De la militarisation des sciences sociales américaines..

nsa-logoécouter>>>/Un évènement passe pour le moment totalement inaperçu des médias français, à savoir la mise sous tutelle des sciences sociales américaines par l’armée de ce pays. En effet, les outils théoriques et pratiques mis au point par l’opération Minerva viseront entre autres à modéliser les risques de contagion sociale pouvant menacer lesdits intérêts stratégiques des États-Unis dans le monde…

Le Pentagone avance l’argent pour les chercheurs qui se mettront donc en toute simplicité sécuritaire au service du ministère de la Défense américain afin de déterminer les risques de points de basculement sociétaux susceptibles d’engendrer des troubles civils. Des millions de dollars sont affectés à ce programme visant à court et long terme l’établissement d’une approche militarisée des différents contextes relevant selon ces théoriciens néo-conservateurs d’une politique de défense globalisée, le tout au service des hauts fonctionnaires, décideurs, et autres politiques impliqués potentiellement dans l’organisation de commandements militaires.

La DoD ‘Minerva research Initiative’, en partenariat avec de nombreuses universités, a la vocation programmatique d’éclairer les consciences oeuvrant au sein du Département de la Défense quant à l’organisation des différentes mouvances sociales et culturelles, éclairement voire espionnage visant également les tendances comportementales et politiques potentiellement contestataires partout où elles sont susceptibles de se heurter aux divers projets de ce pays dont les visées demeurent expansionnistes. Le récent scandale sur l’enquête de Facebook traitant de contagion émotionnelle n’est pas étranger à ces approches anthropologiques mises au services d’intérêts politiques et économiques particuliers.

 http://www.wired.com/2008/05/project-minerva/

http://www.wired.com/2008/06/pentagon-opens/

http://www.wired.com/2008/01/know-the-enemy/

 Pour la période 2014-2017, l’on peut notamment découvrir que l’Université Cornell dirigée par le Service de la recherche scientifique de l’US Air Force tente de développer un modèle de “dynamique de la mobilisation et de la contagion d’un mouvement social”. Son objet principal consistant à déceler la “masse critique ou seuil de basculement d’une contagion sociale via l’analyse des “traces numériques”.

Révolution égyptienne de 2011, élections russes de 2011, crise d’approvisionnement en fioul au Niger en 2012, ou encore mouvement de protestation du parc Gazi en Turquie en 2013, autant de phénomènes politiques qui sont décortiqués à l’aune de ces théories d’un nouveau genre.

Les échanges sur Twitter et Facebook seront examinés pour identifier les individus potentiellement mobilisables dans des luttes sociales et donc politiques.

L’université de Washington “cherche à découvrir dans quelles conditions naissent les mouvements politiques visant un changement politique et économique à grande échelle”. Elle est chapeautée par le service de recherche de l’armée, visant à anticiper les foyers de contestation impliquant plus de 1000 participants, ainsi qu’évaluer leur capacité d’investissement durable dans ces actions. Cette enquête doit concerner 58 pays au total.

L’inititative Minerva finance un projet intitulé “Qui ne devient pas terroriste, et pourquoi ?”, assimilant militants pacifistes et “partisans de la violence politique”, définissant lesdits militants comme sympathisants de toute forme de violence terroriste.

http://minerva.dtic.mil/doc/abstracts/Rasmussen_WhoNotTerrorist_FY13.pdf

Cette étude comprend des entretiens avec plus de 10 activistes et militants de partis ou ONG favorables à des causes radicales, mais n’utilisant pas factuellement la violence pour défendre leurs causes. Le professeur Maria Rasmussen de la US Naval Postgraduate School est partie prenante de l’étude-enquête. Les ONG analysées sont implicitement assimilées à des mouvances menaçant l’ordre international.

Minerva contribue donc au financement de la recherche fondamentale en sciences sociales, et ce afin que la Défense américaine cible et anticipe les différentes causes de l’instabilité et de l’insécurité dans ses champs opératoires. Le tout « pour assurer au monde un environnement sécuritaire stable ».

Ses subventions traitent également des risques sociaux liés au changement climatique (l’université du Maryland, en collaboration avec le Pacific Northwest National Laboratory du ministère de l’Énergie, dispose d’1,9 millions de dollars sur trois ans pour ce type d’analyses).

http://www.livescience.com/38167-national-security-impact-of-warming-climate.html

Minerva bénéficiera de 75 millions de dollars (attribués par le Congrès) sur cinq ans pour ses « recherches en sciences sociales et comportementales ».

Le personnel de Minerva est invité à produire des résultats rapides applicables aux opérations militarisées de terrain.

http://cidse.engineering.asu.edu/minerva-initiative-project-recognized-by-dod/

http://repository.asu.edu/attachments/93938/content/tmp/package-DBgi6R/Nair_asu_0010N_11963.pdf

Le programme Human Social Cultural and Behavioural Modeling (HSCB) implique des officiers supérieurs du Pentagone. Le Dr Harold Hawkins, contrôleur au service de recherche navale, est également de la partie… tous dans l’attente d’outils de terrains plus que de théories perspectivistes…

Des chercheurs de l’American Anthropological Association (AAA) ont fait savoir leur désapprobation au gouvernement quant à cette gestion militarisée des sciences sociales, s’étonnant que ces travaux ne soient pas dirigés par des infrastructures civiles comme la National Science Foundation (NSF) :

http://www.aaanet.org/issues/policy-advocacy/upload/Minerva-Letter.pdf

Démarche qui a porté ses fruits partiels puisqu’un nouveau protocole est apparu permettant une cogestion de Minerva avec la NSF. Toutefois, ce seront toujours les officiers du Pentagone qui auront le pouvoir de nomination aux sièges de ces nouveaux comités.

L’incorporation des sciences sociales dans des opérations de terrain utilisant l’analyse textuelle et la recherche historique, le tout au service d’un projet d’instauration de l’ordre militaire américain global, telle est la finalité de cette Minerve d’un genre plus que jamais suspect. Le Pentagone planifie donc une surveillance de masse via sa National Security Agency (NSA) afin de juguler et de neutraliser toutes les formes de contestations, de révoltes, ou d’insurrections locales et internationales. L’étude des émotions sur les réseaux sociaux n’est que l’infinitésimale partie émergée de l’iceberg en question : un espionnage mondial pratiqué par un empire total.

Article de Thomas Roussot

Références :

David Price :

Weaponizing Anthropology : Social Science in Service of the Militarized State. AK/CounterPunch Books, 2011

Anthropological Intelligence : The Deployment and Neglect of American Anthropology in the Second World War. Duke University Press, 2008

Threatening Anthropology : McCarthyism and the FBI’s Surveillance of Activist Anthropologists. Duke University Press, 2004



Catégories :Tribune libre

1 réponse

  1. A reblogué ceci sur The informantet a ajouté:
    ****
    ***
    Les échanges sur Twitter et Facebook seront examinés pour identifier les individus potentiellement mobilisables dans des luttes sociales et donc politiques.

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