« Le pays que vous avez détruit »: Une lettre à George W. Bush

Le Président US George W. Bush s'adresse à la nation le 19 mars 2003 depuis le Bureau Ovale de la Maison Blanche à Washington, DC. Bush a annoncé que les militaires US avaient frappé des "cibles d'opportunité" en Irak ce 19 mars 2003 - Photo Alex Wong/Getty Images

Le Président US George W. Bush s’adresse à la nation le 19 mars 2003 depuis le Bureau Ovale de la Maison Blanche à Washington, DC. Bush a annoncé que les militaires US avaient frappé des « cibles d’opportunité » en Irak ce 19 mars 2003 – Photo Alex Wong/Getty Images

Par Ralph Nader, le 3 janvier 2014

George W. Bush

George W. Bush Presidential Center

PO Box 560887

Dallas, Texas, 57356

U.S.A.

Cher M. Bush,

Il y a quelques jours j’ai reçu une lettre personnalisée de votre Centre Présidentiel qui contenait une carte d’appel à donations qui fournissait même des phrases pour ma réponse. Celles-ci comprenaient « Je suis honoré d’aider à raconter l’histoire de la Présidence Bush » et « Je suis ravi que le Bush Institute avance des principes intemporels et des solutions pratiques aux défis auxquels est confronté notre monde. » (En dessous étaient des catégories de ‘contributions déductibles d’impôt’ commençant à $25 et croissantes.)

Entendiez-vous par là les « principes intemporels » qui vous ont poussé, vous et M. Cheney, à envahir la nation d’Irak qui, au contraire de vos inventions, tromperies et dissimulations, n’a jamais menacé les États-Unis? L’Irak ne pouvait pas non plus [sous son dictateur et son armée délabrée] menacer ses voisins beaucoup plus puissants, même si le régime irakien l’avait souhaité.

Aujourd’hui, l’Irak demeure un pays (à peu près de la taille et avec la population du Texas) que vous avez détruit, un pays où plus d’un million d’Irakiens, y compris beaucoup d’enfants et de bébés (vous vous souvenez de Falloujah?) ont perdu la vie, des millions de plus ont été malades ou blessés, et encore des millions ont été contraints de devenir des réfugiés, dont la plupart des Chrétiens d’Irak. L’Irak est un pays en proie aux conflits sectaires que votre invasion prolongée a provoqués et qui se sont mués en guerre ouverte. L’Irak est un pays où al-Qaeda s’étend avec des explosions prenant 20, 30, 40, 50 ou 60 vies par jour. Tout juste cette semaine, il a été rapporté que les USA ont envoyé des missiles air-sol Hellfire à l’armée de l’air irakienne devant être utilisés contre « la branche d’al-Qaeda du pays ». Il n’y avait pas d’al-Qaeda en Irak avant votre invasion. Al-Qaeda et Saddam Hussein étaient des ennemis mortels.

Le sociocide (sic) de Bush/Cheney en Irak, avec la perte de dizaines de milliers de vies de soldats US, des pathologies et des blessures sans nombre, ne voit, avec le passage du temps, aucun aveu de votre part que vous ayez fait quoi que ce soit de mal et vous n’avez pas non plus accepté la responsabilité de l’illégalité de vos actions militaires en l’absence d’une déclaration de guerre issue du Congrès. Vous avez même tourné le dos aux Irakiens qui ont travaillé avec les forces d’occupation militaires US en tant que chauffeurs, traducteurs &c, qui ont pris d’énormes risques pour eux-mêmes et leurs familles et demandaient avec désespoir des visas aux USA, souvent avec l’appui de membres du personnel militaire US. Votre administration a laissé entrer moins d’Irakiens aux USA que ne l’a fait la Suède pendant cette même période et beaucoup, beaucoup moins que de réfugiés vietnamiens venant aux USA pendant les années soixante-dix.

