Une nation au bord du gouffre: comment la politique US a scellé le destin de l’Irak

Des membres d'une famille pleurent pour l'un des leurs apparemment tué par une milice chiite non loin de sa maison à Bagdad, le 25 juin 2014 - Photo Ayman Oghanna/The New York Times

Des membres d’une famille pleurent pour l’un des leurs apparemment tué par une milice chiite à côté de sa maison à Bagdad, le 25 juin 2014 – Photo Ayman Oghanna/The New York Times

Par Dahr Jamaïl, le 17 juillet 2014

Pour les citoyens US, c’était comme des nouvelles qui tombaient de nulle part. Des années avaient passé depuis que des reporters avaient pris la peine de se rendre dans le pays que nous avions envahi et que nous avions éventré en 2003, le pays naguère connu sous le nom d’Irak que notre occupation a entraîné dans un cauchemar sectaire sans fin. En 2011, les dernières troupes de combat US sont parties du pays en catimini, « la tête haute » ainsi que le président Obama le proclamait à l’époque, et l’Irak a cessé de faire partie des nouvelles aux USA.

Par conséquent les gros titres des récentes semaines – L’armée irakienne s’effondre! La deuxième ville d’Irak tombe aux mains des insurgés! Un Califat terroriste établi au Moyen-Orient! – n’auraient pas pu davantage sembler tomber des nues. Soudain, des reporters y retournaient en masse, les néo-cons (sic) de l’ère Bush qui avaient planifié et soutenu l’invasion et l’occupation écrivaient des éditoriaux comme si c’était hier, et l’Irak était à nouveau l’histoire du moment tandis que les post-post-mortems ont commencé à apparaître et que des commentateurs se sont mis à poser la question: Comment ceci a-t-il donc pu se produire?

Les Irakiens, bien entendu, n’ont pas bénéficié du luxe d’ignorer ce qui s’est passé sur leur terre depuis 2011. Pour eux, qu’ils soient Sunnites ou Chiites, la récente déconfiture de l’armée, la propagation d’une série de révoltes à travers les parties sunnites de l’Irak, l’avancée d’une insurrection extrémiste vers la capitale du pays, Bagdad, et la nature retranchée du gouvernement autocratique du premier ministre Nouri al-Maliki étaient, sinon cousues de fil blanc, du moins prévisibles. Et comme les massacres gagnaient en intensité, la vaste majorité des Irakiens était prise en plein milieu, des gens qui n’étaient ni des combattants ni directement impliqués dans la politique corrompue de leur pays, mais qui se sont retrouvés, comme toujours, piégés dans l’emprise de la violence qui l’engloutit une fois de plus.

Un ami irakien que j’ai rencontré en 2003, qui vit dans un quartier majoritairement sunnite de Bagdad, m’a récemment envoyé un email. Il avait réussi à traverser les effusions de sang sectaires de 2006-2007 lors desquelles beaucoup de ses compatriotes sunnites avaient été tués ou chassés de la capitale, et voici le tableau qu’il m’a peint de ce qu’est maintenant la vie pour lui, sa femme, et pour leurs jeunes enfants:

Tous les dangers confrontés par les Irakiens du temps de l’occupation – les arrestations, la torture, les voitures piégées, et la violence sectaire – ces tueries sont devenues comme des jouets en comparaison à ce à quoi nous sommes confrontés ces jours-ci. Les combats se sont étendus dans toutes les directions au nord, à l’est, et à l’ouest de Bagdad. La majeure partie des combats se font entre le gouvernement et les insurgés sunnites qui ont beaucoup souffert de l’injustice du gouvernement sectaire d’al-Maliki.

