Jeremy Hammond, héros de la résistance

Jeremy-HammondPar Justin King, le 18 novembre 2013

Jeremy Hammond a été condamné à dix ans de prison pour son rôle dans l’énorme fuite des Stratfor Files en 2011. Son procès n’a guère été plus qu’une mise en scène pour le public. L’importance des millions d’emails rendus publics par Hammond n’est toujours pas entièrement appréhendée.

Le cadeau de Noël de Jeremy Hammond au monde en 2011 fut le hack de Stratfor, qui se produisit la veille de Noël. Cibler Stratfor n’était pas l’idée de Hammond; en fait, il avoue qu’il n’avait jamais entendu parler de l’organisation jusqu’à ce qu’un autre hacker portant le nom de « Sabu » lui apporta cette cible parmi plusieurs autres sur un site de chat privé utilisé par des hacktivistes d’Anonymous.

Le coup monté

Malheureusement, Hammond ne savait pas que Sabu est en réalité Hector Xavier Monsegur, un informateur du FBI. Le bons sens commande que le FBI ne devrait pas pouvoir inciter à un hack, pour ensuite porter l’accusation sur les participants à ce hack. Ce serait du piégeage. Ce serait aussi du ressort du bon sens que « l’Honorable » Juge présidant à l’affaire ne devrait pas être marié à l’une des victimes de la cyber-attaque, mais ces deux choses se sont produites.

Il est rapporté que Sabu a suggéré des hacks contre la Division des Affaires Internes de la Police Militaire brésilienne, le site web officiel du Prince Héritier du Koweït, le ministère des finances turc, le Centre Iranien pour l’Éducation et la Recherche Culturelle, l’Ambassade polonaise en Grande-Bretagne, et le ministère irakien de l’électricité. Ces cibles, bien entendu, ressemblent davantage à une liste de cibles que le gouvernement US souhaiterait frapper, plutôt qu’un activiste d’Anonymous. Les informations obtenues par ces hacks furent uploadées sur le serveur de Sabu, qui était bien sûr fourni par le FBI. Donc au final, le gouvernement US eut accès à ces sites.

Les emails

Les emails obtenus de Stratfor ont fourni un aperçu de l’industrie privée du renseignement, un aperçu qui révéla qu’il s’agissait d’une industrie pas si privée que cela. Les emails semblent dépeindre Stratfor comme une extension de la machine de renseignements US, plutôt qu’une entité distincte.

Dans un échange d’emails, identifié par WikiLeaks par le code 1146487, les employés de Stratfor évoquent Oussama ben Laden, et dans le fil de conversation l’un d’entre eux dit:

Mais, j’ai la très nette impression que nous (les renseignements US) connaissons les noms et les grades.

Plus loin dans le mail, le même employé affirme:

Je peux avoir accès au matériel saisi dans le lieu sûr d’OBL.

La firme privée a accès au matériel saisi dans le lieu sûr d’Oussama ben Laden. Laissez cela vraiment s’inscrire dans votre esprit. Une firme soi-disant privée a un accès direct à une partie des preuves les plus sensibles récoltées dans la guerre US contre le terrorisme.

Cette sombre connexion entre Stratfor et la communauté du renseignement US peut ne pas sembler, à première vue, être un problème. Toutefois, l’un des standards d’une société libre est l’absence de police secrète, ce qui explique pourquoi jusqu’à récemment les services de renseignement US ont été interdits d’espionner les citoyens.

Stratfor comble à coup sûr ce vide, puisqu’ils ont récolté des renseignements sur le mouvement Occupy, des écologistes, Anonymous, ainsi que des groupes internes aux USA suspectés d’activités terroristes. Ils se sont même faits payer pour la surveillance d’activistes pour le compte de multinationales telles que DOW Chemicals (responsables de l’accident chimique de Bhopal en Inde, ndt). Des multinationales collectant des renseignements sur des activistes n’est pas chose nouvelle. Le FBI, par contre, ne sous-traite pas, historiquement, son travail. Comme le démontre cet email de relation client, par contre, parfois il est plus facile d’obtenir des mises à jour de la part de la firme privée de renseignements envoyées directement à votre adresse fbi.gov, plutôt qu’à votre adresse personnelle.

