Comment tuer les Goyim et influencer les gens: la vie et la haine dans le Grand Israël

Yitzhak Shapira et son livre, Torat Ha'Melech

Yitzhak Shapira et son livre, Torat Ha’Melech

Par Max Blumenthal, le 1 octobre 2013

Ce qui suit est un extrait de Goliath: Life and Loathing in Greater Israel, par Max Blumenthal (Nation Books, 2013).

Lors d’une autre journée ensoleillée de l’été 2010 à Jérusalem, je me frayais un chemin à travers la foule de touristes, de soldats aux visages d’enfant, et des hordes de colons Orthodoxes qui se pressaient autour du Ben Yehuda Pedestrian Mall, et me suis dirigé vers Pomeranz, une bouquinerie juive sur Be’eri Street, une rue animée à quelques pâtés de maison de là.

Dès que je fus à l’intérieur du magasin, un homme de petite taille à l’air amène m’accueillit avec un anglais à l’accent des USA. Il s’agissait du propriétaire, Michael Pomeranz, un ancien agent en sous-marin des Stups et ex-pompier du New Jersey, qui avait eu un réveil religieux et immigré en Israël. Lorsque je demandai la disponibilité d’un livre grandement débattu intitulé Torat Ha’Melech, ou la Torah du Roi, une agitation s’ensuivit immédiatement.

« Êtes-vous sûr que vous en voulez? », me demanda Pomeranz, plaisantant à moitié. Un collègue d’âge moyen pouffa de derrière une étagère. « Le Shabak [le service de sécurité intérieure d’Israël] va vouloir avoir quelques mots avec vous si c’est le cas, » avertit-il. Quand plusieurs clients arrêtèrent de lire et commencèrent à me fixer, Pomeranz pointa du doigt une caméra de surveillance fixée au mur. « Vous voyez ça? » dit-il. « Cela va directement au Shabak! [Shin Bet] »

À sa publication en 2009, Torat Ha’Melech provoqua un tollé national. La polémique démarra quand le journal israélien Maariv décrivit le contenu du livre comme « 230 pages sur les lois qui concernent le fait de tuer des non-Juifs, une espèce de manuel d’instructions pour quiconque se pose la question de savoir si et quand il peut être permis de prendre la vie d’un non-Juif. » La description était parfaitement exacte.

Selon ses auteurs, le Rabbin Yitzhak Shapira et le Rabbin Yosef Elitzur, les non-Juifs « n’ont par nature aucune compassion » et peuvent être tués afin de « pallier à leurs inclinaisons mauvaises. » « Si nous tuons un Gentil (non-Juif, ndt) qui a violé l’un des sept commandements [de Noé]… il n’y a rien de mal avec le meurtre, » ont insisté Shapira et Elitzur. Citant la loi judaïque comme sa source (ou du moins une interprétation très sélective de celle-ci) il déclara, « Il y a une justification au fait de tuer des bébés s’il est clair qu’ils vont grandir pour nous faire du mal, et dans une telle situation il est possible de leur faire délibérément du mal, et pas seulement pendant les combats avec les adultes. »

Torat Ha’Melech fut écrit comme un guide pour les soldats et les officiers militaires à la recherche de conseils rabbiniques sur les règles d’engagement. S’appuyant sur un fouillis de textes rabbiniques qui semblaient soutenir leurs opinions génocidaires, Shapira et Elitzur ont fait la promotion d’une politique impitoyable envers les non-Juifs, insistant que le commandement contre le meurtre « ne se réfère qu’à un Juif tuant un Juif, et pas à un Juif tuant un Goy, même si ce Goy est l’un des justes parmi les nations. »

Les rabbins ont continué en déclarant « rodef » tous les citoyens de la population ennemie, c’est-à-dire des êtres malfaisants qui pourchassent les Juifs et sont donc des proies acceptables aux fins d’être abattues. Shapira et Elitzur ont écrit, « Tout citoyen dans le royaume qui est contre nous, qui encourage les guerriers ou exprime sa satisfaction devant leurs actions, est considéré rodef et le tuer est acceptable. »

Shapira et Elitzur ont aussi justifié le meurtre de Juifs dissidents. « Un rodef est toute personne qui affaiblit notre royaume par la parole et le reste, » ont-ils écrit. Enfin, les rabbins ont publié une justification exhaustive mais grossièrement raisonnée pour le meurtre d’enfants innocents, arguant qu’afin de vaincre le « royaume malfaisant », les règles de la guerre « permettent l’agression volontaire de bébés et de gens innocents, si c’est nécessaire pour la guerre contre les gens malfaisants. » Ils ont ajouté, « Si faire du mal aux enfants d’un roi malfaisant peut lui imposer une grosse pression qui l’empêcherait de se comporter d’une manière malveillante – on peut leur faire du mal. »

