Syrie: « Human Rights Watch », acteur clé de la fabrication de propagande de guerre et d’intervention étrangère

La mosquée "Jami al Kabir" des Omeyyades à Alep, avant et maintenant

La mosquée « Jami al Kabir » des Omeyyades à Alep, avant et maintenant

Par Tim Anderson et Mazen al-Akhras, le 1 février 2014

Le groupe basé à Washington « Human Rights Watch » – contrôlé par l’élite US de politique étrangère – a lâché une nouvelle salve dans sa campagne de soutien à la « guerre humanitaire » menée contre la nation syrienne indépendante.

Il ne s’agit pas de la première ou même de la deuxième fabrication entretenue par Human Rights Watch. Le groupe a été parmi les premiers à accuser à tort le gouvernement syrien pour l’incident des attaques chimiques dans l’est de la Ghouta en août 2013. La « panique morale » issue de cette accusation a failli déclencher une escalade dramatique du conflit.

De nombreux rapports ont depuis démontré que cette accusation était mensongère. Un groupe emmené par la nonne catholique Mère Agnès Maryam a produit un rapport démontrant que les preuves vidéo de l’incident avaient été manipulées et mises en scène; le journaliste d’investigation US Seymour Hersh a démontré que les renseignements US impliquant le gouvernement syrien avaient été montés de toutes pièces; et le New York Times a retiré son soutien aux pièces issues de spéculations télémétriques, dont ils avaient affirmé qu’elles impliquaient l’armée syrienne. D’autre part, des témoins syriens, un journaliste jordanien et un groupe turc de défense des droits de l’homme (« Association pour la Paix et Avocats pour la Justice en Turquie« ) ont mis en cause des terroristes appuyés par les Saoudiens. De plus, le dernier rapport en date de l’ONU sur l’incident affirme que, la plupart du temps, les armes chimiques sont utilisées « contre des soldats »; c’est-à-dire, contre le gouvernement. Human Rights Watch (HRW) n’a ni démenti ni présenté d’excuses pour son rôle dans cette mystification.

La dernière histoire d’HRW (« Rasé jusqu’au Sol », 30 janvier) avance qu’au cours de 2012 et 2013 le gouvernement syrien aurait démoli des immeubles résidentiels dans sept zones de Hama et de Damas en « punition » du soutien accordé par certains quartiers aux « rebelles ». Des milliers de familles ont perdu leur domicile de cette manière, pourtant « il n’y a eu aucune démolition similaire dans des zones qui soutiennent le gouvernement. »

HRW dit qu’ils n’ont « pas relevé que qui que ce soit ait été tué ou blessé pendant ce processus. » Toutefois, l’usage de la démolition de maisons comme punition était « une violation … des lois de la guerre » et s’apparente à un crime de guerre. HRW en « appelle au Conseil de Sécurité de l’ONU pour référer la situation en Syrie à la Cour Pénale Internationale. »

Bien entendu, cette proposition n’aboutira pas, puisque des provocations antérieures plus sérieuses ont échoué devant le Conseil de Sécurité. Cependant le rapport d’HRW ajoute à un climat nauséabond d’avilissement et d’interventionnisme, semblant ajouter de la logique à l’armement des groupes sectaires. Pourtant la propagande de guerre est un crime de guerre, en elle-même.

Le soldat des forces de défense nationales et analyste politique Mazen al-Akhras souligne le fait que les vidéos associées au rapport d’HRW témoignent de la présence de « militants » anti-gouvernementaux en tant que témoins (tout comme dans l’est de la Ghouta), teintant l’histoire dès le départ. Le rapport d’HRW ne relève pas que des zones comme Tadamon avaient été recouvertes de constructions illégales et que, lorsqu’elles ont été endommagées pendant les conflits, le gouvernement a décidé qu’il était plus pragmatique de démolir et de reconstruire.

