La guerre contre le terrorisme fournit un socle idéologique pour la diabolisation des Musulmans

Le Professeur Michel Chossudovsky

Par Michel Chossudovsky et Kourosh Ziabari, le 13 août 2014

Un intellectuel canadien de renommée internationale affirme que le projet de « Guerre contre le Terrorisme » a été lancé en vue de diaboliser les nations musulmanes pour ensuite avoir la mainmise sur leurs immenses réserves pétrolières.

Le Professeur Michel Chossudovsky est de l’avis que les États-Unis ont inventé le culte terroriste d’al-Qaeda et prétendent maintenant le combattre et l’éradiquer, alors qu’en réalité ils le financent et l’assistent. Il croit également que les États-Unis ont été responsables de la ruine de la démocratie dans plusieurs pays d’Asie et d’Amérique Latine en fomentant des guerres opportunistes et des coups d’état contre des gouvernements démocratiques dans des pays comme le Chili, l’Argentine, le Guatemala et le Brésil.

Selon le Professeur Chossudovsky, les médias de masse occidentaux soutiennent les États-Unis comme étant voués à la démocratie et aux droits humains, « quand en fait les États-Unis de par leurs diverses interventions militaires autour du monde, sans mentionner les nombreux coups d’état en Amérique Latine, en Asie et ailleurs ont été impliqués dans des crimes contre l’humanité sur une très grande échelle. »

Michel Chossudovsky est un économiste canadien et détenteur d’une chaire d’économie à l’Université d’Ottawa. Il est le fondateur du Centre for Research on Globalisation, basé à Montréal. Il a écrit à profusion sur la politique étrangère US, la Guerre contre le Terrorisme, les droits humains, les droits des minorités ethniques et la prolifération nucléaire.

Le Professeur Chossudovsky est l’auteur de plusieurs livres dont le plus récent, intitulé « Vers un Scénario de Troisième Guerre Mondiale: Les Dangers de la Guerre Nucléaire », a été publié en 2012. Ses articles et écrits ont régulièrement figuré dans la liste de Project Censored, « Les 25 histoires les plus censurées de l’année ».

Dans une interview en profondeur avec la Fars News Agency, le Professeur Chossudovsky a expliqué son point de vue sur le déclin de la démocratie états-unienne, la violation des droits humains aux USA et le scénario de la Guerre contre le Terrorisme. Ce qui suit est le texte de cette interview.

Fars News Agency (FNA): Pensez-vous que l’establishment politique aux USA ait été fondé sur des valeurs libérales? Le gouvernement US est-il voué au libéralisme?

Prof. Michel Chossudovsky (PMC): Je pense que nous devons faire la distinction entre la doctrine de libéralisme et de démocratie qui est enchâssée dans la Constitution US, et la pratique réelle du libéralisme. En effet, le système étatique aux USA a dès le départ été basé sur l’oppression. Cela s’est d’abord caractérisé par une économie reposant sur le labeur des esclaves et par la suite, il a également mené à un processus que certains auteurs définissent comme un génocide dirigé contre le peuple indigène d’Amérique du Nord, connu aussi sous la dénomination de Première Nation. Si nous considérons l’histoire plus récente, en particulier la période ayant suivi le 11 septembre 2001, nous voyons une claire évolution vers un appareil d’état policier dans lequel les droits civiques fondamentaux se voient contournés; nous voyons la militarisation de la justice et des forces de l’ordre, et si nous considérons la dimension économique, nous voyons l’adoption de politiques qui tendent à violer les notions fondamentales du libéralisme, c’est-à-dire les réformes néo-libérales ainsi nommées, qui ont été appliquées à l’échelle mondiale comme elles le sont aussi aux USA, menant maintenant à l’élimination de services sociaux essentiels, de la santé, de l’éducation, et à l’appauvrissement de la population des USA [et du monde, ndlr].

