Les retards au travail

hacking-social-retard1Le hacking social se fait par le bas, en prenant à bras le corps des problèmes mineurs, quotidien. Alors oui, titrer « les retards au travail » cela ne parait pas une perspective très épique, surtout quelques jours après le décès de Nelson Mandela.

Soit.

Mais j’ai dans l’idée que l’action qui mène au changement (de vie, de société, de paradigme tant qu’on y est) ça commence par corriger ce genre de détail qu’est le retard au travail. Parce que le retard soulève des questions profondes liées à la soumission, à l’absence de liberté qu’on se donne, au champ des possibles qu’on se restreint par servitude volontaire inconsciente et non avouée ; servitude volontaire évidemment fortement encouragée par la société, par les puissants, par les dominants… donc corriger ce genre de détails semble un pré-requis à une action plus « épique », car la liberté se conquiert d’abord en soi-même et pour soi-même et ce n’est pas chose si évidente qu’il n’y parait.

Donc le retard.

Je prends pour base cet article très révélateur de Rue 89.  L’auteur y compte deux perspectives face au retard. La première est le retard stress-panique qu’on pourrait résumer ainsi :

  1. On est en retard parce qu’on a oublié de se réveiller.
  2. On stresse, on panique : habillage en quatrième vitesse, pas de petit-déjeuner, tête de zombi.
  3. Sur la route, on s’énerve, on pique des crises contre les feux rouges, contre les conducteurs, on crie sur les gens qui n’avancent pas, on crie sur la guichetière pourtant gentille.
  4. On arrive en retard. On ment sur la nature du retard.
  5. Plus tard, suite à l’évaluation, on n’a pas sa prime parce qu’on a été en retard une fois.

 La deuxième perspective face au retard est le retard à la cool :

  1.  On est en retard parce qu’on a oublié de se réveiller.
  2. On s’habille tranquillement, on prend son petit déjeuner comme d’habitude. On prend son temps, on ne stresse pas le moins du monde.
  3. On fait son trajet comme d’habitude sans courir et sans insulter les obstacles à notre rapidité. Peut-être même qu’on profite des lenteurs du trajet pour se distraire.
  4. On arrive en retard. On ment (ou non) sur la nature du retard.  Parfois même on s’en félicite.
  5. Plus tard, suite à l’évaluation, on n’a pas sa prime parce qu’on a été en retard une fois.

Pas besoin de grande analyse pour comprendre que la première perspective est problématique : le stress, la panique, la colère contre l’obstacle, la culpabilité sont des émotions et comportements qui auront été totalement vains. L’issue du retard est toujours la même, qu’on se soit stressé ou non, qu’on ait gagné quelques minutes ou non.

C’est un problème pour soi-même en premier lieu :

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Et  sans même balancer sa haine à la tête des passants, personne ne va consciemment, avec plaisir se mettre dans cet état :

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On sait que personne ne fait exprès de générer un stress inutile et que la colère contre les innocents est un débordement du stress, une réponse à la culpabilité qu’on dénie, une réponse de dominant face à la soumission dont on fait preuve par ce présent stress. Cependant, le stress est là, prégnant, même si on est conscient qu’il est parfaitement inutile et qu’il nous pollue l’esprit.

Examinons un peu les causes de ce stress au retard afin de s’attaquer à ces racines :

Le conditionnement négatif 

Par le passé, on a pu être conditionné à recevoir des punitions lourdes à cause de nos retards, à cause de nos manquements à l’autorité, qu’elle soit parentale, scolaire ou professionnelle. Notre corps a imprimé la menace et donc se stresse afin d’éviter la menace, même si c’est déjà trop tard pour y échapper.