Alors que vous étiez candidat, j’avais dit de vous que vous étiez une corporation briguant la Présidence se faisant passer pour un être humain. Avec le temps vous avez fait d’une métaphore une réalité. En tant que corporation, vous n’exprimez aucun remords, aucune honte, aucune compassion et exprimez une résistance à admettre quoique ce soit d’autre que dire que vous n’avez rien fait de mal.

Jour après jour les Irakiens, y compris des enfants, continuent de mourir ou de terriblement souffrir. Quand le vétéran paraplégique de l’armée US, Tomas Young, vous a écrit l’année dernière cherchant une quelconque reconnaissance que les choses avaient viré au pire de façon criminelle pour beaucoup de soldats états-uniens et d’Irakiens, vous n’avez pas daigné répondre, tout comme vous n’avez pas daigné répondre à Cindy Sheehan, qui a perdu son fils, Casey, en Irak. Comme vous l’avez dit, « la chose qui est intéressante avec le fait d’être président » c’est que vous « ne sentez pas que vous devez d’explications à qui que ce soit. » En tant qu’ancien Président, rien n’a changé puisque vous livrez des discours très lucratifs devant des groupes d’affairistes et, chose remarquable, demandez aux États-Uniens de l’argent pour soutenir votre « travail continuel dans le service public. »

Des agences de sondage ont affirmé qu’elles pensent qu’une majorité d’Irakiens diraient que la vie est pour eux aujourd’hui pire que sous la dictature brutale de Saddam Hussein. Ils diraient aussi que George W. Bush a laissé l’Irak dans un pire état que lorsqu’il y est entré, en dépit des sanctions menées par les USA avant 2003 qui ont pris les vies de tellement d’enfants irakiens et abîmé la santé de tant de familles civiles.

Votre conseillère à la sécurité nationale, Condoleeza Rice, a dit en public en 2012 que bien que « l’arc de l’histoire » puisse s’avérer meilleur pour l’Irak d’après l’invasion que maintenant, parmi le chaos violent qui y est quotidien, elle « assumait sa responsabilité personnelle » pour les victimes et les destructions. Et vous?

Pouvez-vous, au moins, presser publiquement le gouvernement fédéral d’admettre davantage de civils irakiens, qui ont servi dans l’occupation militaire US, à entrer dans ce pays afin d’échapper aux représailles qui se sont abattues sur leurs collègues dans des situations similaires? N’est-ce pas le minimum que vous puissiez faire afin d’amoindrir très légèrement les désastreux retours multiples et massifs que vos politiques militaires irréfléchies ont causés? Ce fut votre propre conseiller anti-terrorisme à la Maison Blanche, Richard Clarke, qui écrivit dans son livre, « Against All Enemies: Inside America’s War on Terror » (Contre Tous les Ennemis: À l’Intérieur de la Guerre de l’Amérique à la Terreur, ndt), peu après avoir quitté son poste, que les USA ont joué à fond le jeu d’Oussama ben Laden en envahissant l’Irak.

Réfléchissez-vous en privé à ce que votre invasion de l’Irak a fait aux Irakiens et aux familles militaires états-uniennes, à l’économie et à l’expansion des attaques d’al-Qaeda dans de nombreux pays?

Respectueusement,

Ralph Nader

P.S. Je joins comme contribution en nature à la bibliothèque de votre centre présidentiel le livre « Rogue Nation: American Unilateralism and the Failure of Good Intentions » (Nation Dévoyée: L’Unilatéralisme Américain et l’Échec des Bonnes Intentions, ndt) par Clyde Prestowitz (2003), que je suis sûr que vous connaissez. Notez la remarque positive sur le dos de la couverture par le Général Wesley Clark.

Ralph Nader est un défenseur des consommateurs, avocat, et auteur.

Source: https://www.commondreams.org/view/2014/01/03



Catégories :Opinion

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1 réponse

  1. Quoi que l occident fasse le monde rt l univers est arabe et musilman les planetes tournent comme les pelerins tournent autour de la kaaba l occident paiera pour les crimes qu il a commis

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