FNA: Donc, pensez-vous que les États-Unis aient échoué à réaliser les ambitions de leurs Pères Fondateurs, qui voulaient créer un état démocratique dans lequel les gens puissent déterminer leur destin aux-mêmes d’une façon ouverte et libérale, et prendre part au processus de prises de décisions imoprtantes?

PMC: Je pense que ces principes qui ont été annoncés par les Pères Fondateurs, ont pu servir à protéger les droits des individus et la cause des êtres humains sous certains aspects, mais ils constituent surtout un écran de fumée, parce que le gouvernement US ne fonctionne pas en accord avec les principes définis dans la Constitution, et je pense qu’ils n’ont jamais fonctionné de cette manière. Quand nous traitons de ce qu’en l’expèce nous pourrions appeler la démocratie autoritaire, les institutions du Congrès US, les branches judiciaire et exécutive avec leurs départements divers constituent la façade du gouvernement représentatif, mais en réalité, il n’y a pas de gouvernement représentatif et nous savons que dans le contexte actuel, la plupart des membres du Congrès US, du Sénat sont là parce qu’ils ont été soutenus par de puissants groupes de lobbys corporatistes.

La même chose est vraie pour le Président des États-Unis. Le Président US ne prend pas vraiment de décisions, il obéit à des ordres. Il est condamné à servir les intérêts de l’establishment corporatiste. Donc, il n’existe pas de voie par laquelle les citoyens soient seuls représentés par le gouvernement US. Bien sûr, en tant que rouage du système politique, le chef de l’état doit faire très attention à servir ou au moins sembler servir les intérêts du public au sens large, donc ce sont ce qui peut être décrit comme les éléments populistes qui entrent dans le débat, mais ce que je dis essentiellement, c’est que si vous prenez le Président Obama, il ne décide sur rien. Il est le chef de l’état, il est le commandant-en-chef des forces armées, mais les politiques sont choisies ailleurs; elles sont choisies dans les salles de réunion corporatistes, à Wall Street, elle sont choisies par ce que le Président Eisenhower appelait le complexe militaro-industriel, qui sont les grands bénéficiaires des contrats de la défense.

Ces conglomérats de la défense ont en définitive aussi leur mot à dire sur la politique étrangère US, et sur la politique étrangère US qui a trait aux opérations militaires. Nous avons donc un système politique supervisé par des intérêts corporatistes très puissants. Nous pouvons voir dans le domaine de la finance comment les nominations au Trésor ou au Conseil de Direction de la Réserve Fédérale proviennent d’institutions financières majeures comme JP Morgan Chase ou Goldman Sachs; nous pouvons voir comment les politiciens, dans le but de servir ces intérêts, les font recouvrir les intérêts économiques réels, et je dirais que globalement, nous avons la fiction d’une démocratie et en même temps un camouflage par lequel les médias continuent surtout à dépeindre le fonctionnement du système démocratique quand en réalité, les choix offerts par ce système qui se dit démocratique sont extrêmement limités, que le Président soit Républicain ou Démocrate. Et, à cet égard, les médias leur servent d’instruments de relais de propagande interne, y juxtaposant le rêve états-unien d’égalité et de responsabilité sociale, et au niveau international ces médias sont des instruments de la propagande de guerre.

Ils soutiennent les États-Unis comme étant voués à la démocratie et aux droits humains quand en fait les États-Unis, de par leurs diverses interventions militaires autour du monde, sans mentionner les nombreux coups d’état en Amérique Latine, en Asie et ailleurs, ont été impliqués dans des crimes contre l’humanité sur une très grande échelle; si nous considérons l’histoire de la période suivant la Seconde Guerre Mondiale, commençant avec la guerre de Corée, sans parler des bombardements nucléaires de Hiroshima [et Nagasaki], la guerre du Vietnam, les tueries en masse en Indonésie qui ont été ordonnées par la CIA, les guerres en Irak, en Afghanistan, en Libye sans oublier la Syrie, toutes ces guerres font partie de l’agenda de politique étrangère du gouvernement US et elles sont présentées comme étant des projets de démocratisation et où les USA réagissent en gros à la notion de « responsabilité de protéger », qui est un prétexte pour l’intervention militaire. Nous avons vu comment cette notion a été adoptée en rapport à l’intervention de l’OTAN en Libye.

