L’avenir doit être vert, rouge, noir et féminin

Photo James Cridland/Flickr

Photo James Cridland/Flickr

Par Robert Jensen, le 7 novembre 2013

L’avenir de l’espèce humaine – s’il doit y avoir un avenir – doit être radicalement vert, rouge, noir et féminin.

Si nous prenons cela au sérieux – c’est-à-dire, un avenir humain, si nous nous préoccupons réellement de la réalité d’un avenir humain – chacun/e d’entre nous qui affirme en être concerné/e doit être prêt/e à être défié/e, radicalement Ce que nous pensons, ressentons, et comment nous agissons – tout ceci est ouvert à la critique, et personne ne s’en sort propre, car nous avons tous échoué. Individuellement et collectivement, nous avons échoué à créer des sociétés justes ou une présence humaine soutenable sur la planète. Cet échec est peut-être inévitable – l’être humain avec son gros cerveau est peut-être une impasse de l’évolution – mais il demeure notre échec. Par conséquent, occupons-nous en, individuellement et collectivement.

Nous pouvons commencer en considérant avec honnêteté les données concernant l’écosphère, dans le contexte de ce que nous connaissons des systèmes humains économiques/politiques/sociaux. ma conclusion: il n’existe pas de façon magique de résoudre les problèmes fondamentaux provenant de trop de gens consommant trop et produisant trop de déchets, dans des conditions d’inégalités déraisonnables en richesse et en pouvoir.

Si aujourd’hui, partout sur la planète, tout/e un/e chacun/e prenait un engagement à la recherche et à l’organisation nécessaires à la réduction de la demande que le projet humain impose aux écosystèmes, nous pourrions sensiblement créer un plan pour une présence humains soutenable sur la planète, avec une réduction dramatique de la consommation et une réduction graduelle de la population. Mais quand nous réfléchissons à notre histoire en tant qu’espèce et à la nature des systèmes qui gouvernent nos vies aujourd’hui, la conclusion raisonnable est que les actes que nous devons engager ne seront pas accomplis, en tout cas pas dans le laps de temps disponible pour un changement conséquent.

Ceci n’est pas défaitiste. Ce n’est pas de la couardise. Ce n’est pas de la complaisance.

C’est la réalité, et l’établissement raisonné de projets devrait être basé sur la réalité.

Ne nions pas, n’évitons pas, ne fuyons pas

Donc, pour le compte des gens bornés par la logique qui se plaignent régulièrement que tant de gens dans la culture contemporaine nient, évitent, ou fuient les sujets brûlants; que tellement de citoyens (dans la version originale, le mot est « Americans », l’auteur étant états-unien, mais cet article s’applique à tout le monde, ndt) dédaignent la science quand cette science n’a que des mauvaises nouvelles; que tant d’autres personnes refusent de confronter des vérités dures, j’ai une suggestion: demandons-nous à nous-mêmes la rigueur que nous exigeons des autres. Ne nions pas, n’évitons pas, ne fuyons aucun aspect de la réalité.

Une autre manière de le dire: la carte « les choses ne peuvent pas aller si mal que ça » que joue une si grande part du public en général pour contrer des informations difficiles est une voie sans issue, mais il en est tout autant de la carte « nous devons avoir de l’espoir » qui sert à éviter les conclusions logiques de notre propre analyse.

L’espoir est pour les fainéants. Le temps pour l’espoir ce n’est pas maintenant. Mettons l’espoir de côté et attelons-nous au vrai travail de la compréhension de ce moment historique afin que nos actes soient ancrés dans la réalité.

Ma thèse: Notre tâche aujourd’hui n’est pas de courir dans tous les sens à essayer de nous raccrocher au monde tel que nous le connaissons, mais de porter notre attention à comment nous pouvons conserver notre humanité alors que nous entrons dans une ère distinctement différente de la présence humaine sur la planète, une ère qui mettra au défi notre résolution et nos réserves. Appelez cela la chute ou l’apocalypse ou l’Ère du Verseau – quel que soit son nom, elle ne ressemblera à rien que nous ayons connu. Ce n’est pas juste la chute d’un empire ou une peste isolée ou la dégradation d’un écosystème spécifique. L’avenir sera défini par l’appauvrissement continuel du capital écologique de la planète bien au-delà des seuils de remplacement et des niveaux croissants de toxicité, avec le conflit social en résultant exacerbé par une déstabilisation rapide du climat de façons que nous ne pouvons pas prédire en détail, mais qui sera destructrice du bien-être humain, peut-être même de la survie de l’humanité.