Cependant, ces conditionnements appartiennent au passé. Ils ne se rapportent pas au présent pour la plupart : votre patron n’a pas le droit de vous mettre des fessées, de vous taper les doigts avec une règle. Même chez les chefs les plus psychopathes, il n’y a généralement pas de violence physique, car c’est un trop grand risque qui mettrait en péril leur position. De plus vous n’êtes plus un enfant, mais un adulte qui peut dire non à l’infantilisation, qui peut refuser qu’on le punisse, qui peut être le parfait égal du supérieur, même si le statut voudrait faire croire à une distinction. Il faut donc absolument rendre inopérants ces conditionnements négatifs, parce qu’ils sont de véritables poisons. Cela demande du travail et de la patience : il faut faire face à la panique soudaine, comprendre à quoi elle est vraiment rattachée (souvent des souvenirs malheureux), repasser en revue le présent et faire la distinction objective entre le souvenir et la situation actuelle, et se raccrocher au présent avec vigueur. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire : les démons du passé sont tenaces, il faut du temps pour les renvoyer à leur place (dans le passé) et les faire arrêter d’agir sur des situations présentes. Avec de la patience, de la ténacité, de la distanciation, chacun peut nettoyer son présent de ces conditionnements négatifs qui n’ont aucunement leur place dans des situations si différentes de celles qui les ont créés.

Les normes sociales

 « Être en retard c’est mal » ou encore « être en retard et ne pas être stressé pour cela est une preuve d’un je-m’en-foutisme, donc d’un manque de sérieux ». Les normes sociales ne sont jamais explicitement dites, mais ce sont des règles implicites que chacun a intégrées très profondément et qui agissent avec beaucoup de puissance, à tel point qu’elles créent du stress et génèrent chez les collègues un le jugement négatif automatique. Par automatique nous entendons  irréfléchi : ces collègues ne font finalement qu’un acte d’obéissance aux normes sociales de façon inconsciente, sans avoir pesé le pour et contre de la situation.

Seulement le boss ne verra nullement la différence entre la personne qui aura stressé et celle qui aura pris son retard « à la cool » (sauf si ce dernier s’en vante devant tous). Le boss n’est pas omniscient, il ne verra pas tous les gens que vous avait bousculés pour gagner une minute supplémentaire à votre travail ; tout comme il ne verra pas que vous avez rigolé avec la boulangère avant de prendre tranquillement votre petit déjeuner sur la terrasse de la boutique en question.  Au final, tout ce qu’il saura, il le tiendra de votre attitude lors de votre arrivée : ici, oui, il verra si vous êtes encore tout stressé, dégoulinant de transpiration à force d’avoir couru et rouge écarlate d’énervement. Mais est-ce que ce sera bien perçu ? On n’en est pas certain. Évidemment, si vous arrivez avec l’attitude je-m’en-foutisme, sac de courses perso au bras en papotant avec l’expresso que vous avez pris à la machine à café, oui ce sera mal perçu. Mais on peut être plus subtil que ça. Ce qui compte, c’est de feindre l’attitude la mieux perçue au moment de la confrontation. L’avant-stress est totalement inutile à la préparation de ce moment.

Le sentiment de responsabilité

On sait que notre absence va entrainer une surcharge de travail pour les autres, les bloquer ou les agacer. Dans ce cas, c’est la culpabilité qui entraine le stress. Cependant, ce « sens du devoir » n’a pas lieu d’être dans bon nombre d’emplois : parce que le travail peut se faire à tout moment, parce que l’organisation du travail ne nécessite pas une coordination avec tous les employés, parce que vous travaillez seul, parce qu’un de moins ne change pas les habitudes (en tout cas pas si cela est l’espace d’une heure ou deux), etc. Même dans ces différentes configurations où votre absence de quelques minutes n’a absolument aucun impact sur le travail en lui même, les collègues peuvent néanmoins être agacés, vous juger négativement, vous accuser ou encore faire des vannes rageuses qui en disent long sur la façon dont ils jugent votre retard. Ce qui se passe chez eux, c’est simplement l’activation des normes sociales dont nous avons parlé précédemment : « être en retard c’est mal », donc qu’importe le non-impact sur le travail en lui même, la norme sociale prend possession d’eux et parlent à travers eux. C’est un comportement automatique, irréfléchi, qui fait abstraction de la réalité : en effet, leur travail n’a pas été profondément affecté par votre retard. Le comportement de déminage doit se préparer en amont : vous aurez pris soin d’être hyper tolérant à leur retard, fautes ou maladresses. Par loi de réciprocité, ils seront en retour tolérant à vos retards ou autres erreurs.