Pour ce qui est de sa vie quotidienne, il l’a décrite ainsi:

Par la suite de ces combats, nous n’arrivons pas à dormir à cause de notre peur face à l’incertitude de la situation, et à cause des arrestations arbitraires de personnes sunnites innocentes. Tous les jours je me réveille et me vois dans une très mauvaise et très difficile situation, et désormais j’essaye de trouver n’importe quel moyen pour partir d’ici et sauver ma famille. La plupart de mes voisins sont partis quand il était plus facile de le faire. Maintenant, nous avons à la fois les USA et l’Iran qui aident le gouvernement irakien, et ceci ne fera que rendre les combats qui font rage à travers l’Irak beaucoup plus acharnés.

La vie en Irak est devenue impossible, et encore plus dangereuse, et maintenant il n’y a plus moyen de partir d’ici. Au nord, à l’ouest et à l’est de Bagdad il y a des combats, et avec tant de groupes de milices chiites au sud, ce n’est pas sûr pour nous d’y aller à cause du sectarisme qui n’y avait jamais été avant l’invasion. Le prix des tickets d’autocar est devenu très élevé et ils sont tous réservés des mois à l’avance. Donc beaucoup de familles irakiennes et moi sommes pris en plein milieu, en ce moment.

Chaque jour, l’armée irakienne fait des raids dans des maisons et arrête beaucoup de personnes innocentes. Par conséquent beaucoup de cadavres peuvent être trouvés à la morgue de Bagdad dans les jours qui suivent les arrestations massives dans les zones sunnites.

Il a conclu son email sur une note sévère, qui m’a rappelé le genre de choses que j’entendais régulièrement quand j’étais en Irak à couvrir les résultats brutaux de l’occupation US.

Horreur, peur, arrestations arbitraires, bombardements aveugles, meurtres, un avenir incertain – voilà le nouvel Irak démocratique.

Et n’allez pas une seule seconde penser que cet été, il n’y ait que les communautés sunnites qui vivent dans la peur. Des revendications de massacres et d’autres atrocités perpétrées par l’État Islamique d’Irak et de Syrie (ISIS, Islamic State of Irak and Syria, ndlr), le groupe aux avant-postes de la révolte sunnite à travers les régions du nord et de l’ouest du pays, abondent aux côtés de témoignages bien documentés sur leurs tactiques brutales contre les Chiites.

Lors d’un incident, selon des témoins, les forces d’ISIS ont kidnappé au moins 40 Turkmènes chiites, fait exploser trois mosquées et un autre sanctuaire chiites, et pillé des maisons et des fermes dans deux villages chiites près de la ville de Mossoul. Et c’est juste le début d’une longue liste d’horreurs. Pendant ce temps, le sectarisme qui déchire le tissu social est encore plus alimenté par la publication en ligne d’images qui montrent qu’au moins 10 anciens sanctuaires et mosquées chiites ont été détruits par les combattants d’ISIS.

La désintégration de l’Irak

Pour ma part, je ne peux pas prétendre être surpris par les événements de ces dernières semaines. Déjà en mars 2013, lors d’une visite à la ville assiégée de Falloujah (par deux fois bombardée et grandement détruite par les troupes US au cours des années d’occupation), j’ai vu beaucoup de signes de la genèse de ce qui allait survenir. J’étais, à un moment donné, sur une scène là-bas aux côtés d’une demi-douzaine de chefs tribaux et religieux des alentours. Des dizaines de milliers d’hommes en colère, la plupart jeunes, emplissaient la rue en contrebas, brandissant des pancartes exprimant leur colère dirigée contre le premier ministre soutenu par les USA Maliki.

Ayant écrit sur la myriade d’abus et de violations des droits de l’homme desquels était responsable le régime de Maliki, j’étais intimement familier de la façon dont les corps, la dignité et les droits d’une bonne partie de la population sunnite dans la province de Falloujah, al-Anbar, avaient été abusés. Ce même mois j’avais, par exemple, interviewé une femme utilisant le pseudonyme de Heba al-Shamary et venait tout juste de se faire relâcher d’une prison irakienne après quatre années sinistres.

J’ai été torturée et violée à plusieurs reprises par les forces de sécurité irakiennes, » m’a-t-elle dit. « Je veux dire au monde ce que j’ai, et d’autres femmes irakiennes ont dû endurer ces dernières années. Ça a été un enfer… J’ai été violée encore et encore. J’ai reçu des coups de pied, on m’a battue, insultée et craché dessus.