FNA: Vous savez que les Présidents US utilisent en général le terme « phare de la liberté » pour parler de leur pays et pour affirmer que les États-Unis sont un promoteur des droits humains, de la démocratie, de la liberté et des valeurs libérales autour du monde. Les États-Unis ont-ils réussi à exporter ces valeurs, qu’ils estiment leur appartenir?

PMC: Les Présidents affirment que les États-Unis répandent la démocratie à travers le monde. Mais si vous regardez l’histoire, vous y voyez exactement l’inverse. Si dans les faits cette idée tient encore dans l’esprit des gens, c’est parce que les médias ont déguisé les actions réelles de la politique étrangère US autour du monde, y compris ses diverses opérations militaires. Maintenant, nous n’avons pas besoin de remonter très loin dans l’histoire; nous pouvons nous référer à la guerre de Corée. 30% de la population de Corée du Nord a été tuée pendant la guerre de Corée. Nous pourrions parler de la guerre du Vietnam. Mais nous pouvons aussi faire mention des nombreux coups d’état qui ont été fomentés dans plusieurs pays, surtout en Amérique Latine et en Amérique Centrale, où des gouvernements démocratiques ont été renversés à la suite de putschs militaires appuyés par la CIA.

Effectivement, vous pourriez considérer le Guatemala, le Chili, l’Argentine, le Brésil, &c. Dans tous ces pays, les États-Unis sont intervenus pour installer ce qui étaient des formes criantes de gouvernements non démocratiques, ou en d’autres termes, des gouvernements militaires. Et ceci devrait fournir une indication de ce que font réellement les États-Unis. Ils ne soutiennent pas la démocratie; ils interviennent pour en fait écraser la démocratie et écraser tout gouvernement autonome qui puisse émerger. Et c’est le modus operandi systématique qui a été instauré à travers le monde, soit par des interventions militaires soit par des moyens de subversion par la tentative de renversement de gouvernements et de leur remplacement par un gouvernement fantoche, qui obéisse au doigt et à l’œil aux ordres des USA.

Le Chili en 1973 est un bon exemple d’une démocratie qui a été renversée et où un régime militaire a été instauré sous le Président Augusto Pinochet. Je connais bien cette période et la façon dont les événements se sont enchaînés. Je peux aussi faire état du fait qu’immédiatement après le coup le 11 septembre 1973, le prix du pain a été multiplié par presque quatre, suite à l’application de nouvelles réformes libérales, c’est-à-dire une médication économique sévère, et donc il y a toujours une contrepartie économique à ces changements de régime.

En Argentine, en 1976, alors que j’enseignais dans une ville du nord, immédiatement après le coup d’état, les salaires ont été gelés, les gens ont été paupérisés et les droits humains fondamentaux ont été violés. C’était un coup d’état soutenu par les USA et dans le sillage de celui-ci, nous avons vu le lancement de ce qui a été appelé la « Sale Guerre », qui consistait en l’assassinat des personnes qui s’opposaient à la dictature, surtout des gens de la gauche politique, et cela a été décrit comme un processus de disparitions ayant eu lieu dans plusieurs pays d’Amérique Latine dans une opération de la CIA portant le nom d’Opération Condor. Maintenant, si nous acceptons l’histoire de l’interventionnisme US, nous pouvons voir la nature criminelle de cet agenda.

