Où était la NSA pendant le massacre d’Isla Vista?

Elliot Rodger; encore un enfant perdu...

Elliot Rodger; encore un enfant perdu…

Par Peter van Buren, le 27 mai 2014

Elliot Rodger, un étudiant à la fac’ qui postait des vidéos relatant sa haine envers les femmes, a tué six personnes et en a blessé 13 autres la semaine dernière. Il a poignardé à mort trois hommes dans son appartement et tiré sur les autres en ouvrant le feu sur des passants dans les rues bondées d’Isla Vista, en Californie. Rodger mit ensuite fin à ses jours. Trois armes de poing semi-automatiques, accompagnées de 41 magasins de dix balles, chargés – toutes achetées dans des armureries locales – furent trouvées dans sa voiture. Le bilan de décès eut pu être plus lourd.

Donc, où était la NSA?

Car depuis l’année où Edward Snowden nous a révélé en détail l’espionnage extensif de chaque aspect des vies états-uniennes, nous avons entendu des paroles lénifiantes du président et de la NSA affirmant que chacune de ces intrusions dans nos vies était nécessaire afin de nous protéger. Celui qui est désormais l’ex-chef de la NSA a dit qu’il ne connaissait pas de meilleure façon que son agence puisse utiliser pour protéger les USA que de collecter des milliards de données téléphoniques et d’Internet. « Comment relions-nous les points? » a-t-il dit, se rapportant à des liens souvent cachés entre les gens, des événements et ce qu’ils font en ligne. « Nous ne connaissons pas d’autre moyen de relier les points. Retirer ces programmes de l’agenda n’est absolument pas la chose à faire. »

Donc, où était la NSA?

Elliot Rodger a posté sur son réseau social, à priori surveillé par la NSA, sur le suicide et le meurtre de personnes. Sa famille a demandé à la police de rendre visite à sa résidence. Mais quand ils se sont présentés, Rodger a tout simplement dit aux officiers de police qu’il s’agissait d’un malentendu et qu’il n’allait faire de mal à personne, ni à lui-même. Aucune fouille ne fut ordonnée.

À peine 24 heures avant le massacre, Rodger a posté une vidéo sur YouTube, à priori surveillé par la NSA, dans laquelle il était assis derrière le volant de sa BMW noire et annonçait pendant sept minutes ses projets de violence. La vidéo a « fuité » – visionnez-là ici.

Donc, où était la NSA à Boston?

Dans l’affaire de l’assaillant du marathon de Boston, Dzhokhar Tsarnaev, la NSA a échoué à remarquer les visites du terroriste de Boston sur le magazine en ligne d’al-Qaeda, ou ses vidéos « terroristes » sur YouTube. Le magazine en ligne a fourni à Tsarnaev les détails dont il avait besoin pour construire ses bombes. La NSA a également échoué à relever les communications en ligne que Tsarnaev a eues avec un extrémiste connu du Dagestan, qui aurait listé Tsarnaev parmi ses amis via Internet.

Même après l’attentat, la NSA, le Ministère de la Justice et le DHS (Department of Homeland Security, ministère de la sécurité intérieure, ndlr) ont échoué à identifier les suspects depuis des photos en gros plan, et ont dû demander l’aide du public, malgré le fait que les photos des deux frères étaient répandues à travers les médias sociaux, à priori surveillés par la NSA.

Que faisaient les forces de l’ordre à Boston pendant la période menant à l’attentat? Ils surveillaient Occupy et d’autres, pistant aussi les pages Facebook et les sites Internet de contestataires, écrivant des rapports sur le potentiel impact sur « les biens commerciaux et financiers » des centre-villes.

La surveillance de groupes de contestation légitimes n’était pas limitée à Boston. Le FBI a surveillé Occupy Wall Street depuis ses premiers jours et a traité ce mouvement non-violent comme une menace terroriste potentielle. Des annales internes au gouvernement démontrent qu’Occupy était considéré comme une menace potentielle quand son organisation a débuté en août 2011. Des agents de l’anti-terrorisme ont été utilisés pour surveiller les activités d’Occupy.

Donc, où est la NSA?

Tous les échecs de la NSA précités sont précisément le genre d’échecs à relier les points que l’espionnage de tous les citoyens US devaient pallier. Rendus à ce point, il nous reste une de deux explications.

La première explication est que la NSA est tout bonnement incompétente. Ils peuvent ne pas être bons à leur boulot, leurs capacités technologiques à collecter les données peuvent ne pas être mariées à celles de les traiter, ou ils sont tellement submergés de données qu’ils en sont inefficaces. Pourquoi devrions-nous attendre d’un gouvernement qui trébuche sur tout, depuis la gestion des listes de rendez-vous dans les hôpitaux des vétérans militaires aux entreprises majeures de politique étrangère de faire mieux dans le travail du renseignement.

La seconde explication est beaucoup plus sombre. Il demeure envisageable que les histoires de liens entre les points et de protection des USA soient une arnaque, une ruse, un écran de fumée, et que la surveillance de masse ait un but beaucoup plus sinistre. Faites votre choix: contrôler la contestation, espionner des groupes comme Occupy, chantage, avantages politiques, renseignements industriels, et ainsi de suite. Les révélations de Snowden, aussi emplies de sens qu’elles le soient, ne braquent la lumière que sur ce que faitla NSA. Elles n’expliquent pas pourquoi la NSA nous espionne. Là se trouve la vraie histoire de ce siècle, attendant que le prochain lanceur d’alerte l’expose.

BONUS

Quelques commentateurs du massacre d’Isla Vista ont plaidé le problème comme « Qu’aurions-nous pu faire? OK il avait posté des trucs de fou, mais il n’avait pas vraiment commis de crimes avant d’avoir commencé à tirer, pas vrai? »

Argument intéressant, jusqu’à ce que vous le compariez à la façon dont le gouvernement traite les « vrais terroristes ». Les mots magiques qui sont employés sont « conspiration visant à commettre des actes de terrorisme », un crime qui implique grosso-modo la discussion sur ou la préparation d’actes terribles. La même loi existe en ce qui concerne la préparation d’un meurtre « ordinaire ». La logique veut que si la police dispose de suffisamment de preuves que vous êtes sur le point de faire exploser un gratte-ciel, il n’y a aucun sens à ce qu’ils doivent attendre que vous appuyiez sur le détonateur pour vous appréhender. Pas de souci.

Mais considérons quelques exemples, dans la pratique.

Récemment en Caroline du Nord, le FBI a porté l’accusation contre deux hommes qu’ils disent avoir conspiré et s’être entraînés pour appliquer un « djihad violent ». L’enquête fédérale a commencé quand un homme a contacté une source en sous-marin du FBI par email, lui disant qu’il voulait partir à l’étranger se battre, et qu’il ait demandé à un autre comment se préparer au combat au Yémen ou en Syrie. L’autre type parlait souvent « de ses armes », et disait qu’il « considérait » des actes violents soit aux USA soit à l’étranger. Les hommes furent arrêtés et accusés de conspiration.

Trois membres d’une milice de Géorgie ont été accusés de conspirer à attaquer des agences fédérales. Ils ont « essayé » de se procurer des bombes artisanales et des appareils à thermite, et ont discuté sur Internet de projets d’attaques contre le gouvernement fédéral.

La citoyenne US « Jihani Jane » fut accusée de conspiration visant à commettre des actes terroristes, seulement sur la base de ses activités en ligne.

Source: http://wemeantwell.com/blog/2014/05/27/where-was-the-nsa-before-the-isla-vista-mass-shooting/



Catégories :Société

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