Israël a-t-il délibérément tué son propre soldat et détruit le cessez-le-feu?

Des enfants palestiniens blessés à l'hôpital al-Najar à Rafah au sud de Gaza, après une frappe militaire israélienne le 1 août - Photo Eyad Al Baba / APA Images

Des enfants palestiniens blessés à l’hôpital al-Najar à Rafah au sud de Gaza, après une frappe militaire israélienne le 1 août – Photo Eyad Al Baba / APA Images

Par Ali Abuminah, le 2 août 2014

Mise à jour du 2 août: Israël officialise la mort de son soldat

Samedi soir, l’armée israélienne a déclaré que Hadar Goldin, le soldat qu’elle avait affirmé s’être fait enlever par le Hamas verndredi matin, est mort:

Un comité spécial de l’IDF est arrivé à la conclusion que le Lt. Hadar Goldin a été tué au combat vendredi, à Gaza. Que son souvenir soit une bénédiction.

 – IDF (@IDFSpokesperson), 2 août 2014

C’est sous le prétexte de la recherche du soldat manquant qu’Israël a massacré au moins 110 personnes dans la ville du sud de Gaza de Rafah depuis vendredi matin, réduisant  à néant ce qui était sensé être un cessez-le-feu de 72 heures. Le bilan augmente, alors que des corps sont retrouvés.

« La sauvagerie du bombardement israélien sur Rafah était telle, la quantité de cadavres tellement importante qu’il n’y a pas eu d’autre option que de se servir de réfrigérateurs prévus pour des légumes en tant que morgues improvisées, » rapporte le journaliste Mohammed Omer, de Rafah.

Dans l’un de ces congélateurs, Omer a vu « les cadavres d’enfants, de jeunes hommes et femmes se recouvrant les uns les autres, trempés de sang. Beaucoup d’entre eux étaient impossibles à identifier et seulement un petit nombre a été placé dans des suaires blancs d’enterrement. »

Il y a lieu de se demander si le président US Barack Obama retirera sa déclaration hâtive – sans doute basée sur une désinformation de la part d’Israël – accusant le Hamas d’avoir capturé le soldat et exigeant qu’il soit « libéré sans conditions ».

Maintenant qu’Israël, comme le Hamas, a conclu que Goldin est mort, la question demeure de savoir si, dans l’armée israélienne, l’ordre n’a pas été donné de bombarder Rafah pour le tuer et empêcher le Hamas de prendre un prisonnier vivant. Lisez la suite…

Article original

La journée de vendredi s’est muée en encore une autre journée d’horreur pour les Palestiniens de Gaza, tandis qu’Israël s’est livré à des massacres et à des atrocités, prenant la vie d’au moins 100 personnes.

Ce n’était pas sensé se passer comme ça. Vendredi devait être le premier jour d’un « cessez-le-feu humanitaire » de trois jours, annoncé jeudi soir par les Nations Unies et les USA.

Le cessez-le-feu qui a fait long feu devait commencer à 8 heures du matin heure locale, vendredi matin.

Il fallait s’y attendre, les USA ont accusé le Hamas d’avoir rompu le cessez-le-feu en tuant deux soldats israéliens et en capturant un troisième, qu’Israël a nommé comme étant Hadar Goldin.

Le Hamas et son aile militaire les Brigades Qassam affirment n’avoir aucune information sur le soldat manquant.

Qui a véritablement rompu le cessez-le-feu? Et pourquoi les forces israéliennes ont-elles bombardé si aveuglément la ville du sud de la bande de Gaza de Rafah vendredi, massacrant des douzaines de personnes?

Cela a-t-il pu être fait afin de tuer le soldat capturé pour empêcher qu’il ne devienne un atout précieux de négociation entre les mains de la résistance palestinienne?

Israël pratique depuis longtemps une procédure vaseuse nommée la Directive Hannibal que certains interprètent comme l’ordre de tout faire pour empêcher la capture d’un soldat, même si, ce faisant, cela implique de le tuer.