Le problème est que les USA ne se sont jamais directement dévoilés lors des coups d’état. Dans les putschs militaires en Argentine et au Chili, les États-Unis n’y avaient officiellement rien à voir, mais les agences de renseignement US étaient impliquées jusqu’au cou et allaient établir des liens avec les nouveaux gouvernements, comme cela s’est passé dans beaucoup de pays d’Amérique Latine. Ensuite, vous avez les massacres en Indonésie qui ont mené à un changement de régime et à la chute du gouvernement Sukarno, à une époque ou moult exemples historiques démontraient que les USA avaient soutenu des formes de gouvernement non démocratiques, et que les USA ont été impliqués dans des formes de violation du droit international menant à la destruction de pays entiers, ce qui est certainement vrai en Afghanistan et en Irak, et qu’ils ont aussi soutenu et imposé des mesures économiques dévastatrices qui ont mené à l’appauvrissement de millions de personnes. Je parle des prétendues réformes du FMI et de la Banque Mondiale qui ont été défendues par les USA et aussi à travers les liens de Wall Street, et le fait est que ces créanciers ont imposé des réformes dévastatrices à ces pays qui ont surtout servi à les détruire. Maintenant si nous considérons l’Afrique, nous avons peut-être des démocraties de par leur nom, mais en réalité nous avons tout un continent qui est paupérisé. Je devrais ajouter que dès les années ’80 et ’90, les USA ont cessé d’installer des dictatures comme ils l’avaient fait auparavant, et ont commencé à installer des démocraties de façade. C’était appelé un changement de régime, et par la suite une révolution colorée, comprenant l’ingérence dans le processus électoral: vous cooptez le candidat, vous obtenez l’élection du candidat voulu et en somme, ce à quoi se livraient les USA était l’instauration d’une nouvelle forme de gouvernement colonial, où les pays étaient intégrés dans la sphère d’influence US, et les chefs d’état de ces pays obéissaient aux ordres de Washington.

Et si nous regardons le monde aujourd’hui, avec quelques exceptions, la majeure partie des pays du monde, surtout dans le monde en développement, ont perdu leur souveraineté. Ils ont perdu leur souveraineté politique mais aussi leur souveraineté économique, parce qu’ils sont obligés d’obéir aux ordres des créanciers et doivent appliquer les réformes qui leur sont proposées par le FMI et la Banque Mondiale.

FNA: Vous avez mentionné l’histoire des interventions militaires US dans d’autres pays, et qu’ils ont fomenté plusieurs révolutions et coups d’état à travers le monde; cependant, les hommes d’état US justifient généralement ces interventions avec l’idée d’une « intervention humanitaire », c’est-à-dire le lancement d’une frappe militaire contre un pays en guerre pour l’empêcher de « tuer son propre peuple ». C’est ce qui s’est passé en Syrie, en Libye et dans d’autres lieux au cours de l’histoire récente. Que pensez-vous de cette idée, de ses bases, de sa légalité et de sa justification?

PMC: Il n’y a absolument aucune légalité à intervenir militairement dans un pays souverain, quelle que soit la conduite des gouvernements en rapport à leurs propres populations. C’est un principe de base du droit international. Mais je devrais mentionner que les USA sont intervenus en Libye, en vue de déstabiliser la Libye en tant qu’état-nation et de voler ses réserves pétrolières. La Libye possède 3,5% des réserves mondiales de pétrole et de gaz tandis que les USA n’en possèdent qu’à peine 2%. Leur objectif final était d’installer un régime fantoche en se servant des forces se disant islamistes – mais dans les faits les soi-disant rebelles étaient entraînés par la CIA. Ils sont présentés comme des affiliés d’al-Qaeda mais en réalité nous savons qu’al-Qaeda est une invention des renseignements US remontant à la guerre entre l’Afghanistan et l’Union Soviétique.

