Je ne suis pas une entreprise ! Guide de survie personnelle pour le XXIe Siécle

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L’homme avait dominé la terre, de sol à son air, en passant par ses végétaux à ses animaux. Il était la créature la plus supérieure.
Ce temps était désormais révolu.
Supplantant la domination de l’homme, un organisme plus supérieur dictait à présent la façon d’exploiter la terre, la mer, le ciel et même les hommes :

 

Les entreprises !

 

Ces organismes supérieurs ont domestiqué l’homme comme nous avions soumis le chien à nos volontés et, plus encore, nous formions à présent une relation symbiotique avec eux. Relation qui n’était pas sans un danger certain pour notre espèce inférieure : symbiotes, nous nous méprenions sur notre nature et finîmes par nous croire à l’image de l’entreprise, oubliant nos réels besoins, pensant que notre vie serait accomplie si on la faisait tenir dans un tableau Excel et qu’on maintenait notre croissance à la hausse.
Cette symbiose unilatérale (l’entreprise, elle n’avait que du mépris pour la nature humaine) générait quantité de pathologies ; étant donné l’ampleur du phénomène, il nous fallait un consultant de notre espèce, un coach pour nous, humains :

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Le postulat précédent n’est pas le nôtre, mais celui de l’excellent faux livre de développement personnel/coaching « je ne suis pas une entreprise de Michel Perreault » . Empruntant les codes des livres de management ou les livres « pour les nuls », il nous a offert quelques belles tranches de rire, mais nous ne leurrons pas : l’auteur est documenté, sa réflexion est dense et il est clairement engagé à nous secouer les puces pour nous sortir de cet unique rôle de travailleur-consommateur.
On en parle aujourd’hui pour le plaisir d’en parler, parce qu’évidemment toutes les thématiques liées au travail nous obsèdent (chômage, management, retard, badge, costume, pouvoir, etc…), que tout point de vue créatif à ce sujet est enrichissant, et parce que sa forme est inspirante tant pour l’attrait qu’elle suscite que par l’horizon nouveau qu’elle nous offre sur nous-même.

 

Nous sommes les chiens satisfaits de notre soumission à l’entreprise

 

Michel Perreault, après nous avoir fait un rappel sur notre soumission à l’autorité (Milgram) et notre conformisme (expérience de Ash), compare notre relation à l’entreprise avec celui d’un chien et son maître : tout comme le chien, nous avons sacrifié notre liberté pour une vie douillette, nous nous plions aux horaires du maître (la résolution de nos besoins passant très largement après la résolution des demandes du maitre-entreprise), nous sommes affligé de tenues ridicules, parfois même forcés d’arborer son nom sur une laisse symbolique (le badge…), nous perdons des aptitudes au profit des seules compétences que requiert le maitre-entreprise (au diable les compétences artistiques, le maitre-entreprise préfère nous occuper à des postes bullshit en droit d’affaires). Et enfin, comme pour le chien, nous sommes obligés d’évoluer dans un monde orienté vers les besoins du maître, façonné pour lui.

 

Et le gouvernement dans tout ça ?

 

Il n’est qu’un médiateur entre les humains et les entreprises. Cependant, ce médiateur n’est pas du côté des pauvres êtres inférieurs que nous sommes : selon Michel Perreault, les gouvernements ont une confiance sans bornes aux capacités des entreprises à sauvegarder l’humanité, ils pensent que le mieux-être des individus passe par le mieux être des entreprises. Les gouvernements s’engagent donc à protéger l’environnement économique des entreprises au détriment de l’environnement physique des humains ; ils n’hésitent pas non plus à protéger les entreprises des contraintes qui mettraient leur rentabilité en péril plutôt que d’assurer la santé des populations.
Cette alliance s’explique – entre autres -, par la puissance bien plus supérieure de certaines entreprises aux Etats, ainsi que le financement des partis par les entreprises et autres alliances intéressées.

 

Du danger de la symbiose : pathologies

 

À force de vivre dans un monde conçu pour les entreprises, d’y vivre la majorité de son temps, on finit par adopter les valeurs, les croyances et les modes de pensées des entreprises. Par mimesis, l’humain se met à appliquer les stratégies de résolution de problème de l’entreprise à sa vie et se comporte comme une entreprise. Or l’humain est un humain, et cette attitude génère des comportements inadaptés qui virent rapidement à la pathologie, avec toute la souffrance que cela sous-entend. Michel Perreault liste nous délivre la définition de quelque-unes de ces pathologies (liste non exhaustive) :

 

• anthropomorphisme  : tout comme on peut attribuer des caractéristiques humaines à un animal et finir par le prendre pour un membre « humain » de la famille (« mon fils est devenu propre rapidement, mais il fait énormément de siestes encore. Il me parle énormément, mon bébé d’amour » cette personne parle de son chat) ; l’humain peut confondre l’entreprise avec sa famille (par exemple, il se sacrifie pour elle, vit les vacances comme une trop longue séparation injuste, etc.)