Shapira et Elitzur ont justifié le fait de tuer des bébés et de jeunes enfants sur la base de la satisfaction de la soif nationale de vengeance. « Parfois, » ont écrit les rabbins, « on commet de mauvais actes qui sont censés créer un équilibre correct de peur, et une situation où les actes mauvais ne prospèrent pas… et en accord avec ce calcul, les bébés ne sont pas tués pour leur propre mal, mais du fait qu’il y a un besoin général pour tout le monde de se venger des personnes malfaisantes, et les bébés sont ceux qui satisfont ce besoin. »

En janvier 2010, Shapira et Elitzur furent brièvement détenus par la police israélienne, pendant que deux rabbins éminents et financés par l’état, Dov Lior et Yaakov Yosef, étaient convoqués pour répondre à des questions par le Shin Bet. Cependant, les rabbins refusèrent de se présenter à leurs interrogatoires, faisant en gros un pied-de-nez à l’état et à ses lois. Et le gouvernement n’a rien fait. L’épisode souleva de graves questions sur la volonté du gouvernement israélien d’affronter la vague férocement raciste que connaît le rabbinat du pays. « Une chose pareille ne s’est jamais produite auparavant, même s’il semble que tout ce qui est envisageable soit déjà arrivé, » remarque avec stupéfaction le commentateur progressiste Yossi Sand. « Deux rabbins convoqués dans une enquête de police, et annonçant qu’ils n’iront pas. Même les colons sont assez conciliants pour s’y rendre. »

(En 2011, les officiels de la sécurité britanniques interdirent au Rabbin Elitzur d’entrer au Royaume-Uni dans une lettre formelle signée par le ministre de l’intérieur pour « incitation à la défense de la violence terroriste… et pour chercher à inciter d’autres à commettre des actes terroristes. »)

Le premier ministre Benjamin Netanyahu a conservé un silence spectral sur le dédain flagrant des rabbins pour la loi. Suivant la publication de Torat Ha’Melech, Netanyahu évita difficilement de critiquer son contenu ou les soutiens les plus visibles de ses auteurs. L’attitude soumise de Netanyahu devant l’extrême droite religieuse du pays a mis en évidence le pouvoir que des figures religieuses nationalistes détiennent, à la fois dans son propre parti et dans sa coalition au pouvoir. Pour le premier ministre, une confrontation avec les rabbins menaçait de défaire sa coalition, de faire dérailler son agenda, et de lui aliéner la base dure de son parti en « Judée et en Samarie ».

Quand le premier premier ministre d’Israël, David ben Gourion, établit le Grand Rabbinat du pays, il puisa dans un pool de nationalistes religieux suivant la tradition du premier Grand Rabbin Ashkenaze, Abraham Isaac Kook, et de son fils, Zvi Yehuda Kook, le leader spirituel des Gush Emunim qui étaient le fer-de-lance du mouvement colonisateur de Cis-Jordanie et de la bande de Gaza après 1967.

« Je ne serai jamais d’accord avec la séparation de l’église et de l’état, » ben Gourion dit un jour à Yeshayahu Leibowitz. « Je veux que l’état tienne la religion dans la paume de sa main. » Ben Gourion entra dans un accord faustien avec à la fois les ultra-orthodoxes non-sionistes et le camp nationaliste religieux encore marginal, achetant leur loyauté afin d’établir l’image que le gouvernement séculaire d’Israël croyait avoir besoin pour apparaître comme « Juif » aux yeux du monde. Leibowitz réprimanda ben Gourion pour sa témérité, l’avertissant que même si les rabbins d’état pouvaient sembler médiocres et malléables, leur soif de pouvoir est insatiable, et leurs pulsions réactionnaires évidentes. Comme d’habitude, ses prophéties furent ignorées, et ses pires prédictions se sont accomplies.

Convaincus qu’ils vivaient à l’ère de la rédemption, Zvi Yehuda Kook et ses supporters ont exploité l’alliance tacite avec le sionisme laïc pour accomplir les objectifs dominateurs du nationalisme religieux, présentant l’état comme un âne que les Gush Emunim chevaucheraient jusqu’à « l’accomplissement de la vision sioniste dans sa totalité. » L’affaire de la Torat Ha’Melech a démontré jusqu’où les Kookistes sont parvenus depuis qu’ils se sont embarqués pour leur mission céleste. La dynamique que ben Gourion avait espéré créer a été complètement renversée, avec le rabbinat israélien tenant l’état dans la paume de sa main, et le modelant selon son gré.