La loi de réciprocité

On vient de l’aborder à l’instant, cette loi est simple « je te donne, tu me rends en retour ». Tous les échanges humains fonctionnent selon cette loi : quand on est invité quelque part, on offre un petit cadeau. Si quelqu’un nous rend un service ou nous fait une faveur (par exemple en étant tolérant envers notre retard même si cela nous a gênés), on lui rend une faveur en retour (s’il fait une erreur dans son travail, on n’en fait pas de cas ou on ne cafte pas).

Le travail, étant un contrat, suit une loi de réciprocité : je te donne un salaire contre tel travail. En principe, tout contrat doit être réciproque, c’est-à-dire que l’échange soit gagnant gagnant, que le salaire soit à hauteur de la pénibilité du travail par exemple. Il doit y avoir une certaine forme d’honnêteté, d’équilibre juste.

La loi de réciprocité est tellement ancrée en nous que le fait de recevoir une faveur, un cadeau sans pouvoir le « rendre » nous met dans un état « d’obligé ». C’est un état particulièrement pénible dont on essaye de se débarrasser au plus vite et de façon non réciproque : on donne trois fois plus que ce que l’on a reçu. Imaginez une immense fête, très luxueuse, avec des dizaines de surprises toutes plus grandioses que les autres : c’est un immense honneur que d’y être invité, cependant les hôtes ont précisés de ne pas apporter de cadeau en retour. Vous pouvez être certain que la plupart des invités, par sentiment « d’obligé » emmèneront tout de même un cadeau (et pas des moindres), parce qu’il y a quelque chose d’extrêmement dérangeant à ne pas pouvoir rendre en retour.

Il en est de même pour le travail en temps de crise : avoir du travail est perçu comme une chance, presque un « cadeau » de l’employeur, d’autant plus si c’est un CDI, s’il est payé plus que le SMIC ou qu’il a un avantage particulier. C’est ainsi qu’une grande majorité d’employés dérobent à la loi de réciprocité par eux-mêmes, en étant zélé à l’extrême (en travaillant plus que le contrat ne le prévoit sans être payé, en travaillant avec 40 degrés de fièvre ou avec la gastro, en travaillant à des taches hors de leur contrat).

Le travail, quelle que soit sa nature, est considéré comme cette grande fête exceptionnelle dont nous avons parlé. On doit être redevable d’avoir un travail et cela, bien au-delà des termes du contrat. On sera donc vivement condamné par autrui si on ne respecte pas à la perfection (voire au-delà de la perfection) le contrat sous-jacent : ne pas arriver à l’heure au poil de cul près, par exemple. Ce manquement au contrat, et cela en temps de crise, est considéré comme un affront et est jugé très négativement. Celui qui arrive en retard est un « fainéant », un « incapable », il n’est « même pas capable d’arriver à l’heure avec le salaire qu’il gagne » (même si le salaire est dérisoire, un SMIC), « il ne fait même pas l’effort de se lever alors que lui, il a la chance d’avoir un CDI », etc. Là encore, ce sont des jugements automatiques, sans réflexion, c’est l’expression même des normes sociales et d’une interprétation à la va-vite du contexte de la société : ce n’est en aucun cas une réflexion, c’est l’animal social automatique qui réagit, tout simplement. Mais ces jugements ou la peur de ces jugements entrainent un stress.

Cependant, ce n’est pas parce que le travail semble être fondé sur un rapport réciproque, qu’il semble être une chance en temps de crise, qu’il parait être un statut enviable qu’on se doit de respecter, que c’est la réalité.

Au cours de notre recherche préalable à l’ouverture de ce blog, nous avons pu constater que les contrats « gagnant gagnant », c’est à dire honnêtes dans leur réciprocité, sont rares : généralement le subalterne et même le cadre, se font sérieusement entubés sur leur salaire, sur leur temps de travail, sur l’effort fourni par rapport au temps de travail demandé et au salaire proposé, sur les frais périphériques nécessaires à l’activité mais non remboursés… Et on ne parle même pas de l’injustice du « partage » des bénéfices, qui ne va évidemment jamais à ceux qui fournissent le plus de sueur, d’efforts.