HRW ne mentionne pas le fait que le gouvernement a pris la décision, il y a de cela plusieurs mois, de compenser « tous les citoyens dont les domiciles ont été endommagés ou entièrement détruits par le conflit. » Al-Akhras dit qu’HRW ignore les compensations déjà déboursées, et ensuite prétend « réclamer » des compensations. Son commentaire entier est retranscrit plus loin.

La BBC, qui a joué un rôle majeur dans le relai et l’amplification de la propagande de guerre contre la Syrie, a promu cette histoire « Rasé jusqu’au Sol ». Une contribution antérieure notable de la BBC avait été d’aider à camoufler le meurtre terroriste du personnage religieux le plus respecté de Syrie, le Sheikh Mohammad al Bouti. Il fut assassiné avec cinquante autres personnes à l’intérieur de la mosquée al Iman le 21 mars 2013 par un kamikaze bardé d’explosifs du réseau soutenu par al-Qaeda et appuyé par l’Arabie Saoudite, Jabhat al Nosra.

Parce que le Sheikh Bouti s’était toujours opposé aux salafistes sectaires, les gangs armés sectaires (les « takfiris ») ont décidé qu’il n’était « pas un vrai Sunnite » et ont appelé à sa mort. Après qu’ils l’aient assassiné ils ont fait la fête et, de façon classique, ont rejeté le blâme sur le gouvernement.

Jim Muir de la BBC s’est servi de cette arnaque d’al Nosra, sur la base que le Sheikh n’est pas mort sur le coup, pour faire courir des rumeurs selon lesquelles il avait été tué par d’autres moyens. Quoiqu’il en soit, en décembre 2013, cinq membres d’al Nosra ont confessé les meurtres à la TV syrienne. Un religieux d’al Nosra, Samir al-Ordoni, leur avait accordé la permission morale pour pénétrer dans la mosquée et tuer d’autres Musulmans.

La BBC a également mis sous les spotlights un coup lancé plus récemment par la pétromonarchie du Qatar, un financier majeur des combattants islamistes sectaires. À la veille de la conférence de paix de Genève II, ils ont fait la promotion d’un rapport de trois avocats britanniques, payés par le Qatar, qui annonçait que le gouvernement syrien était coupable de « torture et de 11000 exécutions ». Les avocats étaient allés au Qatar pour interviewer un homme, qui leur a dit qu’il n’avait pas été témoin de torture ou de meurtres, mais leur a donné des milliers de photographies de cadavres. Ils en ont examiné certaines et ont proféré quelques déclarations extravagantes. Mais avec des éléments de preuves tellement peu fiables, qui peut dire d’où venaient les corps ou qui avait tué ces hommes?

HRW a été un acteur clé dans la fabrication de propagande de guerre et d’intervention étrangère. Le groupe obtient la plupart de son financement d’un éventail de fondations US, à leur tour financées par beaucoup des plus grosses entreprises US. Les rapports d’HRW Moyen-Orient comptent souvent sur et acceptent des bourses de fondations pro-Israël. Il est étroitement lié au Council on Foreign Relations (CFR, Conseil sur les Relations Étrangères, ndt) US, presque un « Who’s Who » de l’élite US en politique étrangère.

HRW a accordé un traitement de faveur à des régimes se conformant aux USA tels que la Colombie, le pire violeur des droits de l’homme en Amérique Latine ainsi qu’en témoignent les meurtres de dirigeants syndicaux, de journalistes et d’autres activistes sociaux. En comparaison, HRW a attaqué à plusieurs reprises le gouvernement du défunt Hugo Chavez au Venezuela.