La thèse, réaffirmée: pour la majeure partie de ma vie, mes aînés m’ont dit que le défi moral de ma génération était de savoir comment nourrir 5, 6, 7 ou peut-être un jour, 10 milliards de personnes. Aujourd’hui notre défi moral est de savoir comment vivre sur une planète hébergeant 4, 3, 2 milliards de personnes, peut-être moins. Comment allons-nous comprendre et faire l’expérience de nous-mêmes en tant qu’êtres humains – des êtres doués de morale, le genre de créature que nous avons affirmé être – au sein d’une extinction humaine à laquelle il n’y a aucun précédent? Qu’est-ce que cela voudra dire que d’être humain quand nous saurons qu’autour du monde, peut-être même au bout de la rue, d’autres êtres humains – des créatures tout à fait semblables à nous-mêmes – meurent en grand nombre non pas du fait de facteurs échappant au contrôle humain, mais plutôt à cause de choses que nous humains avons choisi de faire et continuons de choisir, continuons de faire?

Si vous pensez que ceci est trop extrême, trop alarmiste, hystérique, alors racontez une autre version de l’avenir, une version qui ne s’appuie pas sur la magie, une version qui n’inclut pas une variante de, « nous inventerons des panneaux solaires qui nous fourniront une énergie propre et perpétuelle, » ou « nous trouverons des manières de faire pousser encore plus de nourriture sur encore moins de terre arable avec une fertilité naturelle en déclin, » ou peut-être, « nous allons inventer une machine à mouvement perpétuel. » Si je me trompe, expliquez-moi où je me trompe.

Mais, arrive la parade inévitable, même si nous ne pouvons pas écrire cette histoire plus emplie d’espoir aujourd’hui, ne pouvons-nous pas croire qu’une telle histoire va émerger? La nécessité n’est-elle pas la mère de l’invention? Les êtres humains n’ont-ils pas déjà confronté de graves problèmes auparavant et trouvé des solutions à travers la raison et la créativité, dans la science et la technologie? Nos succès du passé ne suggèrent-ils pas que nous surpasserons les problèmes du passé et de l’avenir?

Cette réaction est compréhensible, mais amène à l’esprit la vieille blague sur le type qui saute d’un immeuble de 100 étages et, lorsqu’il lui est demandé comment vont les choses va après être tombé de 90 étages, dit « jusqu’ici tout va bien. » La technologie avancée nous a emmené loin sur un drôle de périple, mais il n’y a aucune garantie que la technologie puisse résoudre les problèmes du futur, surtout quand les sources les plus facilement accessibles de cette énergie concentrée s’amenuisent et que les conséquences mortelles du fait de brûler tant de combustibles sont désormais inévitables.

Des histoires de rejet de la réalité

La nécessité a peut-être été la mère de l’invention et de l’innovation, mais cela ne veut pas dire que Maman sera là pour nous protéger. L’histoire technologique intégriste de la transcendance par l’invention perpétuelle ne porte pas plus d’espoir qu’une histoire religieuse intégriste de transcendance par une intervention divine. Les deux approches, bien que très différentes à la surface, sont populaires pour deux raisons: les deux nous permettent de nier, d’éviter, de fuir. Elles sont toutes deux des histoires de rejet de la réalité.

Nos chances d’un avenir décent dépendent en partie de notre habilité à développer davantage de technologie soutenable puisant dans le meilleur de notre science et sur notre habilité à conserver des idées traditionnelles d’humanité partagée qui sont au cœur de nos traditions religieuses. La technologie et la religion comptent. Mais leurs versions intégristes sont des freins à une évaluation honnête et à une pratique saine.

Si l’un s’accorde avec tout ceci, il existe encore une autre technique d’évasion – l’affirmation, telle qu’un chercheur en médias l’a récemment dit, que « les messages catastrophistes peuvent être une cause de rejet. » Puisque la plupart des gens n’aiment pas songer à ces choses, il est tentant d’arguer que nous devrions éviter de présenter les choses de manière crue, de peur que certainEs soient dégoûtéEs. Nous ne devrions pas céder à cette tentation.