Tout comme les USA se servent de contractants militaires pour accomplir des travaux douteux dans les zones de guerre, il existe une sombre industrie donnant à la machine de renseignements US une possibilité de dénégation plausible. Comme le patron de Stratfor l’a dit de façon si éloquente, en se référant à la CIA comme « Langley » (ville où se trouve le QG de la CIA, ndt) dans l’un des emails compromis:

Tout le monde à Langley sait que nous faisons des choses qu’ils n’ont jamais été capables de faire avec une fraction de leurs ressources. Ils ont toujours demandé comment nous y sommes parvenus. Nous pouvons maintenant le leur montrer et peut-être peuvent-ils en prendre de la graine.

Notre plan prévisionnel annuel et décannuel (sur 10 ans, ndt) sera, je vous le garantis, lu par tout le monde à la CIA.Ils sont à la recherche de nouveaux modèles et c’est nous qu’ils observent. Chaque once d’excellence dont dispose Stratfor ira à la compilation de ces deux documents. Cela ne sera pas seulement du bon business, cela servira notre pays.

Le problème avec ça, comme vous le dira tout ancien agent de liaison, c’est qu’un espion se faisant payer par une nation peut facilement être payé par une nation antagoniste offrant juste un peu plus d’argent.

La procédure au tribunal

La procédure du procès de Jeremy Hammond était comme la plupart des récentes affaires au niveau fédéral (national aux USA, ndt), c’est-à-dire un atroce déni de justice. La Juge présidant à son affaire, Loretta Preska, refusa de se récuser de l’affaire, même après qu’il fut révélé que son mari était impliqué dans les fuites de Stratfor.

La Cour Fédérale a jugé que:

La défense a échoué à porter son poids conséquent de démontrer qu’un observateur raisonnable, doté de la connaissance et de la compréhension des faits afférents, aurait des doutes significatifs sur le fait que justice soit faite sans récusation,

Preska émit ce jugement affirmant l’impartialité pour elle-même. Elle a bien dit que l’agence qui avait apporté les charges d’accusation contre Hammond, le FBI, avait décidé que l’information obtenue sur son mari était mineure. Dans un geste qui ne choqua personne, le FBI n’avait aucun problème avec le fait qu’elle reste Juge de l’affaire.

La condamnation décidée par la Juge était évidemment impartiale. Hammond fut condamné à 120 mois d’emprisonnement pour avoir mené un hack contre une entreprise privée à l’instigation du FBI. Des hacktivistes britanniques associés à Anonymous qui ont pénétré des systèmes appartenant au Pentagone, à la CIA et au FBI furent condamnés de peines allant jusqu’à 32 mois. Les titres des journaux parlaient de leurs peines comme de « longues peines de prison ».

En réponse à la condamnation draconienne qui fut prononcée, WikiLeaks diffusa chaque email reçu depuis les fuites au public.

Le statut de héros de Hammond

Avec les nouveaux documents qui ont été publiés, il faut s’attendre à ce que la liste des choses exposées par Hammond s’étendra au-delà de Trapwire, de l’espionnage domestique, de la collusion entre les agences de renseignement et une entreprise soi-disant privée, et des autres nombreuses révélations.

Hammond reçut sa peine longue d’une décennie avec une force stoïque affirmant qu’il passerait son temps en prison

à lire, écrire, faire de l’exercice et du sport – m’entraînant à être plus discipliné afin d’être plus efficace à ma libération.

Il est difficile d’imaginer combien un activiste peut être plus efficace.Les actes de Hammond ont amené tout ceci à la lumière et illustré que les USA ne sont pas tout à fait le pays des hommes libres que nous avions cru qu’ils étaient. Lui-même et d’autres activistes comme lui qui exposent l’énorme état policier et de surveillance qui se fait construire tout autour du pays offrent aux citoyens des USA une chance qu’historiquement ceux qui vivent dans des tyrannies en développement n’ont pas eue: la connaissance que cela est en chemin.

John Fairhurst a commenté sa condamnation:

C’est un triste monde dans lequel nous vivons quand un jeune homme passe plus de temps en prison pour avoir exposé des mensonges et de la corruption qu’un individu qui moleste ou viole un enfant, ceci doit cesser.

Il a exposé les problèmes. Il est maintenant du ressort du citoyen US moyen de réclamer la fin de ces pratiques, et il faut l’espérer réclamer aussi la libération de l’activiste qui a braqué le projecteur sur la machine croissante du renseignement US.

Source: http://www.digitaljournal.com/article/362332



Catégories :Anonymous

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