 

• corponomorphisme : a l’inverse de l’anthropomorphisme, le corponomorphisme désigne l’entreprise qui considère l’humain comme une petite entreprise : par exemple, elle pourra trouver totalement déraisonnablement voire fou que l’humain n’est pas fait une planification à long terme de tous les aspects de sa vie, lui reprochera de ne pas investir dans son packaging, de ne pas faire plus de marketing de lui-même. Elle ne comprendra pas cette précipitation avec laquelle il rentre chez lui, alors qu’il gagnerait de l’argent à rester dans l’entreprise et qu’il en perd à être chez lui. À l’inverse, elle l’applaudit l’humain, qui comme l’entreprise, cherche à perpétuellement croître (faire plus d’argent, acquérir plus, travailler plus, etc.), ne connaît pas la notion de « vie privée » et ne vit qu’au sein de l’entreprise, etc.

 

• Gestionnite : les entreprises ont une foi inébranlable aux vertus d’une bonne gestion. S’il y a un problème, c’est qu’il y a une mauvaise gestion. Tous les coachs et consultants disséminent cette croyance et évidemment, les humains ont rapidement voulu tout « bien gérer », car si un organisme supérieur pensait que c’était la solution à tous les problèmes, cela résoudrait les leurs aussi. Or, on le répète encore, l’humain n’est pas une entreprise. L’atteint de gestionnite gère donc tout : son sommeil, ses enfants, sa culture, sa santé, sa relation conjugale, etc. La gestionnite, s’étant généralisée, a mené à la standardisation des pratiques selon des normes reconnues (généralement par des personnes dites « expertes » amies des plateaux TV/médias, mais qui ne sont pas forcément reconnues des milieux universitaires/scientifiques) : l’adulte doit dormir 8 heures par jour et s’il est fatigué, c’est qu’il gère mal son sommeil ; l’enfant commençant à manger solidement ne doit pas commencer par des morceaux mais une semaine de carotte pures en bouillie, une autre semaine de poireaux purs, etc. et s’il n’aime pas ça, a commis le drame d’avoir mâchouillé un vrai haricot non en purée, c’est que vous avez mal gérer ; la personne âgée doit s’entraîner cérébralement avec des logiciels dédiés à cette fonction et si elle a des problèmes de mémoire, c’est qu’elle a mal géré son entretien cérébral ; etc. Les atteints de gestionnite « croient que si l’on inscrit le bonheur dans une charte, il va se réaliser conformément aux étapes prévues ». Cette croyance amène beaucoup de déconvenues, y compris pour les entreprises…

 

• Structurite : elle se manifeste par la tendance compulsive à modifier sans cesse la structure de l’organisation. On change la forme de l’open-space, on change de place aux employés, on change le mobilier, on déménage, on réaménage, etc. Chez l’individu, la structurite est proche de la croyance magique qui consiste à croire qu’un achat (un canapé, un smartphone, un survêtement…) va résoudre tous les problèmes (le survêtement va me rendre plus sportif, un canapé rendra mes soirées plus chaleureuses, etc.). Elle peut s’exprimer par une tendance à vouloir sans cesse déménager, changer la décoration, changer tout le mobilier ou sa garde-robe, etc. C’est une tendance compulsive qui sert particulièrement les entreprises – du point de vue consommateur – de par les dépenses qu’elle sous-entend.

 

• Formatite : l’entreprise a cette croyance qu' »il n’y a pas de mauvais outils, il n’y a que des mauvais ouvriers ». Elle engage donc de nombreuses formations pour changer ses subordonnés, par exemple :

WISE est un institut qui délivre des formations et qui a déjà formé de nombreux employés d’entreprises telles que : Volkswagen, Lancôme, NCR, SNCF, UAP, Data Général, Capri, Euromarché et OA… Rent a car, en Belgique, a pris des formations pour ses employés, chez U-Man, une organisation liée à WISE et celle-ci était particulièrement consciente de la nature de ces formations : en effet WISE veut dire  » World Institute of Scientology Enterprises  » et la formation est 100% scientologue (pour infos, les scientologues sont quantophrènes, ils arrivent même à quantifier et mettre en statistique l’éthique). Dans un reportage la journaliste interroge rent-a-car :
« – C’est un problème pour vous que cette société soit liée à la scientologie ?
– Pour nous, non.
– Ils ont des bonnes formations en fait ?
– Oui, ils ont de bonnes formations, vraiment ! » SOURCE

Comme pour le dressage des chiens, les humains ont rapidement compris que le maitre-entreprise est parfait, qu’il ne fait jamais d’erreurs de jugement donc qu’il a toute autorité pour le corriger, lui dicter ce qu’il doit être, ce qu’il doit apprendre à faire, comment il doit le faire, ce qu’il doit améliorer ou abandonner, etc.
Les gouvernements ont également compris cette volonté des entreprises à vouloir modifier les humains selon ses besoins et favorisent uniquement les matières les plus rentables pour l’entreprise : la formation d’employé est privilégié à celle de citoyen ou encore de ces inutiles artistes/intellectuels/chercheurs.
La formation, à l’instar de la gestion, est considérée comme la solution à tous les problèmes :

