WikiLeaks: un rapport de la CIA prévenait de l’inefficacité du programme US d’assassinats

1-2Par WikiLeaks, le 18 décembre 2014

WikiLeaks publie aujourd’hui, le jeudi 18 décembre 2014, une analyse faite par la Central Intelligence Agency (CIA) de son programme d’assassinats de « High Value Targets » (HVT, Cibles de « Haute Valeur », ndlr). Le rapport évalue les avantages et inconvénients à tuer des chefs « insurgés » dans des complots d’assassinats. Après que le rapport ait été préparé, le nombre de personnes tuées par des drones US a atteint un record inégalé.

Le rapport évoque des opérations d’assassinats (de divers états) contre les Talibans, al-Qa’ida, les FARC, le Hezbollah, l’OLP, le Hamas, le Sentier Doré péruvien, le LTTE Tamil, l’IRA et le FLN algérien.Des études de cas sont tirées de Tchétchénie, de Libye, du Pakistan et de Thaïlande.

Télécharger le rapport de la CIA en .pdf: cliquez ici

L’analyse a été préparée par le Bureau des Affaires Transnationales (OTI, Office of Transnational Issues, ndlr) de la CIA. Son rôle est de fournir « aux décideurs politiques US du plus haut niveau, aux stratèges militaires et aux forces de maintien de l’ordre une analyse, un avis prédictif et un soutien de crise ». Le rapport est daté du 7 juillet 2009, six mois après la désignation de Leon Panetta comme patron de la CIA et peu de temps après que l’analyste de la CIA John Kiriakou ait lancé l’alerte sur la torture de personnes détenues par la CIA. Kiriakou est toujours en prison pour avoir braqué la lumière sur le programme de torture de la CIA.

Suite à l’exposition tout aussi embarrassante des pratiques de torture de la CIA et au coût croissant du maintien de personnes indéfiniment en détention, l’administration Obama s’est trouvée confrontée à un choix crucial dans sa stratégie de contre-insurrection: devait-elle tuer, capturer ou faire complètement autre chose?

Les preuves d’assassinats réussis sont maigres. L’un des rares exemples fourni comme ayant eu des résultats positifs est l’assassinat des chefs des FARC Raul Reyes et Ivan Rios, pensées avoir érodé la cohésion des FARC. De façon similaire, le moral des troupes et de la direction du Hamas est perçu comme ayant été affaibli par l’assassinat de son fondateur et de son co-fondateur Sheikh Ahmed Yassine et Abdel Aziz al-Rantisi par des attaques de missiles israéliens en 2004. Le rapport de la CIA souligna toutefois que la nature hautement disciplinée du Hamas, son réseau de services sociaux et sa réserve de chefs respectés lui ont permis de se réorganiser après les assassinats… »

La CIA déclara que la paranoïa que son programme d’assassinats générait pouvait être utile: « les opérations HVT obligent typiquement les chefs restants à augmenter leur discipline de sécurité, ce qui peut compromettre l’efficacité d’un commandant ». Les opérations HVT avaient contraint Oussama ben Laden à rester caché, à compter sur des communications de basse technologie et à éviter de rencontrer ses subordonnés. La CIA a considéré que ceci avait « affecté son habileté à commander son organisation ». Ben Laden était vu comme isolé et hors de son commandement. L’assassinat de ben Laden en mai 2011 se produisit alors que le Président Obama se préparait à concourir pour son second mandat présidentiel.

L’assassinat du chef du Groupe Islamique Combattant en Libye (GICL) Abou Laith al-Libi et de son adjoint au Waziristan en janvier 2008 par une frappe de missile US renseigna le rapport sur son analyse des « bénéfices ». Les analystes de la CIA ont considéré que cela avait probablement résulté à « contrarier l’absorption de ce groupe au sein d’al Qa’ida ». Le GICL fut dissous un an après l’écriture de ce rapport. Beaucoup de ces chefs les plus gradés sont par la suite devenus des membres importants d’al Qa’ida. (http://www.theguardian.com/world/2011/sep/05/libyan-islamic-fighting-group-leaders)

Le rapport secret décrit aussi ce qu’il définit comme la « Technique d’Émondage », où des individus au sein du groupe d’insurgés sont sélectionnés pour être tués afin d’en affecter l’organisation. Plutôt que de tuer des chefs haut placés dans la hiérarchie, il est parfois plus efficace de tuer des individus qui sont importants dans leurs fonctions. la « Technique d’Émondage », affirment les analystes de la CIA, peut « être utilisée pour soustraire des chefs de moyenne importance, protéger des chefs incompétents ou les restaurer dans des positions d’autorité, isoler des personnalités insurgées de sources potentielles de soutien gouvernemental, ou protéger des sources humaines qui recueillent des informations sur des réseaux ».

Le rapport reconnaît que l’effet produit par l’assassinat de chefs de groupes d’insurgés est parfois amoindri par la structure de commandement des organisations et à la prévision des successions. Ceci est dit être un problème à la fois avec al-Qa’ida en Irak et avec les Talibans.

« La structure militaire des Talibans mélange un système de commandement du haut vers le bas avec une structure tribale égalitaire afghane qui règne par consensus, rendant le groupe plus à même de supporter les opérations HVT ». La structure moins centralisée d’al-Qa’ida impliquait qu’ils étaient capables de « supporter des pertes dans leur hiérarchie telles que la mort d’Abou-Moussab al-Zarqaoui ». Il fut tué par les forces US en Irak en juin 2006.

Dans ses indications principales, le rapport avertit des conséquences négatives de l’assassinat de prétendues « cibles de haut niveau » (HLT, High Level Targets, ndlr), une prédiction qui s’est avérée fondée. « Les effets potentiels négatifs d’opérations HLT comprennent l’augmentation du niveau de soutien à l’insurrection […], le renforcement des liens des groupes armés avec la population, la radicalisation des dirigeants survivants d’un groupe d’insurgés, la création d’un vide dans lequel d’autres groupes radicaux peuvent s’engouffrer, et l’escalade ou la désescalade d’un conflit dans un sens favorisant les insurgés ».

Préférer la capture d’HVTs n’est pas forcément une option souhaitable du point de vue de la CIA. S’appuyant sur la capture, assistée par la CIA, de Nelson Mandela et la peine de 27 ans que purgea le chef de l’ANC dans une prison de l’apartheid, le rapport conclut que: « La capture de dirigeants peut avoir un impact psychologique limité sur un groupe si les membres pensent que des chefs capturés reviendront éventuellement au groupe […] ou si ces chefs sont capables de conserver leur influence sous la détention du gouvernement, comme le fit Nelson Mandela alors qu’il était incarcéré en Afrique du Sud. (S//NF) »

Les assassinats par drones interposés ont atteint un record inégalé un an après que le rapport de la CIA ne fut écrit. Selon les chiffres trouvés par le Bureau of Investigative Journalism (Bureau de Journalisme d’Investigation, ndlr), 751 personnes ont été tuées lors de frappes de drones cette année-là, contre 471 en 2009 et 363 en 2011.

S’appuyant sur l’expérience issue des programmes d’assassinat en Thaïlande, le rapport prévient que les assassinats HVT « peuvent capter l’attention de décideurs politiques et de stratèges militaires au point qu’un gouvernement perde sa vision stratégique du conflit ou néglige d’autres aspects essentiels de la contre-insurrection. »

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Source: https://wikileaks.org/cia-hvt-counterinsurgency/press-release.html



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