Heba, comme tant de Sunnites que le régime de Maliki avait décidé de détenir, de torturer et parfois d’exécuter, avait été accusée de « terrrorisme ».

Ce même mois, Amnesty International a publié un rapport qui soulignait ce que l’organisation appelait « un sinistre cycle d’abus des droits de l’homme » en Irak. Quand j’étais à Bagdad, il était commun d’entendre les gens dire de Maliki dans beaucoup de zones qu’il était « pire que Saddam [Hussein] ».

Fin 2012, les jeunes parmi la population sunnite privée de ses droits ont commencé à organiser des rassemblements pacifiques dans le style du Printemps Arabe contre le gouvernement. Ceux-ci furent assaillis par la force brute et plus d’une douzaine de manifestants ont été tués par les forces de sécurité du gouvernement. Des vidéos de ceci sont devenues virales sur le Web, fouettant encore les humeurs déjà surchauffées de jeunes ardents du désir de prendre le combat pour leurs droits jusqu’à Bagdad.

« Nous exigeons la fin de tous les points de contrôle autour de Falloujah. Nous exigeons qu’ils laissent entrer la presse [pour couvrir la situation]. Nous exigeons qu’ils mettent fin aux raids dans les maisons et aux détentions. Nous exigeons la fin du fédéralisme, des gangsters et des prisons secrètes. » Voilà ce que m’avait dit Sheikh Khaled Hamoud Al-Jumaili, un leader des manifestations, juste avant que je ne monte sur scène ce jour-là. Alors que nous parlions, il a serré une photo d’un de ses neveux tué par les forces de Maliki pendant qu’il manifestait dans la ville proche de Ramadi. « Perdre notre histoire et diviser les Irakiens est mal, mais çà et des enlèvements, des conspirations et déplacer des gens, voilà ce que fait Maliki. »

Comme je l’avais écrit à l’époque, le sheikh a continué pour m’assurer que beaucoup de gens dans la province d’Anbar avaient cessé de réclamer des changements dans le gouvernement de Maliki parce qu’ils avaient perdu espoir. Après des années à attendre, aucune de ces réclamations n’avait été satisfaite.

« Désormais, nous réclamons un changement dans le régime plutôt que dans la Constitution. Nous n’arrêterons pas ces manifestations. Nous avons appelé celle-ci « vendredi de la dernière chance » parce que c’est la dernière chance pour le gouvernement de nous parler. »

« Qu’est-ce qui vient après, » lui ai-je demandé, « s’ils ne vous écoutent pas? »

« Peut-être que ce qui vient après, c’est la lutte armée, » a-t-il répondu dans la foulée.

La réaction de Maliki aux manifestations de Falloujah allait, en fait, garantir que la prédiction du sheikh préfigure l’avenir de la région.

L’énergie stimulatrice d’adrénaline sur scène et dans la foule ce jour-là a mélangé une attente et une anxiété électriques avec la peur. Toute cette énergie devait bien aller quelque part. Même alors, les chefs tribaux et religieux locaux traînaient déjà derrière ceux qui les soutenaient. Conserver un couvercle sur le chaudron bouillonnant du sentiment sunnite a toujours été hasardeux. Lorsqu’un sheikh tribal a demandé à la foule un peu plus de temps pour davantage de « diplomatie » à Bagdad, la foule s’est fendue de cris de colère, s’est précipitée vers la scène, et a commencé à bombarder les sheikhs de bouteilles d’eau et de pierres.

Dans des poches de cette foule, maintenant enragée, les drapeaux noirs de mauvais augure d’ISIS s’agitaient déjà vigoureusement à côté de pancartes qui lisaient « Les Irakiens n’ont pas voté pour une dictature iranienne. » Des cris enragés proclamant, « Nous allons désormais combattre! » et « Plus jamais de Maliki! » nous ont poursuivi tandis que nous fuyions la scène, de peur de nous faire atteindre par ces projectiles qui avaient saisi la rage des jeunes, une rage affamée de cible, et ouverte au recrutement dans un mouvement qui allait emmener la lutte jusqu’au régime de Maliki.