Premièrement, ces observations et ces conclusions sont une tentative de bonne foi pour gérer la réalité. Négliger ces thèmes parce que les gens n’aiment soi-disant pas les messages catastrophistes est comme dire à des gens sur le chemin d’une tornade d’ignorer le bulletin météo parce que les messages sur les tornades sont une cause de rejet. Tout comme nous ne pouvons pas prédire le chemin d’une tornade, nous ne pouvons pas prédire exactement la nature d’un processus complexe de chute. Mais nous pouvons savoir qu’il y a quelque chose qui arrive vers nous, et nous pouvons nous y préparer au mieux.

Deuxièmement, évitons le truc à deux balles qui consiste à déplacer notre faiblesse intellectuelle et/ou morale vers les « masses populaires », qui ne veulent ou ne peuvent soi-disant pas gérer ces questions. Quand j’entends quelqu’un me dire, « Je suis d’accord que l’effondrement systémique est inévitable, mais les masses populaires ne peuvent y faire face, » je présume que ce qu’entend par là réellement cette personne est, « Je n’arrive pas à y faire face. » La tentative de diversion est de la couardise.

Lorsque nous prenons ces défis par les cornes – quand nous nous confrontons au fait que l’espèce humaine est elle-même aujourd’hui confrontée à des problèmes qui n’ont peut-être pas de solutions, du moins aucune solution nous permettant de continuer à vivre comme nous l’avons fait jusqu’à maintenant – alors nous ne serons pas dissuadés par la résistance culturelle. Nous travaillerons à accomplir tout ce que nous sommes en mesure de faire, là où nous vivons, dans le temps qui nous est imparti. Ce qui m’amène à l’avenir: vert, rouge, noir et féminin.

Vert: L’avenir de l’humanité, s’il doit y avoir un avenir, sera vert, ce qui veut dire que la vision écologique du monde deviendra centrale dans toutes les discussions concernant toutes les affaires humaines. Nous commencerons toutes les conversations sur toutes les décisions que nous prendrons dans tous les domaines de la vie par la reconnaissance que nous sommes une seule espèce vivant dans des écosystèmes complexes constituant une écosphère unique. Nous nous plierons aux lois de la physique, de la chimie et de la biologie telles que nous les connaissons aujourd’hui, réalisant vraiment que les écosystèmes desquels nous dépendons sont beaucoup plus complexes que notre intellection nous permet de les comprendre. Comme conséquence d’une vision du monde écologique, nous pratiquerons une réelle humilité dans nos interactions avec ces écosystèmes.

Rouge: L’avenir humain, s’il doit y en avoir un, sera rouge. Par cela j’entends que nous devons être explicitement anticapitalistes. Un système économique qui glorifie la rapacité humaine et encourage la pensée à court terme, tout en prétendant qu’il n’y a pas de imites à la consommation humaine, est un culte de la mort. Faire l’apologie du capitalisme équivaut à signer un pacte de suicide. Nous n’avons pas besoin de prétendre qu’il existe un plan entièrement élaboré pour un système de remplacement que nous pourrions descendre d’une étagère et mettre immédiatement en application. Ceci dit, l’absence d’un alternative entièrement explicitée ne justifie pas en système économique qui a intensifié de manière dramatique l’assaut humain sur le monde vivant dans son ensemble. Le capitalisme n’est pas le système à travers lequel nous allons construire un avenir soutenable.

Noir: L’avenir de l’humanité, s’il doit y en avoir un, sera noir. Par cela, j’entends que nous devons rejeter la notion pathologique de la suprématie blanche qui a façonné pendant cinq siècles le monde dans lequel nous vivons, et qui continue à nous modeler. Ne confondez pas ceci avec le « multiculturalisme » superficiel – je ne suis pas en train de suggérer qu’en célébrant la « diversité » nous allons créer comme par magie la paix et l’harmonie. Nous devons plutôt admettre que la distribution actuelle des richesses est le produit d’un système profondément pathologique de hiérarchie raciale conçu par, et perpétué par l’Europe blanche et ses rejetons (les États-Unis, l’Australie, l’Afrique du Sud).