Le 18 août 2010, un panthéon des plus éminents rabbins intégristes israéliens s’est réuni pour un congrès ad hoc à l’hôtel Ramada Renaissance de Jérusalem pour exhiber leur pouvoir. Je me tenais dans l’assistance avec les colons et les partisans de la droite dure, observant avec étonnement un rabbin attitré par l’état après l’autre se dresser du podium pour parler en défense des auteurs de Torat Ha‘Melech.

Mon colocataire, Yossi David, accepta de m’accompagner au congrès de Torat Ha’Melech. Il était la personne parfaite pour m’aider à traduire les formulations sensiblement compliquées de l’Hébreu qui allaient sûrement emplir les discussions lors de l’événement. Yossi fut élevé dans un foyer ultra-orthodoxe et a été contraint de passer son adolescence dans une yeshiva (école hébraïque, ndt) étouffante où le sport et l’étude des langues étrangères étaient interdits. Il souffrait sous plusieurs couches de vêtements religieux raides dans la chaleur accablante de l’été, mais ne se détourna jamais de la foi jusqu’à ce que l’ambiance extrémiste cultivée par les rabbins ne devienne intolérable.

Cinq mois après avoir quitté sa famille et la communauté ultra-orthodoxe, il s’était engagé dans l’armée, ayant entendu de par sa famille adoptive que c’était le meilleur moyen pour s’intégrer dans la société civile. Après ses classes, Yossi fut affecté à ce qui est connu dans le jargon de l’armée comme « l’usine de textiles à Dimona », mais qui est en fait le réacteur nucléaire secret israélien. Son affectation fut annulée, cependant, quand il fut découvert qu’il sortait avec une fille palestinienne, et il fut redéployé à Hatmar Etzion, une base près de l’implantation d’Efrat. « Je portais toujours un uniforme chaud, tout comme dans la yeshiva, et j’adorais toujours le Dieu d’Israël, mais désormais Dieu c’était mes commandants – les généraux et chefs d’état-major – et ma Torah était mon arme. »

À la fin de son temps dans l’armée, Yossi remettait tout en question, pas seulement la vie religieuse et militaire, mais toute la philosophie du sionisme. « La société t’éduque à être stupide. Si tu poses des questions tu es automatiquement étiqueté comme une personne ennuyeuse. Si tu poses des questions, tu ne peux pas accepter le racisme, » dit-il. « Si tu poses des questions, tu ne peux pas accepter la violence. Tu peux peut-être l’accepter pendant dix, vingt ans même, mais après un moment, si tu continues à poser des questions, tout s’écroule. Notre slogan national devrait peut-être être « Ne demandes pas, ne dis rien. »

En 2005, Yossi assista à la première gay pride de Jérusalem par curiosité. Il arriva à la fin de l’événement, se retrouvant dans une scène de chaos. Un jeune homme venait juste de bondir parmi un groupe de marcheurs et de taillader trois hommes avec un couteau qu’il venait d’acheter. Le coupable s’avéra être un fanatique ultra-orthodoxe de 30 ans nommé Yishai Shlisel. « Je suis venu tuer pour le compte de Dieu. Nous ne pouvons pas avoir une telle abomination dans le pays. », dit plus tard Shlisel, ne regrettant rien. Yossi se souvint de Shlisel et de ses jours à la yeshiva. « Je me suis rendu compte que si j’étais resté, si je n’avais pas posé de questions, que cela aurait pu être moi, » dit-il.

Ayant souffert au sein des deux plus puissantes institutions de la société israélienne, l’armée et la synagogue, Yossi trouva enfin un peu de liberté personnelle en étudiant pour son diplôme de quatrième cycle en sociologie à la Hebrew University. Là, il explora les questions d’identité et sa propre connexion au Moyen-Orient à travers le discours radical Mizrahite mené par des intellectuels tels Ella Shohat et Sami Shitrit. Yossi était né dans une famille tunisienne et se voyait comme partie intégrante du monde arabe, différemment de l’orientation israélienne typique vers l’Europe. Il se souvenait des jours précédant Oslo, avant la séparation, où il pouvait se rendre à Gaza avec son grand-père, qui parlait arabe et employait des Palestiniens sur sa ferme. Un jour, alors qu’ils étaient dans un marché à Gaza City, son grand-père pointa en direction d’Israël, vers les Ashkenazim, et remarqua, « Ceux-là sont nos cousins. » Puis, démontrant les Palestiniens dans la rue, il déclara, « Ceux-ci sont nos frères. »

« Il a complètement renversé la dynamique avec laquelle nous avions été élevés en Israël, » me dit Yossi. « Cela a eu un grand impact sur moi. »

Avant que nous ne partions pour le congrès de Torat Ha’Melech, Yossi me montra comment mettre de l’eau sur une kippa brodée afin qu’elle reste collée à ma tête. Nous voulions passer pour des colons orthodoxes modernes de peur que les médias laïcs ne soient pas les bienvenus à un tel rassemblement, et que les participants seraient peut-être plus ouverts à donner leur opinion à des compères juifs religieux.