Donc, dès lors qu’un contrat n’est pas réciproque, la loi de réciprocité ne doit pas être suivie. Rien ne sert de se culpabiliser, quand bien même Madame Michu trouverait ça honteux : si le contrat est déjà bafoué d’un côté, pourquoi les obligations du côté du salarié devraient être respectées ? Voilà qui devrait donner du grain à moudre aux employeurs : si vous avez des employés en retard tout le temps, de l’absentéisme, du vol de fourniture, plutôt que de réfléchir aux sanctions (qui ne résoudraient aucun problème) il faudrait peut être se poser la question de la réciprocité : si les gens bafouent les règles, c’est pour récupérer ce qu’il leur ait du, donc c’est qu’ils considèrent qu’ils ne reçoivent pas assez pour ce qu’ils donnent.

La soumission à l’autorité

Cette soumission est directement liée aux conditionnements, mais pas forcément par des conditionnements négatifs : on a tous été conditionnés à être soumis à l’autorité et cela depuis notre plus jeune âge, de façon plus ou moins arbitraire. Le stress ressenti lors des retards est une expression de cette soumission, de la peur de manquer aux obligations qu’impose l’autorité. C’est d’autant plus vrai si le travail n’est pas impacté par notre retard, que le chef n’est pas un sadique/dominateur/psychopathe/etc.

Nous sommes tous soumis à l’autorité. Se croire au-dessus de cette soumission est le meilleur moyen de se retrouver à obéir à des ordres meurtriers : l’expérience de Milgram en est la preuve et ses répliques comme le jeu de la mort confirment cette tendance à l’obéissance aveugle, même en un contexte où l’autorité est la télévision. On aura l’occasion d’y revenir dans d’autres articles, c’est un problème qui nous tient particulièrement à cœur.

Prendre conscience de cette soumission est déjà un excellent point pour éviter qu’elle prenne le pas sur nos décisions, mais cela ne se fait pas en un jour et on ne « guérit » jamais totalement, car les situations de domination/soumission se présentent dans des contextes où l’on ne s’y attend généralement pas.

Faut-il alors être dominant plutôt que soumis ? Là est l’erreur que certains commettent : domination comme soumission sont des comportements archaïques, communs aux animaux. Ce sont des façons de se comporter qui dénient nos autres compétences humaines, dont l’imagination, la créativité, l’astuce, etc.

Nous sommes humains, non loups n’en déplaise à Hobbes qui crie que « l’homme est un loup pour l’homme » et à qui l’on devrait rétorquer que  « l’homme est un homme pour le loup ». On a la capacité de sortir de la binarité réductrice dominant/dominé notamment en empruntant la voie dite « neutre ». Le neutre n’est pas classifiable, il ne suit pas des comportements stéréotypés comme le soumis ou le dominateur, il est plus imaginatif, plus surprenant et il est difficilement catégorisable, donc difficilement manipulable ou influençable. La neutralité, c’est la voie du Hacker social.

Le hacker social en retard

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Ceci est un exemple, non une règle. En matière de hacking social, l’imagination et la créativité sont de mise, donc ne nous cloisonnons pas à cet exemple. On pourrait très bien s’en sortir autrement.

1. On est en retard parce qu’on a oublié de se réveiller.

2. On se prépare comme d’habitude et on planifie mentalement la rencontre avec le chef sans stresser : il s’agit de passer en revue les différentes probabilités de réactions en fonction des arguments avancés ou de la façon dont on les annonce. L’idée est de planifier cette « faute » comme un problème extérieur à nous, comme on traiterait un problème lié au travail, un client difficile ou le retard d’un fournisseur ou encore une panne de PC. C’est une tuile dans la mécanique, mais on est pro, on sait gérer le problème avec distance, sérénité et patience.

2.1 On se permet de rajouter une étape dont l’article n’a pas parlé : le message au chef afin de le prévenir. Il ne faut pas mettre ou dire : « je suis en retard, je fais au plus vite » ou « je ne serais pas là avant xHeure ». Il ne faut pas user de forme négative, il faut être direct, et si possible user d’un terme positif. Par exemple : « Retard. Je gère pour être là pour XH » ou « avant X heure ». Si il vous faut 30 min pour aller au travail, dites qu’il faut 45 min, ainsi, vous serez peut-être en retard de votre heure initiale, mais en avance sur l’heure donnée, ce qui donnera l’impression que vous avez fait plus vite que prévu. De plus, quand vous dites « je gère pour être là pour xH… », Vous suggérez votre « gestion » d’une situation délicate, chose plutôt positive. Bref, vous êtes pro !