Féminin: L’avenir humain, s’il doit y avoir un avenir humain, sera féminin. En cela, j’entends que nous devons rejeter la pathologie du patriarcat qui a façonné le monde dans lequel nous vivons depuis plusieurs milliers d’années et qui continue à nous modeler. Encore une fois, ceci ne devrait pas être confondu avec les versions tièdement progressistes et de « troisième vague » du féminisme que reconnaît la culture dominante. Nous devons plutôt embrasser un féminisme radical qui rejette la hiérarchie et la violence dont dépend la domination masculine.

Mon affirmation est que nous devons nous occuper de tous ces systèmes d’une manière englobante et intégrée, et que nous parviendrons pas à rejeter avec succès l’un de ces systèmes hiérarchiques sans rejeter tous les systèmes hiérarchiques. S’accrocher à n’importe quel système qui dépend sur l’affirmation de la domination d’un groupe sur un autre mine notre capacité à façonner un avenir décent. Nous devrions démanteler tout système basé sur une logique de domination.

Vert: Notre quête d’exploitation du monde vivant dans son ensemble est basée sur la présomption que les êtres humains ont un droit, enraciné soit dans des croyances théologiques ou séculaires, de dominer, et qui repose sur notre impression d’être l’espèce supérieure. Que nous pensions que notre grand cerveau provient de Dieu ou de l’évolution, en termes cognitifs nous sommes effectivement la première parmi les espèces. Mais posez-vous la question, au sein de la famille humaine, l’intelligence est-elle la seule chose qui ait de la valeur? Nous hiérarchisons-nous uniquement selon nos capacités cognitives? Nous assumons qu’au sein de notre propre espèce, aucune personne n’a le droit d’en dominer une autre sur le simple fait d’une prétention à être plus intelligent. Pourtant nous traitons le monde comme si ce statut d’espèce la plus intelligente est tout ce qu’il faut avoir pour dominer tout le reste.

Rouge: Si nous mettons de côté les phantasmes autour du capitalisme qui se trouvent dans les livres traitant de l’économie et nous attelons à nous occuper du monde réel, nous nous rendons compte que le capitalisme est un système de concentration de richesses qui autorise un petit groupe d’individus à dominer non seulement les décisions économiques, mais également politiques – ce qui est un pied-de-nez à notre prétendu attachement à des principes moraux ancrés enracinés dans la solidarité et des principes politiques enracinés dans la démocratie. Dans le capitalisme, la domination se justifie elle-même – si l’on peut amasser de la richesse, l’on peut dominer sans se poser de questions, trahissant toutes les autres valeurs.

Noir: Bien que les pires pratiques légales et sociales qui ont défini et maintenu la suprématie blanche pendant des siècles aient été éliminées, le monde blanc n’a jamais réglé ses comptes avec le monde non-blanc, préférant s’accrocher à sa part disproportionnée de la richesse mondiale, qui a été extraite avec violence. En conséquence de cet échec moral, la réalité matérielle et le pouvoir idéologique de la suprématie blanche persiste, modifié dans les dernières décennies pour accorder certains privilèges à quelques-unes des populations naguère ciblées tant que la logique de domination du système n’est pas remise en question. Nous n’avons pas géré cette question parce que le faire, franchement, impliquerait une redistribution dramatique des richesses, de manière interne aux sociétés et globalement, ainsi qu’un changement encore plus dramatique dans la manière dont les personnes blanches se considèrent.

Féminin: Ce n’est pas surprenant que la hiérarchie fondamentale de la domination masculine soit restée si intraitable – reconnaître l’existence du patriarcat c’est reconnaître que la dynamique de domination/subordination du patriarcat, que les gens de bonne foi disent rejeter, est inscrite dans le tissu de toutes nos vies dans tous les domaines, y compris la sexualité. Prendre la critique féministe au sérieux ébranle sérieusement le fondement de nos vies quotidiennes. Encore une fois, la capacité du système à laisser entrer un nombre restreint de femmes dans les cercles des élites, tant qu’elles acceptent la logique de domination, fait peu pour affaiblir le patriarcat.

Cette description schématique de politiques radicales n’entend pas que chaque personne doive en permanence être impliquée dans l’organisation de tous ces thèmes, ce qui relèverait de l’impossible. Ce bref résumé des systèmes de domination/subordination ne prend pas non plus en compte toutes les questions pertinentes qui s’y rattachent. Mais, pour ceux qui affirment se sentir concernés par la justice sociale et la soutenabilité écologique, je souhaite mettre l’accent sur des points simples: l’analyse de tout/e un/e chacun/e doit prendre en compte tous ces aspects de nos vies; si votre analyse ne le fait pas, alors votre analyse est incomplète; et une analyse incomplète ne sera pas la base d’un changement substantiel et qui ait du sens. Pourquoi?