Donc, en fait ce qui a été fait a été d’initier une insurrection qui était appuyée par les Forces Spéciales occidentales, bombarder le pays et ensuite présenter ce fait comme une intervention humanitaire. La seule façon dont nous puissions présenter ça comme une entreprise humanitaire est par l’entremise des médias occidentaux corporatistes le présentant ainsi, cherchant à faire passer l’idée que tuer des gens est une entreprise humanitaire. Et c’est précisément ce qui s’est passé. Les médias occidentaux et les principaux organes de presse corporatistes, y compris la presse écrite et la télévision ont présenté et diabolisé le chef de l’état, dans ce cas Mouammar Qaddafi, et soutenu les terroristes comme étant des combattants de la liberté, présentant ensuite la transition comme un pas vers la démocratie, quand en fait tout en Libye indiquait que c’était un pas vers la destruction d’un pays entier, de ses institutions et en d’autres termes, de sa transformation de pays en territoire puis ensuite en objet d’investissement ainsi que de pillage de ses ressources naturelles, qui dans ce cas précis est le pétrole. Voilà le décor.

En Syrie, les USA et leurs alliés ont soutenu l’insurrection dès le premier jour. À Daraa, au milieu du mois de mars 2011, ce n’était pas un mouvement de contestation, ce n’est pas vrai qu’il y ait eu des groupes d’opposition à l’intérieur de la Syrie; c’était une insurrection. Les mercenaires ont été recrutés et entraînés dans les pays du Golfe Persique, financés par l’alliance militaire occidentale pour ensuite se livrer à des atrocités sans nombre, qui étaient tranquillement imputées au gouvernement. Ceci, essentiellement, a été le modus operandi des États-Unis. Ils soutiennent ces rebelles affiliés à al-Qaeda, les y envoient, ils tuent des gens, et ensuite le gouvernement s’en fait accuser et les réels architectes de cette opération militaire et de ces opérations de renseignement ne sont jamais identifiés.

Les rebelles affiliés à al-Qaeda qui ont commis des atrocités en Syrie ne sont pas les ultimes responsables de ces actes. Ce sont des tueurs sous contrat; je pense que nous devons comprendre ceci très attentivement. Précédemment, ils ne disaient pas qu’ils étaient responsables. Dorénavant, ils le reconnaissent parce que l’information a réussi à sortir que ce sont les rebelles qui sont responsables. Je dirais que les rebelles sont les instruments de l’alliance militaire occidentale; ceux qui sont derrière les rebelles sont les USA et leurs alliés, opérant via des canaux compliqués et divers. Mais essentiellement la notion exprimée par le gouvernement US, reprise par les médias, selon laquelle les USA interviennent en vue de restaurer la démocratie pour sauver la vie des gens est un mensonge total. C’est un gros mensonge, parce que ces mensonges se sont évanouis dans les conséquences de l’échec de l’interventionnisme US; dans le cas de la Syrie, l’objectif n’est pas seulement de déstabiliser le gouvernement; c’est de détruire le pays et ensuite de s’en saisir comme territoire. C’est ce qui a été déclaré.

Si nous retournons à la doctrine libérale des États-Unis d’Amérique et à son engagement pour la démocratie, nous trouvons que c’est une mensonge et que c’est une démocratie de façade. En réalité la tendance, aux USA et dans beaucoup de pays occidentaux [dont la France, ndlr], s’oriente vers la militarisation de la justice et la dérogation aux droits humains fondamentaux, à la fois domestiquement et à l’international. C’est une chose qui a émergé désormais et c’est une source de débats et de polémique aux USA, à propos de la décision prise par le Congrès US de laisser au chef de l’état, le Président Obama, le pouvoir d’ordonner l’assassinat de citoyens US. En d’autres termes, le processus de meurtres extrajudiciaires est autorisé par le Congrès US sous le prétexte de la Guerre contre le Terrorisme. Donc, la Guerre contre le Terrorisme qui en fait constitue une construction idéologique justifiant tous ces actes autorise le chef de l’état à désigner des individus qui peuvent être tués. Et nous voyons que les USA sont désormais impliqués dans des assassinats par drones interposés au nord du Pakistan sous le prétexte qu’il s’agit de la Guerre contre le Terrorisme, alors qu’en fait il s’agit du meurtre de civils.