Qu’est-ce qui s’est passé? La version israélienne

Voici la version d’Israël, telle que rapportée par Ynet:

Selon une annonce faite par l’IDF, à 9:30 vendredi matin des terroristes ont ouvert le feu sur des forces de l’IDF au sud de Gaza. Les informations initiales sur place indiquent qu’il est possible qu’un soldats [sic] de l’IDF ait été kidnappé [sic] lors de l’incident.

Israël affirme que les soldats travaillaient à la destruction d’un tunnel de la résistance et que de telles activités « défensives » sont autorisées dans l’accord de cessez-le-feu.

Ce qu’Israël ne nie pas est que ses forces d’occupation menaient des opérations dans la bande de Gaza.

Qu’est-ce qui s’est passé? La version du Hamas

Le Hamas remet fortement en question la chronologie israélienne, et accuse Israël d’avoir rompu le cessez-le-feu.

Dans un communiqué militaire publié sur son site web vendredi, [la Brigade] Qassam a déclaré:

Après son agression et sa violation flagrantes du cessez-le-feu, l’ennemi [Israël] a commencé à répandre le mensonge que la résistance avait violé la trêve. Nous confirmons qu’au cours des vingt derniers jours il n’y a pas eu de présence de soldats sionistes dans la zone à l’est de Rafah. Après l’annonce qu’un accord de cessez-le-feu avait été atteint, l’ennemi a commencé à manœuvrer dans cette zone et, à précisément 2 heures du matin, a fait une incursion, 2,5km à l’est de Rafah. Ceci ne laisse pas de place au doute sur l’intention de l’ennemi de violer la trêve et d’enfreindre notre territoire, et notre peuple sans défense. Face à cette avancée sioniste, à précisément 7 heures du matin nos combattants ont engagé les forces d’invasion et ont causé un grand nombre de morts et de blessés dans leurs rangs.

Dans une déclaration tôt samedi matin, Qassam expliquait leur compréhension du cessez-le-feu:

Nous avons notifié aux médiateurs qui ont participé à instaurer le cessez-le-feu humanitaire que nous y consentons en ce qui concerne les sites que nous visons dans les villes sionistes, mais que d’un point de vue opérationnel nous ne pouvons pas arrêter de tirer sur des forces qui ont pénétré la bande de Gaza, opérant et manœuvrant en permanence. Ceci veut dire qu’il est possible pour toute force d’invasion de rencontrer l’une de nos unités, et que ceci peut mener à des affrontements.

Du point de vue de Qassam, un affrontement entre combattants armés n’aurait pas dû mener à la rupture totale du cessez-le-feu humanitaire. Donc selon Qassam, l’opération contre les soldats israéliens était de nature défensive et s’est déroulée une heure avant le début du cessez-le-feu, à 8 heures.

La différence de temps

Il y a un trou de deux heures et demie entre la version d’Israël et celle du Hamas qui ne peut être expliqué avec les informations présentement disponibles.

Mais une question plus importante, surtout si nous prenons la relation d’Israël telle quelle, concerne quand et pourquoi Israël a commencé son bombardement intense à l’est de Rafah.

Rageh Omaar, le correspondant de longue date de la BBC qui est actuellement à Gaza en tant que rédacteur des affaires internationales pour ITV News (du Royaume-Uni), est en fait allé au sud de Gaza vendredi et a classé un rapport sur les conséquences horribles des massacres antérieurs d’Israël dans et autour de Khan Younis.

Mais une observation intéressante ressort de ce tweet:

Je reviens tout juste du sud de Gaza – ai dû composer avec de multiples barrages d’artillerie israélienne là-bas une heure après le prétendu cessez-le-feu

 – Rageh Omaar (@ragehomaar), 1 août 2014

Si Omaar a raison, ceci veut dire qu’Israël bombardait déjà la zone de Rafah aux alentours de 9 heures, puisque le cessez-le-feu était sensé commencer à 8 heures.