Si l’avenir de l’humanité n’est pas vert, il n’y aura pas d’avenir. Si l’histoire n’est pas rouge, il ne peut pas être vert. Si nous parvenons à restructurer notre monde sur les lignes d’une nouvelle compréhension de l’écologie et de l’économie, il y a une chance que nous réussissions à sauver quelque chose. Mais nous ne parviendrons pas à continuer à faire des affaires comme à l’habitude et comme par magie; notre présomption à la dent dure de bénéfices en perpétuelle expansion doit être abandonnée alors que nous reconfigurons nos attentes.

Cela implique que nous devons commencer à raconter une histoire sur la vie avec beaucoup moins de tout. L’histoire verte et rouge est une histoire de limites. Si nous devons conserver notre humanité dans une ère de contraction, ces limites doivent être acceptées par tous et toutes, avec leur poids partagé par tous, et toutes. Et cette histoire ne fonctionne que si elle est noire et féminine. Sans un rejet de la logique de domination ou d’exploitation écologique et du capitalisme, il n’y a aucun avenir du tout. Sans un rejet de la logique de domination de la suprématie blanche et du patriarcat, il n’y a aucn avenir qui vaille la peine d’être vécu.

Quand quelqu’un dit, « Tout ce qui compte maintenant c’est de se concentrer sur la soutenabilité écologique » (assumant la primauté du vert), nous devons rendre clair qu’une telle soutenabilité est impossible à l’intérieur du capitalisme. Quand quelqu’un dit, « Tout ce qui compte maintenant c’est une économie assurant la pérennité de l’état » (assumant la primauté du rouge), nous devons rendre clair qu’un tel état stable est moralement inacceptable à l’intérieur de la suprématie blanche et du patriarcat. Quand quelqu’un dit, « Parler de la soutenabilité ne veut pas dire grand-chose pour les personnes subordonnées aujourd’hui » (assumant la primauté du noir et du féminin), nous devons rendre clair qu’atteindre la justice sociale à l’intérieur d’un système en déclin rapide est une condamnation à mort pour les génération futures.

Chaque fois qu’une personne veut restreindre l’étendue de notre questionnement afin de passer la journée de façon plus facile, nous devons rendre clair que réussir à passer la journée n’est pas le but. « Un jour à la fois » peut être un bon guide pour un individu se remettant d’une addiction, mais c’est un cul-de-sac pour une espèce entière au bord de changements dramatiques et potentiellement irréversibles.

Chaque fois qu’une personne veut penser à long terme mais restreint l’étendue de notre questionnement afin de rendre la résolution d’un problème spécifique plus facile, nous devons rendre clair que résoudre un problème spécifique ne nous sauvera pas. « Un système cassé à la fois » peut être une stratégie politique à court terme raisonnable dans un monde stable et dans lequel il y a le temps pour une longue trajectoire de changement, mais c’est un cul-de-sac dans le monde instable dans lequel nous vivons.

Pour être clair: aucune de ces observations n’est un argument pour la paralysie ou la passivité. Je ne dis pas qu’il n’y a rien à faire, rien qui en vaille le coup, rien qui ne puisse être fait afin d’améliorer les choses. Je dis qu’il n’y a rien qui puisse être fait pour éviter un changement sérieux, une échelle de changement qui est définie par le terme « effondrement ». Ce qui peut être fait en vaudra la peine uniquement si nous acceptons cette réalité – plutôt que de demander, « Comment pouvons-nous sauver tout cela? » nous devrions demander, « Comment pouvons-nous conserver notre humanité pendant que tout change? »

Lorsque nous sommes délivrés de l’obligation d’invoquer des changements magiques, la vie devient en fait plus simple, et ce qui peut être fait plus facile à comprendre: apprendre à vivre avec moins. Laisser tomber les discours vides sur le « capitalisme conscient ». Traverser les frontières de race, d’ethnicité, de classe et de religion qui séparent typiquement les gens. S’assurer que les espaces publics et privés sont libérés de la violence des hommes. Reconnaître qu’au cœur de n’importe quel projet entrepris par soi, devrait être la construction de réseaux locaux et d’institutions qui augmentent la résilience.

