts du pays et pour finir, un calcul fin permettant de favoriser la réélection, du moins pour ceux qui se représentent. Bref, c’est un mélange de motifs éthiques, intéressés et parfois cyniques qu’on trouve à la base d’un vote au Congrès. Sans oublier les lobbies qui pourraient être concernés par un vote, ce qui serait le cas des producteurs d’armes.

Les élections à mi-mandat, qui concernent surtout les représentants dont la Chambre sera renouvelée entièrement, sont prévues dans un an. Les électeurs ont la mémoire courte mais pas les challengers souhaitant prendre la place du sortant. Un élu américain pourrait être incité à voter en fonction de l’opinion publique et du sentiment anti-guerre qui se développe de jour en jour, clips et manifs à l’appui avec en plus une opinion qui suit les médias alternatifs. Alors que les médias mainstream semblent hésiter, comme l’indique cette diffusion d’une vidéo parvenue depuis la Syrie et montrant des soldats du régime porteurs de traces de coup et abattus sauvagement par des rebelles, ce qui, comme les armes chimiques, est contraire aux conventions internationales et constitue un crime de guerre, voire un crime contre l’humanité. Autant dire que ce document renforce le sentiment que les atrocités sont commises des deux côtés et qu’il n’y a aucune raison de punir un seul camp.

Même s’il n’est pas un érudit en géographie et histoire, un élu américain s’informe quand même de l’actualité et constate que nombres d’acteurs dans le jeu diplomatique et médiatique sont opposés à une intervention avec un argument imparable, le risque d’embrasement et surtout la conviction qu’une frappe punitive ne résoudra rien, éloignant sans doute encore plus l’horizon d’une solution politique qui déjà, semble mal en point. Les pays émergents sont contre l’intervention. Si on fait entrer les intérêts économiques, alors un élu se demandera si une intervention américaine appuyée par la France et deux ou trois improbables pays dont la Turquie ne risque pas de salir l’image américaine et de ce fait, nuire au bon déroulement des transactions économiques. Ce qui s’est passé au G-20 est l’inverse de ce qu’espérait la Maison Blanche. Au lieu d’une bienveillance des pays moyennant un deal entre l’appui de l’intervention et des mesures financières intéressantes c’est l’inverse qui s’est passé. Le camp des affaires semble être aussi du côté de la paix. Faites l’amour pas la guerre disait-on il y a quarante ans. Maintenant c’est faites des affaires pas la guerre.

La rhétorique employée par Obama lors de son intervention orale au G-20 ne convainc pas. On est passé d’une ligne rouge à une intervention punitive et maintenant, une intervention préventive, la Syrie étant désignée comme menace internationale avec ses armes chimiques. Pourtant, les Etats-Unis n’ont guère déployé de zèle lorsque Saddam Hussein gaza des milliers de Kurdes et auparavant des soldats iraniens au moment du conflit entre les deux pays. La thèse d’une menace syrienne sur la sécurité américaine ou mondiale ne tient pas. Pire, si Assad chute, la situation risque d’être plus délicate car nul ne sait qui va s’emparer des arsenaux chimiques. Bref, l’obstination du président américain risque de ne pas convaincre les congressistes.

Quant à John Kerry et l’allusion à Munich, il n’est pas certain que ça fonctionne, d’aucuns pouvant avoir l’idée d’offrir un livre d’Histoire au secrétaire d’Etat américain et chez nous en France, à Harlem Désir. Bachar al Assad n’a jamais prétendu annexer ou envahir un autre pays. Juste la revendication sur le Golan et quelques manigances avec des factions libanaises mais rien de commun avec l’épisode munichois de 1938. On voit mal comment Kerry pourra convaincre le Congrès avec de si piètres arguments. En plus, cet empressement et ce travail effectué pour convaincre quelques nations d’entrer dans le camp de la guerre contraste avec le peu d’effort déployé dans les processus de paix et de négociation. Et ce, dans un contexte ou de plus en plus, l’opinion pense qu’une intervention contre le régime d’Assad constituerait, par ricochet, un appui à des rebelles appartenant à la mouvance Al Qaeda. Quelques sénateurs se sont fait secouer récemment avec cet argument. Et plus généralement, les fiascos en Irak et en Afghanistan ont fini par persuader les gens pas trop idiots que la force ne résout rien et même aggrave les problèmes. Et les congressistes ne sont certainement pas des idiots.

On ne voit pas ce qui peut pousser un parlementaire américain à voter pour l’intervention, à part un esprit punitif et la volonté de montrer les muscles américains tout en se rangeant derrière l’obstination du président Obama. Et le monde n’est pas dupe. Cette intervention américaine en Syrie n’a pas pour objectif premier de venir en aide au peuple syrien. L’intervention est destinée à résoudre un problème américain, celui de sa puissance et de l’image du pays, autrement dit, l’Amérique veut montrer ses muscles. Les analystes prétendant que le recul de l’Amérique reviendrait à un isolationnisme ne sont pas crédibles. On peut se soucier du monde sans qu’il soit nécessaire de faire parler les armes.

Pour un congressiste américain, il devient de plus en plus clair que cette intervention n’a aucune raison d’être sauf confirmer l’Amérique dans son sentiment de superpuissance, résoudre les états d’âme du président, dépenser des sous inutilement et s’investir dans une cause dont la légitimité reste douteuse alors que les Etats-Unis devraient s’occuper de la politique intérieure et de la crise sociale qui s’étend dans le pays. Le représentant de la nation doit servir aussi les intérêts américains et cette guerre desservira le pays avec une opposition à la fois internationale, intérieure et publique, sans oublier la détermination du pape François. Et l’illégalité de cette intervention en dehors du cadre de l’ONU. Donc sauf surprise, les représentants devraient voter non et les sénateurs aussi, bien que le scrutin soit plus indécis. Le vote sera certainement historique. Un moment décisif en 2013.

Article de Bernard Dugué



Catégories :International

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