3. On fait son trajet tranquillement en veillant  à ne pas être parasité par le stress. Vu qu’on a planifié le plus important, on ne devrait plus à avoir à penser au travail tant qu’on n’y a pas posé les pieds. On profite du chemin, de son snack, des courbures de la guichetière/du guichetier. Si un brin de stress persiste, il ne faut pas hésiter à se prendre de longues pauses de détente. L’ennemi n’est pas le retard, l’ennemi est le stress.

4. On arrive en retard. On constate que le travail n’a pas pâti de votre demi-heure de retard, même si certains de vos collègues semblent vous faire la gueule. Le boss demande des explications. Vous expliquez la panne de réveil comme si vous décriviez un problème extérieur. Utiliser le « parce que » même si la suite de la phrase n’est pas très exceptionnelle, car le « parce que » déclenche des réponses automatiques favorables à vous. Rajoutez également des termes qui vous étiquètent positivement dans votre explication, par exemple : « Honnêtement, j’ai du retard parce que je ne me suis pas réveillé » , cela donne l’impression que vous êtes directs, que vous ne cachez rien, que vous êtes honnêtes. Il faut le dire franchement, avec grande assurance, avec beaucoup de professionnalisme comme une auto-évaluation. L’idée est de profiter d’un accident pour prouver son sérieux.

Très vite, vous enchainerez votre argumentation sur votre prise de poste, la façon dont vous allez gérer le retard, comment vous allez le faire, avec beaucoup de détails si possible techniques (exprimés avec une distance professionnelle). En fait, vous ordonnez a vous même le travail. Mais  ne prenez pas trop de temps,  Il faut être court et précis, et conclure avec un  : « bon, je me mets au boulot tout de suite » afin d’éviter que ce soit le boss qui vous demande de vous remettre au travail. Il s’agit de dire ce qu’il aurait dit afin qu’il ne le dise pas, ce qui court-circuite sa démarche d’engueulade et lui donne l’impression qu’on  est son égal .

 Une fois le boss géré, vous vous occupez de vos collègues : faites-les exprimer leur mécontentement et remédiez-y dans l’action, tout en les remerciant vivement de ce qu’ils ont fait durant votre retard. Il faut qu’ils se sentent fiers de ce qu’ils ont réussi à faire sans vous. Si c’est possible, proposez leur  de prendre une pause, comme si vous preniez leur relève et qu’ils pouvaient récolter les fruits de leur dur labeur en votre absence.

5.  Si vous avez géré votre retard comme une question professionnelle donc, de façon très « pro », avec un grand sérieux, peut être qu’il sera oublié. Cependant, le moindre détail est bon pour enlever les primes d’évaluation, donc si ce n’est pas votre retard qui est retenu, si l’entreprise veut faire des économies, elle trouvera autre chose.

Pas besoin de faire des « mythos » : le mensonge est couteux en énergie mentale, déjà pour l’inventer, ensuite pour lui trouver des preuves et s’en souvenir. Non, mieux vaut travailler à l’entretien avec le boss, notamment par sa posture : on ne se tient pas le dos courbé, on ne regarde pas par terre ni en l’air, le patron interprétant cela comme un mensonge, on ne s’agite pas de tics nerveux. Par contre on peut prendre un crayon plume élégant à la main, cela rehausse le professionnalisme lors de la justification du stress, ou alors avoir un outil de travail à la main dans le cas d’un travail manuel. On reste serein et droit, on ne se répand pas en propos masochistes. Il faut avoir la même attitude que lorsque vous devez présenter un projet, convaincre un client de votre professionnalisme, bref, l’attitude que vous avez quand vous devez jouer votre rôle professionnel. Le retard n’est pas une affaire personnelle, le retard est un problème pour le milieu professionnel, donc il faut le traiter en problème professionnel et non personnel.