À l’extérieur de la salle de conférence, dans un lobby d’hôtel époque années 70 garni de colonnes à miroirs, d’éclairage au sol, et de plantes en plastique, un trentenaire propre sur lui portant une kippa brodée vérifia nos papiers d’identité, sans doute pour confirmer que nous avions bien des noms juifs, et nous fit signe d’entrer en hochant la tête avec approbation. Dans la salle, les prières venaient de commencer. Maintenant je me balançais dans un sens et dans l’autre avec une foule de colons barbus, chantant en chœur à chaque prière dont je pouvais me souvenir. Près de moi se tenait un jeune homme à l’air laïc avec un T-shirt rouge de la Brigade Golani. Yossi le reconnut comme un activiste d’Im Tirtzu de la Hebrew University. Son vêtement montrait un dessin grossier d’un tank au-dessus du slogan « Force Sans Merci ».

À la fin des prières huit rabbins majeurs, financés par l’état marchèrent jusqu’à la plateforme au-dessus de la foule, la plupart représentant une yeshiva officielle d’une colonie ou d’une ville israélienne majeure. Avec leurs longues barbes grises, costumes noirs, fédoras noires et apparences de sages, ils ressemblaient au produit de l’imagination d’un quelconque anti-sémite dérangé. Et ils étaient là pour prendre la défense d’un livre qui justifiait ouvertement le massacre en masse de bébés Gentils, bien que pour sûr, ils n’étaient pas tous prêts à dire qu’ils étaient d’accord avec son contenu. Le seul point sur lequel les rabbins se mirent d’accord, du moins ouvertement, était que l’état ne devrait jamais examiner ou punir la parole des autorités religieuses. Avec leur penchant pour la fabrication de tirades à l’encontre des Arabes, des homosexuels, et autres êtres malfaisants, ces rabbins savaient qu’ils étaient les prochains sur la liste si Shapira et Elitzur étaient officiellement mis en accusation.

Yaakov Yosef fut escorté dans le rassemblement par Baruch Marzel, un chef notoirement violent du groupe terroriste juif, Kach. Arrivé sur le podium, Yosef acclama Marzel en tant que « gever », ou grand homme d’honneur. Yosef était le fils d’Ovadiah Yosef, le guide spirituel du parti Shas et ancien Grand Rabbin Sépharade d’Israël. Malgré le penchant d’Ovadiah Yosef pour les délires verbaux (« Les Goyim ne sont nés que pour servir. Sans cela, ils n’ont aucune place dans le monde », proclama-t-il lors d’un sermon hebdomadaire), il s’opposa à la publication de Torat Ha’Melech, le décrivant comme « raciste » et dangereux pour l’image internationale d’Israël. Mais depuis qu’il avait rejoint la secte extrémiste, cultiste juive Chabad, Yaakov avait pris une position beaucoup plus radicale que son père. (Elitzur était un rabbin de Chabad.)

Dans son discours, Yosef essayait de ranger Torat Ha’Melech dans la tradition mainstream de la Torah. Citant les Psaumes chapitre 79 afin de démontrer la supposée cohérence du livre avec les enseignements halakhiques établis, Yosef déclara, « Déverses ta colère sur les nations qui ne te reconnaissent pas, sur les royaumes qui n’en appellent pas à ton nom; car ils ont dévoré Jacob et détruit sa patrie. » Il rappela ensuite à son auditoire l’histoire de la Pâque. « Nous avons demandé au peuple juif, ‘Ne voulez-vous pas lire de la Hagadah à la table de la Pâque [citant le massacre de non-Juifs]?’ Quiconque veut-il changer la Bible ou les déclarations de la Torah? » Le seul crime de Shapira et d’Elitzur, proclamait Yosef, était de rester fidèle aux déclarations orales et écrites contenues dans la Torah.