ISIS entre en scène

Financés par des pétrodollars du Golfe venant du Qatar et d’Arabie Saoudite, entre autres, et pendant longtemps soutenus, au moins implicitement, par l’administration Obama, les combattants islamistes radicaux en Syrie qui s’opposent à Bachar al-Assad ont crû en force, en nombre et en capacité à tuer au cours des trois dernières années. Cet hiver, leurs branches en Irak et eux ont convergé, prenant d’abord Falloujah puis avançant par le gré des débâcles au printemps et en été à travers l’Irak sunnite et l’établissement d’un « califat » dans les territoires qu’ils contrôlent dans les deux pays.

C’était à peine une nouvelle qu’ISIS, un groupe que même l’al-Qaeda original avait rejeté, avait une forte présence en Syrie. Le secrétaire d’état John Kerry a parlé défensivement de la situation l’automne dernier en essayant d’expliquer la politique de plus en plus controversée et confuse de Washington en Syrie, sur les rebelles et sur le régime de Bachar al-Assad qu’ils essayaient d’abattre. Il a décrit « les méchants » comme des combattants radicaux appartenant à ISIS et aux groupes affiliés à al-Qaeda, disant d’eux qu’ils étaient la minorité de l’opposition dans ce pays, une déclaration qui même alors était au-delà d’inexacte. Il a continué en décrivant ces « méchants » comme « ayant prouvé qu’ils étaient probablement les meilleurs combattants… les plus entraînés et les plus agressifs sur le terrain. »

Bien sûr, Kerry a proclamé que les USA ne soutenaient que « les gentils », une autre fiction commode du moment.

Faites une avance rapide jusqu’à il y a seulement quelques semaines: lors d’une réunion avec le leader de l’opposition syrienne Ahmad al-Jarba, Kerry a proposé d’armer et d’entraîner des rebelles syriens ayant soi-disant montré la patte blanche de « modérés » pour aider à mener le combat contre ISIS en Syrie, mais aussi en Irak.

« Évidemment, au regard de ce qui s’est passé en Irak, » a-t-il dit, « nous devons encore plus parler en termes de l’opposition modérée en Syrie, qui a la capacité d’être un acteur très important pour repousser la présence [d’ISIS] et les avoir non seulement en Syrie, mais aussi en Irak. »

La confusion de cette politique demeure consternante: Washington espère se servir de rebelles syriens « modérés », en pratique presque impossibles à distinguer des Islamistes extrémistes, « pour repousser » ces mêmes Islamistes, tout en s’attaquant au régime d’Assad qui soutient – avec des frappes aériennes entre autres choses – le gouvernement Maliki que Washington a armé et soutient en Irak. Les USA ont déjà investi plus de $25 milliards en soutien à Maliki – dont au moins $17 milliards ont été alloués à la défense militaire irakienne. Clairement, ce fut de l’argent mal dépensé puisque cette armée s’est rapidement effondrée, abandonnant une série de grandes et moyennes villes, dont Tal Afar et Mossoul, dès qu’ISIS et d’autres insurgés sunnites sont venus frapper à la porte.

Davantage d’aide et de personnel sont en route depuis Washington. L’administration Obama reconnaît d’ores et déjà envoyer au moins 750 Marines et de troupes des Opérations Spéciales de plus en Irak, avec des drones armés de missiles et des hélicoptères Apache. En ce moment ils poussent fort pour vendre à l’Irak encore 4000 missiles Hellfire de plus. Le Pentagone insiste que ses troupes à Bagdad soit gardent l’énorme ambassade états-unienne, soit servent en guise de « conseillers » aux Irakiens, mais affirme aussi que ses forces ont besoin de « flexibilité », afin de mener leurs missions à bien. Par conséquent, il y a déjà des projets pour que des pilotes US soient sur place, aux commandes de ces hélicoptères Apache.