Et si les barrages d’artillerie ont suivi la mort et la capture alléguée de soldats israéliens par Qassam cela veut aussi dire que l’incident a pu se produire avant 9:30 du matin.

À 6:44 UTC, 9:44 heure de Gaza, l’agence de presse locale Alray tweetait en arabe:

« Brève | Notre correspondant: Récupération des deux corps de Hilal Eid Abu Imran, âge 23 ans, et Moussa Hamdi Abu Imran de sous les gravats de leur maison détruite à l’est de Rafah. »

عاجل| مراسلتنا: انتشال جثماني الشهيدين هلال عيد أبو عمران 23 عامًا وموسى حمدي أبو عمران 45 عامًا من تحت ركام منزلهم المدمر شرق رفح

— وكالة الرأي (@alrayps), 1 août 2014

Les deux hommes ont plus tard été dénombrés par des responsables médicaux parmi à peu près 60 personnes tuées lors du barrage d’artillerie israélien.
Étant donné que ce tweet a été publié à 9:44 du matin, le bombardement lui-même a dû avoir lieu plus tôt, avec assez de marge pour que les secours atteignent la maison bombardée, récupèrent les corps et les identifient pour que leurs noms soient publiés.
Autour de 10 heures du matin beaucoup plus de rapports ont commencé à arriver, parlant de victimes en masse de « bombardements aveugles » sur George Street, à l’est de Rafah.
Si le bombardement a effectivement commencé entre 9 et 10 heures du matin, cela veut dire qu’Israël a démarré un barrage massif et aveugle à peu près juste au moment où ils disent que leur soldat fut capturé.
Cela n’a pas de sens si Israël voulait assurer la sécurité du soldat capturé. Après tout, il pouvait se faire tuer en même temps que ses ravisseurs.
Et c’est exactement ce que Qassam pense qu’il s’est produit.
Et pour le soldat?
Qassam n’a pas commenté, toute la journée de vendredi, l’assertion par Israël que l’un de ses soldats avait été capturé.
De bonne heure samedi, ils ont publié un nouveau communiqué militaire condamnant le « massacre horrible de civils en cours à Rafah » et réaffirmant sa version précédente et sa chronologie des événements.
Mais il y a ces ajouts importants:
Nous avons perdu le contact avec le groupe de combattants qui étaient stationnés sur ce site et pensons que tous les membres de ‘unité ont été tués dans le bombardement sioniste,, présumant que les combattants l’aient capturé pendant la confrontation.
Nous, à Qassam, n’avons pas connaissance jusqu’à maintenant de ce soldat manquant, de sa localisation ou des circonstances de sa disparition.
Il est raisonnable de présumer que Qassam n’a pas de motif pour mentir à ce propos; un soldat israélien capturé est un atout précieux. S’ils le détenaient soit ils s’en vanteraient, soit ils garderaient le silence et essayeraient peut-être d’échanger des renseignements le concernant pour des concessions de la part d’Israël.
Israël l’a-t-il fait délibérément?
Si le soldat israélien a été tué, il est possible qu’il se soit agi de « tirs amis » accidentels.
Mais une fois de plus, des forces ayant à cœur de protéger et de secourir un soldat manquant seraient mal avisées de lancer des raids aériens massifs ou des barrages d’artillerie dans la zone où il a été capturé.
Ceci laisse ouverte la question de savoir si Israël avait l’intention de tuer le soldat manquant.
La Directive Hannibal
La « Directive Hannibal » a saisi l’imagination israélienne au milieu des années ’80, quand les incursions et l’occupation en cours au Liban à la suite de l’invasion de 1982, ont confronté l’armée israélienne avec le risque de subir la capture de ses soldats.
Le sens communément donné à cette directive se phrase ainsi, « un soldat mort vaut mieux qu’un soldat kidnappé [sic] » – et est compris comme voulant dire qu’il vaut mieux tuer un prisonnier de guerre capturé que le laisser en vie.
Le coût politique pour les dirigeants israéliens issu d’un soldat vivant capturé a pu être constaté pendant les cinq années où la famille de Gilad Shalit a fait campagne pour qu’Israël obtienne sa libération et au vu du prix élevé que beaucoup d’Israéliens ont senti de voir consentir: l’échange pour plus d’un millier de prisonniers palestiniens.
Issue d’un ordre qui n’a jamais été couché sur papier, la directive est attribuée aux commandants militaires Yossi Peled, Gabi Ashkenazi et Yaakov Amidror en 1986.
La censure militaire a cherché à la garder cachée, et l’éthologue militaire en chef Asa Kasher prit sur lui de la mettre par écrit, de façon à éviter son illégalité flagrante:
Kasher s’est encore essayé à cette clarification cette semaine, disant:
L’ordre a des énoncés parallèles, pour une quelconque raison, mais le principe partagé par tous, tel qu’exprimé dans l’un d’entre eux: ‘l’action doit être entreprise, pour autant qu’elle est possible, pour stopper l’opération de kidnapping [sic], y compris en ouvrant le feu, mais pas d’une façon pouvant mener avec une grande probabilité à la mort de la personne kidnappée [sic], en sachant que la valeur de la personne kidnappée [sic] est supérieure à celle du kidnapping [sic].
Des dénégations récurrentes telles que celle de Kasher se mêlent à des discussions exhaustives sur la directive d’un point de vue rabbinique, ainsi qu’à des articles dans la presse populaire, y compris après l’ « Opération Plomb Durci », l’invasion de Gaza par Israël en 2008-2009, sur le bombardement d’une maison de Gaza où le corps d’un soldat était détenu.
Il est clair que l’esprit de la directive est toujours présent, même s’il existe des ordres par écrit qui l’interdisent.
« Hannibal! Hannibal! »
Il y a eu une intense discussion sur Twitter, pour savoir si c’était là la raison pour le bombardement de Rafah vendredi matin, y compris dans des rapports du reporter militaire d’YnetAttilaSomflavi, comme quoi les mots « Hannibal!Hannibal! » avaient retenti sur les systèmes de communication militaire.