Ensuite, le Rabbin Haim Druckman se leva pour parler. Ancien membre de la Knesset et lauréat du Prix Israélien 2012 pour l’éducation, Druckman était une figure de proue de l’extrémisme juif en Israël. En 1980, après qu’un groupe de colons se soit embarqué dans un complot de terreur à moitié réussi pour mutiler les principaux maires palestiniens de Cis-Jordanie (ils ont mutilé les maires de Naplouse et de Ramallah), Druckman s’égaya: « Qu’ainsi périssent tous les ennemis d’Israël! ». Penché sur le podium, Druckman et sa voix rauque fit bien attention d’éviter d’assumer le contenu de Torat Ha’Melech, ne se fendant que de son « espoir que ce qui s’est passé ici ne se reproduise jamais et que nous n’aurons plus jamais à faire ce genre de conférences. »

Une déclaration plus stridente de soutien vint du Rabbin Yehoshua Shapira, directeur de la yeshiva suventionnée par l’état de la banlieue de Tel-Aviv à Ramat Gan. Yehoshua Shapira tonitrua, « L’obligation de sacrifier votre vie dépasse toutes les autres quand vous combattez ceux qui voudraient détruire l’autorité de la Torah. Ce n’est pas seulement vrai des non-Juifs qui essayent de la détruire mais de tout Juif de tout côté. »

À l’extérieur de la salle de conférence, où le membre Kahaniste de la Knesset Michael Ben-Ari traînait avec Baruch Marzel et Itamar Ben-Gvir, un autre assistant qu’il avait tiré des rangs de Kach, Yossi et moi discutâmes avec un colon de 22 ans qui nous parlait avec un accent US. Nous voulions savoir s’il était prêt à prendre la défense des provisions dans Torat Ha’Melech justifiant le meurtre d’enfants innocents. Sans hésitation ou honte au départ, le jeune homme, qui refusa de donner son nom, nous dit, « Il y a un tel concept dans la loi judaïque qu’une population ennemie, et sous des circonstances très, très spécifiques, selon diverses opinions rabbiniques, il serait permissible de tuer, euh, euh… » Pendant un instant, sa voix s’éteignit, et ses yeux firent le tour de la pièce. Mais le colon parvint à reprendre ses esprits et à terminer sa phrase. « Pour tuer des enfants, » murmura-t-il, mal à l’aise.

La philosophie génocidaire exprimée dans Torat Ha’Melech émergea de l’atmosphère enfiévrée d’une colonie nommée Yitzhar, située au nord de la Cis-Jordanie près de la ville palestinienne de Naplouse. Là, Shapira aide à diriger la yeshiva Od Yosef Chai de la colonie, ayant le contrôle d’une petite armée de fanatiques enthousiastes de terroriser les Palestiniens qui s’occupent de leurs cultures et de leur bétail dans les vallées en contrebas. Shapira a été élevé dans une famille religieuse nationaliste influente. Comme Yaakov Yosef, il a pris un tournant radical après avoir rejoint la secte Chabad sous le patronage du Rabbin Yitzchok Ginsburgh, le directeur de la yeshiva de Yitzhar Od Yosef Chai qui prit la défense de sept de ses étudiants qui avaient tué une fille palestinienne innocente en affirmant la supériorité du sang juif. En 1994, quand le fanatique juif Baruch Goldstein massacra 29 dévôts palestiniens dans la Caverne des Patriarches à Hébron, Ginsburgh encensa Goldstein dans un long article intitulé « Baruch, Hagever » ou « Baruch, le Grand Homme ». Ginsburgh rangea la tuerie de Goldstein avec les actes cohérents avec les enseignements halakhiques de base, depuis l’importance de la vengeance légitime à la nécessité de « l’éradication de la semence d’Amalek ».

Sous la direction de Ginsburgh et de Shapira, Od Yosef Chai a raqué presque $50000 du ministère israélien des affaires sociales depuis 2007. Le ministère israélien de l’éducation a rajouté au soutien gouvernemental en pompant plus de $250000 dans les coffres de la yeshiva entre 2006 et 2007. Od Yosef Chai a également grassement bénéficié de dons de la part d’une organisation caritative et non-imposable US dénommée la Central Fund of Israel. Située dans le magasin de textiles des Marc Brothers dans Midtown Manhattan, la Central Fund a transféré au moins $30000 à Od Yosef Chai entre 2007 et 2008. (Itamar Marcus, le frère du fondateur de la Central Fund Kenneth, est le directeur de Palestine Media Watch, une organisation pro-israélienne, ironiquement dévouée à l’exposition du bellicisme palestinien). En avril 2013, le gouvernement israélien a enfin annoncé qu’il cesserait de financer Od Yosef Chai, disant que la yeshiva était une menace à la sécurité publique.