Le groupe a toujours eu un agenda politique. Selon José Miguel Vivanco, directeur de la division Amériques du groupe, son rapport de 2008 sur le Venezuela (« Une Décennie sous Chavez ») avait été écrit « parce que nous voulions faire au monde la démonstration que le Venezuela n’est un modèle à suivre pour personne ». Le rapport fut critiqué de toutes parts par plus d’une centaine d’intellectuels pour n’avoir pas satisfait « même les standards les plus faibles en termes d’érudition, d’impartialité, de précision ou de crédibilité ». Plutôt qu’un rapport circonstancié sur les droits de l’homme, c’était une tentative de décrédibilisation d’un gouvernement, principalement sur les bases d’allégations de « discrimination politique » dans l’emploi et le domaine judiciaire. Les preuves étaient pauvres et l’approche tout sauf systématique. HRW a dénigré ces critiques.

Mazen al-Akhras, depuis Damas: commentaires sur l’histoire « Rasé jusqu’au sol » d’HRW

Avant que nous ne soyons évacués du fait des conflits en novembre 2012 j’étais un habitant d’Harasta, l’une des banlieues orientales de Damas, et la plus proche de Duma, qui est le fief des forces anti-gouvernementales dans la grande banlieue de Damas.

Harasta est adjacent à l’échangeur de l’autoroute entre Damas et le nord (autoroute Damas-Alep), et peut être vu depuis la route, et aussi être surveillé par satellite. Et comme beaucoup d’autres villes autour de Damas, Harasta a eu son lot de manifestations et de batailles. Et bien qu’il soit considéré comme étant le deuxième fief, par son importance, des forces anti-gouvernementales à l’est de la Ghouta, Harasta n’a rien vu qui ressemble aux accusations qui sont dans le rapport d’HRW.

Il y a beaucoup d’autres exemples de la même situation autour de Damas comme à Al-Tal, Zabadani et Qudsaia, et si l’on va un peu plus loin au nord, des démolitions comme celles alléguées dans le rapport d’HRW n’ont pas eu lieu à Nabk, ou à Qara (Kara).

Même à Qussaïr, les démolitions ont été limitées aux conséquences des batailles qui y ont eu lieu, et une fois les combats finis, il n’y a eu aucun acte de démolition ou de destruction. Bien au contraire, le gouvernement est accouru pour restaurer l’électricité et l’eau courante et d’autres services publics dans la ville, tout en mettant des travaux de reconstruction en œuvre où c’était possible.

Il est peut-être bon de rappeler que Qussaïr n’était pas juste une ville qui s’opposait au gouvernement, c’était aussi le plus grand fief pour les milices s’opposant à l’armée dans le centre-ouest de la Syrie.

Tous ces exemples et beaucoup d’autres sont des preuves réelles et tangibles que le gouvernement ne « punit » pas des zones pour un soutien à l’insurrection comme le prétend le rapport d’HRW.

Pour en venir aux vidéos, elles ne montrent aucun signe ou indication du lieu où elles ont été filmées, et l’on peut débattre de beaucoup de détails sur l’identité des militants présents dans la deuxième partie de la vidéo.

Tandis que le rapport d’HRW se demande avec malveillance pourquoi d’autres zones d’habitations illégalement construites n’ont pas été démolies, et présume (avec la même malveillance) que c’est parce que ces zones sont pro-Assad, ils ne font pas mention du fait que ces zones offrent d’ores et déjà abri et refuge à des milliers de familles qui ont évacué leurs zones de résidence à cause de batailles toujours en cours, y compris ces zones qui se font démolir. Donc, en d’autres termes, ils se demandent simplement pourquoi le gouvernement syrien ne vire pas (encore) ces réfugiés des zones sûres, avec en prime les milliers de familles supplémentaires qui sont originaires de ces zones. Bien sûr de telles considérations sont acceptables pour eux parce que doubler le nombre de familles sans abri à l’intérieur de Damas (ou n’importe quelle autre ville en Syrie) ne suscite aucun malaise à leurs consciences mortes.