רון בן ישי באולפן: ״הייתי סמוך לאזור החטיפה. בקשר נשמעו צעקות ״חניבעל חניבעל״. @ynetalerts הצטרפו לשידור החי בויינט.

— Attila Somfalvi (@attilus), 1 août 2014

Le journaliste Haim Har-Zahav s’est souvenu qu’il avait fallu 50 minutes avant que la directive ne soit appliquée sur la frontière libanaise en 2006, et presque une heure en 1991, mais que sa propre brigade n’avait mis que quelques minutes.
Le commentateur sportif Ouriel Daskal a déclaré tout de go: « ce que je déduis de ce qui se passe à Rafah est qu’il y a une application de la Directive Hannibal. Espérons que non. »
De plus, le blogueur Richard Silverstein rapportait il y a quelques jours qu’un autre soldat avait été tué à Gaza sous la directive.
Le journaliste d’investigation israélien Ronen Bergman a confirmé dans une interview à la radio, en parlant d’un incident antérieur, qu’à Gaza la procédure « était testée sur le terrain et apparemment les soldats agissaient en accord avec cette directive. »
Israël a déclaré qu’Oron Shaul, un soldat manquant que Qassam dit bien avoir capturé, était mort.
De toute évidence, Israël ne va pas justifier une telle pratique.
Mais ces indications, ajoutées au fait qu’Israël ait bombardé Rafah si violemment rendent l’hypothèse raisonnable que ce vendredi matin là, un individu qui donnait des ordres voulait que le soldat soit mort plutôt que capturé.
Si c’est le cas, alors c’est Israël qui a détruit le cessez-le-feu humanitaire, assassinant dans le même temps des douzaines de personnes innocentes et poussant le bilan de morts dans le massacre encore en cours à Gaza au-delà de 1600 personnes.
Remerciements à Dena Shunra pour des recherches exhaustives et la traduction de l’Hébreu en rapport à la Directive Hannibal.


Catégories :International

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