Bien qu’il n’ait pas spécifié l’identité de l »‘ennemi » non-juif dans les pages de son livre, la connexion de longue date du Rabbin Shapira avec les attaques terroristes contre des civils palestiniens expose la réelle identité de ses cibles. En 2006, un autre rabbin de la yeshiva de Shapira, Yossi Peli, fut brièvement retenu par la police israélienne pour avoir encouragé ses suiveurs à assassiner tous les mâles palestiniens âgés de plus de 13 ans. Deux ans plus tard, Shapira fut interrogé par le Shin Bet car il était suspecté d’avoir aidé à orchestrer une attaque à la roquette artisanale contre un village palestinien près de Naplouse. Bien qu’il ait été relâché, le nom de Shapira apparut en relation avec un autre acte de terreur, lorsqu’en janvier 2010 la police firent un raid dans sa colonie à la recherche des vandales qui avaient mis le feu à une mosquée avoisinante. Après avoir arrêté plus de 10 colons, le Shin Bet retint cinq des confédérés de Shapira, suspectés d’acte pyromane. Aucun d’entre eux ne vit jamais l’intérieur d’une cellule de prison.

Lorsqu’il lui est demandé si les étudiants de la yeshiva d’Od Yosef Chai prenaient la loi entre leurs propres mains en attaquant les Palestiniens, l’un des collègues de Shapira, le Rabbin David Dudkevitch, répondit, « La question n’est pas de prendre la loi entre nos propres mains, mais plutôt de prendre l’état tout entier entre nos mains. »

La violence des colons juifs a été une réalité de la vie dans la Cis-Jordanie occupée depuis les années 70. Depuis 2007, cependant, la violence des colons a considérablement augmenté. Un article de 2008 dans Ha’aretz attribuait l’augmentation des attaques au retrait des colons de la bande de Gaza en 2005, après quoi les colons de Cis-Jordanie avaient juré de répondre à chaque action de l’état contre eux par un assaut contre les Palestiniens en guise de « facture », établissant ainsi un « équilibre de la terreur » dissuasif.

Mais une analyse détaillée d’attaques documentées par les colons qui se sont produites pendant la décennie passée par l’institut basé à Washington, le Palestine Center a révélé que la violence est structurelle, non pas par réaction. Mises en scène sans prétexte et le plus souvent dans des zones de Cis-Jordanie sous contrôle sécuritaire israélien étroit, les colons ont agi sans être restreints. Le rapporta identifié des colonies du nord comme Yitzhar comme étant des terreaux d’activités violentes, avec des attaques de tirs et des incendies volontaires en augmentation. Selon Yesh Din, un groupement israélien des droits de l’homme, la police israélienne a clos 91% des enquêtes sur les attaques par les colons sans mettre qui que ce soit en accusation, et ont généralement échoué à localiser les suspects.

Selon un sondage de mars 2011 d’Ynet-Gesher auprès de 504 adultes, 48% des Israéliens soutiennent les violences des colons en représailles aux actions des gouvernements israélien ou palestinien, avec seulement 33% affirmant qu’ils pensaient que les violences de la part des colons n’était « jamais justifiée ». Alors qu’une large majorité de personnes sondées orthodoxes ou religieuses nationalistes a exprimé un soutien fort envers les attaques commises par les colons, il en était de même pour 36% des Israéliens séculiers – un chiffre remarquablement élevé pour une population qui vit principalement à l’intérieur de la Ligne Verte.

Alors que Ginsburgh et Shapira ont fourni le sceau halakhique d’approbation pour les saccages des colons dans le nord de la Cisjordanie, au sud, leur camarade Dov Lior, le premier rabbin de Hébron, a applaudi le meurtre de quiconque, juif ou non-juif, qui semblait interférer avec la cause rédemptrice du Grand Israël. Aux funérailles de Baruch Goldstein, Lior fit la louange du meurtrier en masse comme d’un « homme juste » qui était « plus saint que tous les martyrs de l’Holocauste. » En partie grâce aux efforts de Lior, un autel à Goldstein se dresse à l’intérieur de la colonie juive de Kyriat Arba, où Lior préside à la yeshiva. En même temps, Lior déclara que le premier ministre Yitzhak Rabin était un moser (un Juif qui cafte aux Goyim) et un rodef (un traître méritant l’élimination), contribuant à établir la justification religieuse de Yigal Amir, l’un des admirateurs de Lior, aux fins de l’assassiner.