De plus, le stress est communicatif. Montrer son stress à son patron, son désarroi, oblige le boss a imposer une résistance qui se pratique souvent par le blâme. Le boss peut lui-même avoir été stressé par votre retard, il faut donc lui renvoyer une attitude calme, sérieuse, qui le rassurera. Il faut bien s’occuper de ses supérieurs, car vous faites la pluie et le beau temps : apportez leur du soleil, ils vous apporteront l’apéro, quelque soit l’heure à laquelle vous arrivez.

Mettre en faute autrui pour votre retard n’est pas une solution : si cela parait « dominant », cela traduit au contraire votre profonde soumission. En effet, c’est pour combattre et dénier la culpabilité qu’on accuse autrui, c’est un aveu de votre panique, de votre stress donc de votre incapacité à gérer une situation difficile. Cela passera pour de l’hypocrisie, de l’incapacité à assumer ses erreurs. Au mieux, à paraitre faussement dominant, on vous chargera des tâches de « chien de garde », tout bon à aboyer sur autrui.

Surjouer le stress, se répandre en excuses, se dénier, montrer sa panique et sa culpabilité vous étiquettera en soumis. Donc, on vous confiera toujours les pires tâches à l’avenir, sachant que vous êtes servile dans l’adversité.  Et surtout, on risque de vous « punir » tout autant que si vous l’aviez joué à la cool.

Être neutre et pro est donc une bonne solution, qui laisse en plus de nombreux« possibles ». Cette attitude permet de se séparer des affects liés à la situation problématique, elle montre au boss à quel point vous « gérez ». Si vous êtes bon acteur, le retard peut même être l’occasion de faire une démonstration promotionnelle de vous, serein et sérieux même face à l’erreur, trouvant des solutions efficaces satisfaisant tout le monde.

 Le boss est rassuré dans son autorité, car vous avez exposé le problème de retard comme lui l’aurait exposé, avec une même posture, un même vocabulaire, un même sérieux, une même distance, une même gestion optimale, avec les mêmes solutions. Vous l’avez compris, l’imitation est de mise, car globalement on aime les gens qui nous ressemblent : pour s’attirer un bon jugement, il faut imiter son interlocuteur ou l’image qu’il a de lui.  Cela marche également avec un patron dominateur : même s’il va tenter de réveiller votre stress et votre culpabilité, opposez-lui votre neutralité, il arrêtera son jeu faute d’avoir de prises sur vous et il se reconnaitra dans l’image du patron « neutre » que vous montrez, même s’il est un sadique.

À long terme, à force de jouer ce rôle dans bon nombre de situations, le boss peut voir en vous un égal, digne de toute confiance. Le hack est généralement gagné : non seulement il ne vous reprochera jamais plus rien, mais vous serez libre de toute emprise, ce qui vous permettra de faire bon nombre d’actions plus « épiques », plus seulement pour vous-mêmes, mais pour vos collègues.

Concernant les collègues, l’idéal est de préparer le terrain en amont : soyez tolérant envers les pires conneries, et ils seront tolérants envers vous en retour. La loi de réciprocité a du bon, elle construit la solidarité en bas, elle instaure des cercles vertueux.

bisounours-15Bisounours ! Naïf !

On pourrait opposer qu’un changement d’attitude n’a aucun impact sur le milieu professionnel. Que cela ne change rien à l’exploitation, au harcèlement, à la manipulation, etc. Et, en effet, c’est vrai dans certains contextes : je pense par exemple à France Télécom durant la vague massive des  poussages à la démission, « par la porte ou par la fenêtre » (selon les termes de son ex-chef). Certains contextes nécessitent une action plus épique, plus groupée, plus stratégique et plus intense.

Cependant en contexte « normal », il est intéressant d’expérimenter des changements d’attitudes afin de voir leur impact. Vous pourriez être surpris de leur efficacité. En effet, cette voie « neutre » n’est pas sortie de notre imagination, elle a été testée et approuvée avec succès dans différents contextes.

Concernant les contextes de crise, avec harcèlement institutionnel notamment, nous nous pencherons dessus plus tard. Chaque chose en son temps, on ne démêle par des câbles emmêlésen tirant dessus tous à la fois.

Article de notre partenaire hackingsocial

http://hackingsocialblog.wordpress.com/2013/12/13/les-retards-au-travail/



Catégories :Société

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