Tout résident de Damas sait que Tadamon (parmi beaucoup d’autres zones) est une zone peuplée d’habitations construites illégalement, et que le gouvernement syrien a essayé depuis des années d’y mettre de l’ordre, et maintenant avec toutes les destructions causées par les combats, il est très difficile et onéreux de simplement rénover la zone, rendant la démolition du reste de la zone et sa reconstruction d’une manière ordonnée plus facile et moins chère au gouvernement, garantissant éventuellement aux habitants un retour à un quartier plus sain et mieux aménagé.

Ceci est une chose que le rapport d’HRW n’a pas mentionné, et cette fois ce n’est pas par erreur, ils ont délibérément choisi d’ignorer le simple fait que le gouvernement syrien avait déjà décidé et annoncé qu’il allait offrir une compensation à tous les citoyens dont les maisons ont été endommagées ou entièrement détruites lors des conflits, et c’était plusieurs mois avant qu’HRW ne fasse son rapport et ne « réclame » ce que le gouvernement syrien avait déjà accordé.

Mashaa Al-Arbaeen à Hama (comme tout un chacun peut demander et vérifier) est presque pareil que Tadamon, seulement avec une documentation cadastrale encore pire.

Donc, pour résumer: beaucoup de quartiers, de petites et de grandes villes sont une preuve vivante que le gouvernement ne « punit » personne. Pourtant, HRW publie un rapport sur un plan gouvernemental de réorganisation de zones d’habitations construites illégalement qui sont déjà endommagées à cause des batailles, et HRW transforme ce plan en présumée « punition », parce que le plan n’inclut pas – encore – d’autres zones (bien que ces zones n’aient pas été prises dans les combats et n’ont pas été endommagées, et que les démolir doublerait le nombre de familles sans abri à Damas, ce qui inclurait aussi les familles déplacées au départ), et pour ajouter l’insulte à l’offense, HRW ignore les compensations accordées et promises par le gouvernement aux citoyens syriens et choisit de « réclamer » ces compensations.

Références

Tim Anderson (2010) ‘How Credible Is Human Rights Watch on Cuba?’, MRZine, Feb, online: http://mrzine.monthlyreview.org/2010/anderson160210.html

Peace Association and Lawyers for Justice in Turkey (2013) War Crimes Committed Against the People of Syria, December, online: http://www.barisdernegi.org/en/war-crimes-committed-against-people-syria-report-peace-association-turkey-and-lawyers-justice

 Rodolfo Acuña et al (2008) ‘More Than 100 Experts Question Human Rights Watch’s Venezuela Report’, online: https://nacla.org/news/more-100-experts-question-human-rights-watchs-venezuela-report

 Human Rights Watch (2013) ‘Attacks on Ghouta: Analysis of Alleged Use of Chemical Weapons in Syria’, 10 September, online: http://www.hrw.org/reports/2013/09/10/attacks-ghouta-0

 Human Rights Watch (2014) ‘Razed to the Ground’, 30 Jan, online: http://www.hrw.org/reports/2014/01/30/razed-ground

Robert Parry (2013) ‘NYT Backs Off Its Syria-Sarin Analysis’, Global Research, 30 December, online: http://www.globalresearch.ca/nyt-backs-off-its-syria-sarin-analysis/5363023

 ISTEAMS (2013) ‘Independent Investigation of Syria Chemical Attack Videos and Child Abductions’, 15 September, online: http://www.globalresearch.ca/STUDY_THE_VIDEOS_THAT_SPEAKS_ABOUT_CHEMICALS_BETA_VERSION.pdf

 Seymour M. Hersh (2013) ‘Whose Sarin?’, London Review of Books, Vol. 35 No. 24, 19 December, 9-12, online: http://www.lrb.co.uk/v35/n24/seymour-m-hersh/whose-sarin

BBC (2014) ‘Syria accused of torture and 11,000 executions’, 21 January, online: http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-25822571

Source: http://www.globalresearch.ca/syria-human-rights-watch-key-player-in-the-manufacture-of-propaganda-for-war-and-foreign-intervention/5366987



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