Bien que Washington soit en désaccord avec le président russe Vladimir Poutine sur la crise en Ukraine, l’administration Obama pousse assurément un soupir de soulagement que de l’aide militaire russe, comprenant des avions de combat, arrive dès à présent à Bagdad. Rendant encore plus floues des alliances politiques opaques, l’Iran a fourni à l’Irak des avions à réaction d’attaque au sol, a des drones qui mènent des missions de reconnaissance à travers le pays, et les Kurdes iraniens pourraient bientôt rejoindre le combat sur le terrain.

Au vu de tous ces rebondissements dans la situation irakienne, l’analyste politique Maki al-Nazzal a partagé ces pensées avec moi, qui deviennent de plus en plus caractéristiques de l’opinion sunnite:

« L’Irak souffre encore des péchés de l’occupation US et maintenant s’auto-opère pour extraire le cancer que les USA ont planté dans son corps. Les nationalistes irakiens et les Islamistes sunnites en ont assez d’être dévastés par 11 ans d’occupation directe et indirecte et se sont donc révoltés pour corriger par les armes ce qui a été corrompu par des politiques néfastes. »

Pendant ce temps, la crise en cours a provoqué la chute libre du gouvernement à Bagdad alors que les Kurdes opportunistes du nord de l’Irak ont appelé à un référendum dans les deux prochains mois, afin de satisfaire le désir longuement nourri de devenir une nation indépendante. En fonction de tout cela, les espoirs en faveur de n’importe quelle forme de gouvernement « d’unité » sunnite-chiite-kurde pouvant sauver le pays de l’effondrement ont été frustrés à plusieurs reprises. Ce qui aggrave encore les choses, avec des milliers d’Irakiens se faisant massacrer chaque mois et le pays se défaisant aux entournures, même les Chiites du Parlement du pays semblent être dans l’impasse. « Les choses se passent plus vite que n’ont de temps les politiciens pour prendre des décisions, » a dit un député chiite aîné à un reporter.

Pas étonnant que l’armée irakienne ne veuille pas tenir ses positions face aux combattants d’ISIS, qui sont plus que volontaires pour mourir pour leur cause. Qu’y a-t-il exactement qui vaille de mourir pour le défendre? Et ce ne sont pas seulement des troupes de l’armée qui refusent de risquer leurs vies pour Nouri al-Maliki. De puissants chefs tribaux sunnites dans la province irakienne volatile d’Anbar refusent eux aussi de se battre pour Maliki. Dans une récente interview, Sheikh Hatem al-Suleiman, chef de la tribu Dulaimi, insistait que Maliki était plus dangereux que les combattants d’ISIS, ajoutant, « Je crois que Maliki est responsable de l’arrivée d’ISIS en Irak. »

L’homme de Washington pendant si longtemps, Maliki lui-même en rajoute à la crise en refusant de bouger, quelle que soit la pression de ses anciens mentors et des chefs religieux chiites.

Le cauchemar des Irakiens ordinaires

La désintégration de l’Irak est le résultat des politiques US qui, depuis 2003, ont brillé par leur absence de cohérence ou de toute réelle compréhension des forces en présence dans le pays ou dans la région. Ils ont eu autour d’eux une aura de puérilité, des « gentils » contre les « méchants », qui laissera pantois les historiens du futur. Pire que tout, ils ont généré une situation contemporaine inextricable au Moyen-Orient où tous les protagonistes sont armés, financés et soutenus directement ou indirectement par Washington ou ses alliés.

Dans le même temps, ISIS et d’autres groupes d’insurgés sunnites ont effectivement puisé dans les dizaines de milliers de jeunes hommes en colère que j’ai vus à Falloujah l’année dernière, et jouissent apparemment d’un certain soutien populaire (comme, dans certains cas, la meilleure d’une série de mauvaises options) dans beaucoup de villes ont ils ont ouvert leur boutique.