La caisse d’épargne a été condamnée pour son utilisation du benchmark : en effet, dans chaque agence, les performances des employés étaient calculées heure par heure, comparée entre eux et entre agence. Chaque baisse était objet de réprimande et ceux en tête de classement vivaient dans la crainte de retomber. Il y a eut des suicides, du harcèlement moral entre autres graves conséquences de ce système statistique tyrannique. Après avoir été condamnée, la caisse d’épargne a trouvé La solution : former ces employés aux risques psycho-social. Mais ils n’ont pas remis en question le benchmark, car il n’y pas de mauvais outils, que des mauvais employés mal formés. Sources : envoyé spécial 28/02/13 ; temoignages ; actus )

Et quand une formation ne produit pas les résultats escomptés, l’entreprise fait faire une autre formation à l’employé : qu’importe son contenu (stage de rire, stage où l’on tue des chatons, programmation neuro-linguistique durant un accro-branche, chamanisme, formatage scientologue…) elle est considérée comme utile, pertinente.
D’un point de vue humain, la formatite est une tendance adoptée quand l’individu se sent incapable de concilier ces aspirations personnelles et les exigences de l’univers dans lequel il évolue. Se sentant incompétent à jouir de la vie et de profiter de l’abondance des ressources qui les entourent, ils auront tendance à se remettre en question et à chercher des moyens pour devenir de meilleures personnes (ou réussir à mieux se « gérer »). Par exemple, elle va consommer quantité de livres de développement personnel avec des recettes miracles pour trouver le bonheur/le conjoint ideal/l’équilibre alimentaire/la productivité au travail ; elle va chercher des coach – ou maître-qui-dit-quoi-faire – comment-être dans les magazines, les manuels, la télévisions, les articles…

• promotite : face à des difficultés, pour vendre un produit par exemple, l’entreprise va penser qu’il s’agit d’un problème de communication. Elle va donc accroître les mesures liées au marketing, à la publicité, à l’aspect extérieur du produit (packaging, slogan, storytelling, association à des événements, création d’événements marketing…). Le produit ou service en lui-même n’est pas remis en question, les actes de l’entreprise ne sont pas questionnés :

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 Mcdonald’s tente depuis quelques années de se faire une belle image classe, écolo : changement de design du logo, des restaurants, campagne pub infographique prouvant leur effort (réduction du plastique dans leur emballage…), campagne pub montrant que les employés sont heureux,etc. Mais au fond, un bigmac reste un bigmac, la façon de le servir reste la même (avec toute la quantité de déchets que cela suppose), l’organisation néo-schizo-taylorienne reste toujours de vigueur (c’est un mode de fonctionnement taylorien moderne qui repose sur des contradiction totale telle que : travailler tout le temps en équipe mais être évalué individuellement ; l’autonomie est demandée mais les initiatives même minimes de l’employés sont réprimandées car on veut qu’il obéisse strictement aux ordres, ce qui est à l’opposé de l’autonomie ; etc).

L’individu va lui aussi adopter ce raisonnement : il pense que les difficultés ne résident pas dans l’environnement, ni dans la capacité à le transformer ou s’y adapter ; par « promotite », il pense qu’il n’est pas reconnu à sa juste valeur alors il va s’autopromotionner, changer son packaging, son slogan…

Facebook est l’outil par excellence de la promotite ; par exemple pour des vacances à l’étranger, l’objectif numéro un sera de faire un maximum de photos et selfie dans des lieux touristiques/esthétiquement beau. Le vécu, le ressenti, les rencontres sont strictement sans importance, il s’agit de faire envier sa situation, d’augmenter son image de marque, de gonfler son apparence auprès des amis, d. Les photos seront belles, les vacances, elles, pourries, mais cela personne ne le verra. Source :  « Facebook m’a tuer » de Thomas Zuber et Alexandre des Isnards.

 

 

Que faire ?

 

Michel Perreault propose quelques solutions face à l’emprise de l’entreprise : réinvestir le rôle de citoyen notamment celui d’électeur ; diminuer les risques de propagation en consacrant moins de temps à l’entreprise ; en décontaminant son espace personnel, en fréquentant moins les commerces et améliorant sa résistance physique et mentale, en agissant sur les causes des problèmes et non les symptômes.
Pour notre part, on considère qu’il faut également rompre notre liaison fusionnelle avec la société de consommation et viser un maximum l’autonomie dans tous les domaines ; on parle notamment dans notre article sur le chômage.

Nous pensons également qu’il est possible de créer des entreprises réellement humaines et qu’il faut les privilégier aux autres ; une solution à l’emprise des entreprises serait donc des « contre-entreprises »  résolument humaines et mettant en place un management sain.

Sources à propos des exemples de formations-formatantes :

  •  Le coût de l’excellence, Nicole aubert et Vincent de Gaulejac
  • Agir contre le harcelement moral au travail, elisabeth Grebot

 

[retrouvez tous nos articles également sur Hackingsocialblog.wordpress.com !]



Catégories :Hacking social, Société

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