Nous l’avons fait

Si tout ceci semble être trop dur à supporter, c’est parce que c’est le cas. Quelles que soient nos imperfections personnelles, aucun/e d’entre nous n’a fait quoique ce soit pour mériter cela. Nous ne devrions pas avoir à supporter tout cela. Mais, collectivement, nous les Humains l’avons fait. Nous l’avons fait pendant longtemps, des milliers d’années, depuis que l’invention de l’agriculture nous a sorti d’une relation correcte avec le monde vivant dans son ensemble.

La mauvaise nouvelle: les effets de nos échecs s’accumulent, et il se peut que cette fois-ci nous ne pourrons échapper au piège, comme les être humains l’ont fait par le passé.

La bonne nouvelle: nous ne sommes pas les premiers êtres humains qui ont confronté la réalité avec franchise et qui soient restés fidèles au travail d’un retour à une relation correcte.

L’histoire que nous devons raconter est une histoire prophétique, et nous disposons d’une tradition prophétique dans laquelle puiser. Prenons une leçon de Jérémie de la Bible hébraïque, qui n’avait pas peur de parler de la profondeur de son abattement: « Ma tristesse est sans guérison, mon cœur est malade en mon sein » Jér. 8:18). Il n’avait pas peur non plus de parler de l’intensité de l’échec qui avait provoqué cet abattement: « La moisson est passée, l’été prend fin, et nous ne sommes pas sauvés » (Jér. 8:21).

En plus de cette tradition prophétique, nous devons également être prêts à puiser dans la tradition eschatologique, en reconnaissant que nous nous sommes égarés trop loin, qu’il n’y a pas de moyen de retourner à une relation correcte avec les systèmes au sein desquels nous vivons. La voix prophétique prévient le peuple de nos échecs au sein de ces systèmes, et la tradition eschatologique peut être entendue comme un appel à abandonner tout espoir pour ces systèmes. Les histoires que nous nous sommes raconté sur la manière d’être humain au sein de ces systèmes doit être remplacée par des histoires sur comment conserver notre humanité alors que nous en cherchons de nouveaux.

Nous devons rejeter les histoires de miracles à la dernière minute, qu’ils soient d’origine divine ou technologiques. Il n’y a rien à gagner dans la pensée magique. Les nouvelles histoires requièrent de l’imagination, mais une imagination contenue à l’intérieur des limites physiques de l’écosphère. Quand nous racontons des histoires nous amenant à croire que ce qui est irréel est réel, alors nos histoires sont illusoires, pas imaginatives. Elles ne nous aident pas à nous comprendre nous-mêmes ou notre situation, mais à la place n’offrent que le confort illusoire d’une fausse espérance.

Un dernier morceau de bonnes nouvelles: si votre cœur est malade et votre tristesse au-delà de la guérison, soyez reconnaissant/e. Lorsque nous ressentons cette tristesse, cela veut dire que nous avons fait face à une vérité sur notre monde déchu. Nous ne sommes pas sauvés, et nous pouvons ne pas être en mesure de nous sauver, mais lorsque nous faisons face à ce qui est trop lourd à supporter, nous affirmons notre humanité. Quand nous affrontons la réalité douloureuse qu’il n’y a aucun espoir, c’est à cet instant-même que nous gagnons le droit d’espérer.

Source: http://truth-out.org/opinion/item/19804-the-future-must-be-green-red-black-and-female



Catégories :International, Opinion

2 réponses

  1. L’avenir sera féminin, rouge et noir ainsi que vert?
    Jeanne Mas déguisée en leprechaun?
    Désolé, c’est plus fort que moi…
    Sinon, connais-tu Truthdig? J’y vais de temps en temps, j’aime bien.
    http://www.truthdig.com/

    • Lol… La référence à Jeanne Mas est un peu du haut de la cuisse, mais bon… Tu n’as qu’à le voir comme une mise en abîme de ce que je considère également comme certains des problèmes les plus importants de l’humanité. Ce n’est pas la première fois que je traduis des articles de Robert Jensen, qui est professeur de journalisme à l’université du Texas à Austin et membre de la direction du Third Coast Activist Resource Center à Austin.
      Si tu veux, voici le lien du premier article que j’ai traduit de lui: http://willsummer.wordpress.com/2012/04/21/la-nature-aussi/

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