Donc concrètement, que le Congrès US permette véritablement que le chef de l’état ordonne l’assassinat extrajudiciaire de citoyens US signifie que nous sommes en pratique à l’intérieur des contours d’un état policier, où les thèmes fondamentaux du droit, de la justice et des droits humains ont littéralement été mis en pièces.

FNA: Que pensez-vous des droits des minorités ethniques et religieuses aux États-Unis, surtout des Musulmans et des Afro-Américains? Quelle est votre analyse sur la façon dont le gouvernement les traite? Jouissent-ils de droits égaux à ceux d’autres strates de la société?

PMC: Tout d’abord, les droits de la population afro-américaine ont des racines historiques. Il y a bien sûr de la discrimination au travail, mais il y a une discrimination fondamentale dans le sens où les Afro-Américains n’ont pas accès à la même éducation ou aux mêmes soins que la population blanche. Je pense que c’est là un problème particulier.

Le thème de la discrimination dirigée contre les Musulmans, pas seulement aux USA mais dans différentes parties du monde occidental, est autre chose. Je pense que sa logique est quelque peu différente. Parce que nous sommes, tout d’abord, face à un agenda impérial qui consiste à conquérir les réserves mondiales de pétrole et de gaz. Maintenant il se trouve que plus de 60% des réserves de pétrole et de gaz sont dans des territoires musulmans. Si nous regardons la géographie, nous avons 60% de ces réserves au Moyen-Orient, qui s’étend du bout de la Péninsule Arabique au bassin de la Mer Caspienne et où les principaux producteurs sont l’Arabie Saoudite, le Koweït, l’Irak, l’Iran, les Émirats Arabes Unis et le Qatar. Il y a là des ressources en pétrole et en gaz qui sont très vastes, en comparaison à celles de tous les pays occidentaux réunis. Cela s’élève à plus de 30 fois les réserves de pétrole conventionnelles des USA.

Maintenant, laissez-moi revenir au thème de la discrimination contre les Musulmans aux USA. Cette discrimination repose sur un objectif de politique étrangère, il s’agit de diaboliser les habitants des pays où se trouve le pétrole. Si ces pays étaient habités par des Bouddhistes, ils diaboliseraient les Bouddhistes. La diabolisation des Musulmans sert essentiellement à présenter les Musulmans comme des ennemis des USA, et comme des ennemis du monde. C’est aussi pour faire passer l’idée que les Musulmans sont des terroristes, et cette notion a été fermement imprimée dans la pensée occidentale alors qu’en fait le terrorisme est une création du renseignement US. Comme je l’ai dit, al-Qaeda qui a ses racines dans la pensée salafiste et wahhabite, est principalement une création issue d’opérations de renseignement et n’émane pas du monde musulman. La Guerre contre le Terrorisme fournit un socle idéologique pour diaboliser la population musulmane, et nous avons passé une étape à cet égard parce qu’au départ, la diabolisation s’appliquait aux chefs d’état et de gouvernement des pays musulmans, et maintenant c’est devenu beaucoup plus général en ce que les gouvernements occidentaux ciblent effectivement les Musulmans dans leurs pays respectifs, en vue de les diaboliser et de les dépeindre comme des terroristes et ainsi de suite, et tout cela n’est que de la propagande de guerre.