Le penchant de Lior pour les tirades surchauffées et fascisantes n’a pas diminué avec l’âge. Il a averti les femmes juives de ne pas permettre la fécondation in vitro avec le sperme de non-Juifs, affirmant que « le sperme des Gentils mène à des rejetons barbares », a décrit les Arabes comme des « chevaucheurs de chameaux malfaisants » et dit que les militants palestiniens en détention pouvaient servir de cobayes pour des expériences avec des êtres humains vivants. Les petit rabbin à barbe grise s’est même exprimé sur les maux du « boogie-woogie », déclarant que le rock’n’roll « exprime les pulsions plus basses et animales des gens. » Il a ajouté, « Quelque chose qui appartient aux rythmes des kushim [les Noirs] n’a pas sa place dans notre monde. »

Grâce au nombre croissant de jeunes nationalistes qui s’enrôlent pour le service militaire après avoir étudié dans des yeshivas hesder, ou des institutions d’enseignement religieux qui entraînent les jeunes hommes pour les militaires, Lior s’est assuré une influence considérable au sein du corps militaire. En 2008, quand le grand rabbin de l’armée israélienne, Le Brigadier-Général Avichai Ronski, emmena un groupe d’officiers militaires du renseignement à Hébron pour une tournée spéciale, il termina la journée par une réunion privée avec Lior, qui put régaler les officiers de ses opinions sur la guerre moderne, qui comprend un soutien sans bornes à la punition collective des Palestiniens. Ronski, pour sa part, a supervisé la distribution de tracts extrémistes à des soldats pendant l’opération Cast Lead,  incluant « Baruch, Hagever » et un pamphlet affirmant, « Quand vous montrez de la merci à un ennemi cruel, vous êtes cruel avec des soldats purs et honnêtes. »

En octobre 2009, un groupe de soldats du notoirement abusif Bataillon Shimshon ont tenu à buts de bras une banderole jurant de ne pas évacuer des colonies lors d’une cérémonie d’intronisation au Mur Occidental – « Shimshon n’expulse pas ». Quand l’armée a puni les deux soldats qui ont organisé l’étalage de déloyauté en les éjectant de l’unité, les rabbins Ginsburgh et Lior ont promptement prévu un rassemblement religieux à Jérusalem en leur honneur. Une source a dit au Jerusalem Post que la cérémonie inclurait la distribution en masse de la Torat Ha’Melech nouvellement publiée. des semaines après l’incident, deux brigades supplémentaires de l’armée israélienne, Nahson et Kfir, décorèrent leurs bases d’entraînement avec des banderoles annonçant leur refus d’évacuer des colonies.

Moins de deux ans plus tard, Matanya Ofan, le co-fondateur d’une officine médiatique extrémiste basée à Yitzhar, est apparu sur une vidéo virale en ligne en uniforme complet de l’armée, tenant un M-16 de l’armée dans une main et un exemplaire de Torat Ha’Melech dans l’autre. Le livre était venu à représenter le code officieux du soldat nationaliste religieux. Fixant la caméra, Ofan déclarait, « Quand je viens à la frontière, avec la grâce de Dieu, je n’écouterai pas les bêtises que me disent les commandants, et si je vois un ennemi s’approchant de la frontière je ferai tout pour l’arrêter de passer et j’essaierai de lui faire du mal – parce que c’est ainsi que nous pouvons sauver la vie des Juifs. Seulement de cette manière, aucun Soudanais ou Syrien n’arrivera à Tel-Aviv. » Un slogan à la fin de la vidéo lisait, « Juifs, à nous de gagner ».

Dès lors, les rangs de l’armée ont été submergés par les nationalistes religieux, avec plus d’un tiers des officiers d’infanterie exprimant un point de vue de la droite religieuse – un bond de 30% depuis 1990. Une étude de 2010 a démontré que 13% des commandants de compagnies vivaient dans des colonies de Cisjordanie. Le Commandant en Second de l’armée, le Vice-Chef d’État-Major Yair Naveh, fut le premier officier religieux à être nommé à un poste à l’État-Major Général. Il était aussi l’officier impliqué dans le scandale d’Anat Kamm pour avoir ordonné l’assassinat de militants palestiniens en violation flagrante d’une décision de la Cour Suprême.

Un autre Sioniste religieux éminent était Yaakov Amidror, l’ancien directeur de l’aile d’analyse du renseignement militaire de l’armée et commandant de ses académies d’officiers. Un colon avec une barbe blanche touffue, Amidror fut désigné par le premier ministre Benjamin Netanyahu pour servir en tant que directeur de son Conseil National de Sécurité. En plus de recommander la réoccupation de la bande de Gaza, Amidror a soulevé la controverse en appelant à des exécutions sommaires de soldats israéliens qui refusaient d’avancer en bataille, et pour l’usage de la force disproportionnée contre la population civile de l’adversaire.