Parmi tout ça, le cauchemar des Irakiens ordinaires n’a fait que s’accentuer. J’ai récemment reçu un email d’un ami à Falloujah, une ville aujourd’hui occupée par ISIS après avoir été brutalement pilonnée par les militaires irakiens plus tôt dans l’année. À ce moment-là, des centaines de personnes ont été tuées, et même l’hôpital principal de Falloujah avait été touché. Des dizaines de milliers de personnes de la ville, y compris mon ami, ont dû fuir pour sauver leur vie. Il est maintenant un réfugié depuis des mois, et a résumé sa vie de cette manière:

Les mots ne peuvent exprimer ce que nous souffrons maintenant. Je ne crois pas à ce qui nous arrive. Imagines une vie vécue dans la peur permanente, avec des pénuries de toutes les commodités importantes comme l’électricité, l’alimentation en eau, le carburant, et la nourriture pendant l’été irakien très chaud et le mois de jeûne du Ramadan.

La partie la plus importante de toute l’histoire est que toutes ces tragédies se produisent – et laisses-moi dire avec tristesse, se produisent alors que nous sommes maintenant des réfugiés et privés de nos maisons et de nos affaires. Fuyant les bombardements de Maliki, nous avons voyagé jusqu’à Anah [au nord-ouest de Falloujah et plus près de la frontière syrienne] à la recherche de sécurité, mais maintenant Anah n’est plus sûre et a été attaquée deux fois par des hélicoptères syriens, qui ont tué cinq réfugiés civils de Falloujah. Tout dans notre vie est triste et difficile. Nous sommes sous l’emprise de criminels insensés.

Alors que progresse la désintégration vers l’obscurité de l’Irak, cela me rend malade de penser à tous les Irakiens que j’ai rencontrés et qui sont devenus mes amis, qui depuis ont été tués, ont disparu ou sont devenus des réfugiés. Ce qui reste de l’Irak, ce bourbier qui n’est plus un pays, devrait être considéré comme l’héritage de décennies de politique US sur place, remontant à l’époque où Saddam Hussein était au pouvoir et jouissait du soutien de Washington. Avec Maliki c’est juste un dictateur différent, qui jouit encore plus d’un tel soutien (jusqu’à ces dernières semaines), et qui se sert de tactiques barbares similaires contre les Irakiens.

Aujourd’hui, les politiques de Washington se poursuivent de la même manière insensée tandis que davantage d’huile est jetée sur le feu qui incinère l’Irak.

Dahr Jamaïl a passé plus d’un an à faire des reportages, sans couverture, en Irak au cours de plusieurs voyages là-bas entre 2003 et 2014. Il est le lauréat de nombreux prix, y compris la Martha Gellhorn Award for Journalism et la James Aronson Award for Social Justice Journalism pour son travail en Irak. Il est l’auteur de deux livres: « Beyond the Green Zone: Dispatches from an Unembedded Journalist in Occupied Iraq » (Au-delà de la Zone Verte: Dépêches d’un Journaliste Sans Couverture dans l’Irak occupé, ndlr) et « The Will to Resist: Soldiers Who Refuse to Fight in Iraq and Afghanistan » (La Volonté de Résister: Des Soldats qui Refusent de Combattre en Irak et en Afghanistan, ndlr). Il est journaliste attitré chez Truthout. Ceci est un article écrit conjointement par TomDispatch et Truthout.

Source: http://www.tomdispatch.com/post/175869/tomgram%3A_dahr_jamail%2C_incinerating_iraq/#more

Et: http://www.truth-out.org/news/item/24979-a-nation-on-the-brink-how-us-policies-sealed-iraqs-fate



Catégories :Opinion

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3 réponses

  1. Le cancer qui ronge cette planète s’appelle USA !

Rétroliens

  1. Une nation au bord du gouffre: comment la politique US a scellé le desti n de l’Irak « GLOBAL RELAY NETWORK | raimanet

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