Cette propagande est là pour diviser les gens dans ces pays et susciter des clivages à l’intérieur des USA [et dans le reste du monde occidental, ndlr]. Mais ensuite, elle est là pour transmettre l’idée que les Musulmans sont des gens qui sont voués à des valeurs non occidentales, voués à la dictature, qu’ils n’acceptent pas la démocratie, sont liés à des extrémistes y compris à des terroristes; ce n’est pas dirigé contre les chefs d’état de pays musulmans; c’est dirigé contre les Musulmans en général; ceci à son tour sert de soubassement idéologique à ces guerres  en cours contre des terroristes dans différentes parties du monde. Et je souhaite ajouter à ce sujet, que quelque soit le lieu où soient intervenus les USA dans le contexte de la Guerre contre le Terrorisme, que ce soit en Somalie, au Nigeria, en Irak, en Afghanistan ou en Syrie, ils sont intervenus sous le mandat de la Guerre contre le Terrorisme alors qu’en réalité ces entités affiliées à al-Qaeda sont les inventions des renseignements US, sans exception. Ils mettent sur pied des entités de type al-Qaeda, et ensuite ils proclament qu’il faut qu’ils interviennent quand ces entités affiliées à al-Qaeda commettent des atrocités contre la population civile.

Donc, en définitive, ils sont des deux côtés. Ils soutiennent les rebelles, et combattent aussi les rebelles. Ils soutiennent al-Qaeda secrètement afin de déstabiliser les nations souveraines, et ensuite ils interviennent sous le prétexte qu’ils disposent d’un mandat pour combattre les terroristes. Tout ceci mène à la re-colonisation du continent africain, à l’établissement de régimes fantoches et à la destruction de pays entiers.

FNA: Donc, ma question finale pour vous; nous avons évoqué le déclin des valeurs libérales aux USA, y compris de la démocratie, des droits humains et de l’égalité ethnique, et conclu que les USA n’ont pas réussi à promouvoir ces valeurs. Pensez-vous que le libéralisme aie le même destin que le communisme? S’évanouira-t-il comme l’a fait le communisme?

PMC: Je ne pense pas que les deux choses soient comparables, parce que le communisme était un mouvement. Il a pris des formes différentes, mais était principalement un mouvement qui émanait de la base populaire contre l’ordre capitaliste. Le néo-libéralisme est une construction idéologique visant à justifier l’ordre mondial capitaliste, et je ne pense pas que ce soit une construction idéologique qui détermine le cours de l’histoire. Nous pouvons remplacer cette construction idéologique par autre chose. Je pense que ce qui s’est passé au cours de l’histoire post-Seconde Guerre Mondiale est qu’au cours de la Guerre Froide, les USA ont mené la lutte – ou la guerre – contre le communisme. En fait, comme une guerre sainte, c’était une confrontation entre des systèmes économiques et sociaux rivaux, mais du point de vue US, c’était présenté comme une idéologie d’essaimage de la démocratie occidentale. Mais il s’agissait de répandre la démocratie occidentale tout en répandant le capitalisme US. Dans l’ère post-Guerre Froide, une nouvelle doctrine a vu le jour qui est la Guerre contre le Terrorisme, et elle est utilisée comme prétexte pour entrer en guerre contre des pays pour des raisons économiques et géopolitiques.

J’imagine que la doctrine du néo-libéralisme puisse être remplacée par quelques autres concepts, parce que ce sont en fait des étiquettes; les étiquettes servent à justifier un ordre mondial, et l’ordre mondial doit être déguisé. La nature du capitalisme se voit dans ses impacts dévastateurs à la fois du point de vue économique et du point de vue social, ainsi que par ses diverses guerres qui sous-tendent le système capitaliste; elle doit être cachée aux yeux des gens. Et le système capitaliste mondial a besoin d’être présenté comme une entreprise humanitaire viable; je pense que ce qui se passe désormais est que ce système capitaliste est entré dans une période de crise avancée où le soi-disant état-providence qui s’est développé dans les pays occidentaux au cours de la période post-Guerre Mondiale se fait remplacer par la forme la plus brutale de gestion économique dans laquelle les mesures d’austérité sont présentées comme une solution aux crises, alors qu’en fait elles en sont la cause. Ils veulent davantage appauvrir la population.

Interview par Kourosh Ziabari

Source: http://www.globalresearch.ca/the-war-on-terrorism-provides-the-basis-for-demonizing-the-muslims/5395825



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1 réponse

  1. Très intéressant …Subtilement logique !

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