« Ce qui devrait être dit est, tuez plus de salopards que l’autre côté, pour que nous gagnions. C’est tout, » hurla-t-il pendant un débat à plusieurs sur les « Valeurs Nationales dans les Forces de Défense Israéliennes ».

Bien que les opinions d’Amidror semblaient en accord avec certaines de celles des auteurs de Torat Ha’Melech, il n’osait pas les défendre. C’était un travail pour les rabbins Lior et Yaakov Yosef, qui devinrent les plus éminents défenseurs, sinon les promoteurs les plus enthousiastes, de Torat Ha’Melech. Tôt en 2011, avec la polémique faisant toujours rage en Israël autour du livre, Yosef et Lior ont fourni le sceau suprême d’approbation rabbinique: une haskama, la sorte de référence donnée en préface d’ouvrages judaïques par des Lettrés attestant de leur valeur halakhique et de la véracité de leur contenu.

« Je me suis réjoui, de voir cette merveilleuse création, » a dit Lior du livre. Ce février-là, le ministre de la sécurité intérieure émit un mandat d’arrêt contre Lior après qu’il ait refusé de venir répondre à des questions sous la suspicion d’incitation à la haine raciale, un crime en Israël qui est rarement puni, mais qui comporte une peine maximale de cinq ans de prison ferme. Lior rejeta l’ordre de l’état en arguant qu’il n’avait aucune obligation de se plier à ses règles; la Torah elle-même était mise en procès, proclamait-il.

Par conséquent la voix auto-proclamée du Judaïsme dans sa forme la plus pure s’est placée au-dessus des lois.

Pendant ce temps, l’ordre d’arrestation provoqua des appels à la résistance totale de la part de membres de l’aile droite de la Knesset comme Yaakov Katz, qui a dit que le gouvernement se comportait comme les « sombres régimes » qui ont persécuté les Juifs à travers l’histoire, mettant le ministre de la justice dans le rôle des Nazis ou des Pharaons. Vingt-quatre membres de la coalition de Netanyahu, dont David Rotem, le directeur du Comité de la Knesset sur la Constitution, la Loi et la Justice, ont rejoint Katz pour dénoncer l’arrestation de Lior. Les deux Grands Rabbins d’Israël, Yona Metzger et Shlomo Amar, ont publié une déclaration conjointe dénonçant l’arrestation d’un homme qu’ils ont appelé « l’un des plus grands rabbins d’Israël ».

L’ire de la droite religieuse a explosé lors d’une manifestation turbulente à l’extérieur de la Cour Suprême en juillet 2011, avec des centaines de jeunes colons franchissant un mur autour du palais de justice et essayant de prendre le bâtiment de force. Ce même mois, quand deux activistes de droite furent attrapés en train de s’introduire chez lui, Shai Nitzan, le procureur adjoint de l’état, fut contraint de se déplacer avec une unité de sécurité personnelle.

En mai 2011, le gouvernement plia sous une pression sans relâche – l’aile droite se tordit jusqu’à l’extrême droite – avec le ministre de la justice Yehuda Weinstein décidant qu’il ne disposait pas de preuves suffisantes pour conclure que Torat Ha’Melech incitait au racisme, principalement parce que le livre était écrit d’une « manière générale ». Lior était libre avec les auteurs du livre, Shapira et Elitzur, consolidant leur domination politique tout en s’assurant que le tract qu’ils avaient produit continuerait à circuler librement au sein des rangs de l’armée. Abasourdi par la décision de l’état, Selif Rachlevsky, un chroniqueur progressiste de Ha’aretz, déclara Lior « le dirigeant d’Israël ».

Ayant exercé leur influence avec succès sur les militaires et le système judiciaire, la droite religieuse est allée dans des villes mixtes en Israël pour promouvoir la ségrégation et punir les unions (et naissances) mixtes dans une campagne qui s’est étendue pâté de maison par pâté de maison, rue par rue.

Extrait par accord avec Nation Books, membre du Perseus Books Group.

Source: http://www.alternet.org/books/how-kill-goyim-and-influence-people?page=0%2C0



Catégories :Opinion

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5 réponses

  1. A reblogué ceci sur Chez Dcembreet a ajouté:
    Extrait de Goliath: Life and Loathing in Greater Israel. . .

Rétroliens

  1. Comment tuer les Goyim et influencer les gens : la vie et la haine dans le Grand Israël – Max Blumenthal | How to experiment ?
  2. Le Judaïsme-Talmudique pour les nuls | How to experiment ?

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