Arrêtez tout ! Voici les secrets des titres racoleurs, cela va vous épater !

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Vous en avez vu des milliers, et pourtant les connaissez-vous vraiment ? Ils piquent votre attention au travail, à la maison, sur votre Smartphone et sur votre PC, ils sont partout, on ne peut les ignorer, ils sont…

[Attention cet article -dont le chapô-, pour des raisons de non-hors sujet, est infesté de titres et sous-titres racoleurs, dits « clickbait » ; aucun autre avertissement ne vous sera donné, veuillez être accompagné de votre esprit critique/second degré durant la consultation de cette page]

 

Clickbait. La définition de ce mot va vous éblouir !


Le clickbait, qu’on peut prononcer à la française « click bête », se traduit par « piège à clic » : c’est un lien qui a un titre, une image et qui est très attirant ou intrigant, on est curieux d’en savoir plus. On clique et on génère alors plus de revenus publicitaires pour celui qui diffuse ce lien (dont il n’est souvent pas l’auteur). Parfois, ce lien renvoie à un contenu purement commercial, a du phishing ou encore à des industries à clickbait proposant des contenus lol/wtf/cute/trash/hot/win/omg/fail/choc. Il s’agit par exemple de buzzfeed, minutebuzz, démotivateur, etc.
Les médias sérieux ou certains blogs usent également de l’hyperbole typique du clickbait, ajoutant un brin de leur style (paranoïa, syndrome du grand méchant monde, contenus à teneur « peur » ou «complot ») ou en proposant du contenu people/lol/wtf/omg/cute/etc. comme les industries à clickbait.
Aujourd’hui, c’est le titre du clickbait qui va nous intéresser : hyperbolique, orgueilleux, social et très peu littéraire, la figure de style du clickbait est très reconnaissable, très facile à reproduire. Il existe d’ailleurs de nombreux générateurs de ces titres :
http://community.usvsth3m.com/generator/clickbait-headline-generator
http://www.upworthygenerator.com/
http://www.ravi.io/buzzfeed-title-generator

 

Ils sont à l’origine de tout : médias et marketing, omg !


On peut rapprocher le titre à clickbait du traditionnel titre racoleur des médias traditionnels (« l’invasion qu’on nous cache », « elle étouffe Sullivan, 18 mois, avec une tartine », Rachida Dati et Vincent Lindon, leur surprenante histoire d’amour ! », « la France des enfants gâtés ») ; mais on peut aussi le rapprocher d’une technique publicitaire d’association : la pub associe de façon confuse, symbolique, inconsciente des émotions à un produit (même s’il n’y a strictement aucun rapport, comme le café avec la sensualité ou la vitalité de la jeunesse avec de l’eau) et le clickbait lui, annonce, promet une émotion qui elle est clairement explicitée et il est confus, peu disert quant au contenu lui-même. Parce que le contenu est, généralement, très pauvre.

La masse n’existe pas, les automatismes communs oui !


Le clickbait est une exploitation de notre curiosité, de l’attirance automatique de notre attention sur les stimuli incongrus, surprenants, de nature à susciter une émotion ; autrement dit, sur des stimuli qui engendrent du lol, du wtf, de l’omg, etc. : un lama dans le métro, une fillette qui rit devant un incendie, un sein qui sort malencontreusement de son décolleté, une décapitation, etc.
La télévision exploite cette tendance humaine depuis des dizaines d’années, au point de devoir toujours repousser les limites du voyeurisme, du trash, de l’OMG : à force de voir des individus étaler leur vie la plus intime à l’écran, cela devient banal, donc l’attention n’est plus captée automatiquement. Ce reportage explique très bien ce phénomène d’escalade à la télévision :

Attention, ne confondons pas cette attirance automatique pour le stimulus extraordinaire pour un réel intérêt de la personne, une passion, ou quelque chose qui nous en dirait plus sur la personne qui consomme ces contenus : ce n’est parce les personnes se massent près des accidents que se sont forcements des psychopathes ou des voyeurs malsains ; peut être qu’ils n’arrivent pas à dompter cet automatisme de l’attention, sans doute hérité de nos ancêtres chasseurs, cet automatisme qui nous attire fortement et nous fait apprécier le sang. Quand un jeune passe une bonne partie de son temps libre devant la Tv réalité, ce n’est pas parce qu’il est voyeur, qu’il lui manque des neurones pour apprécier des contenus plus riches : c’est peut être parce qu’il n’a pas encore assez de self-control, qu’il n’arrive pas à inhiber cette attention pour les stimuli hypnotisant de la TV ou des contenus à clickbait. Ils sont comme ces papillons qui sont tellement attirés par les ampoules qu’ils ne remarquent pas que cette lumière les consume.
Avec la maturité et l’expérience, en principe, on arrive à se dompter, à faire preuve de mesure et on sait que cette « lumière » ne nous apporte qu’un plaisir fugace qui ne nous comble pas, qui ne nous divertit pas au sens noble du terme.
Attention donc à cette confusion, très présente chez les producteurs de contenus, ceux qui jugent les consommateurs de contenus et même chez les consommateurs eux-mêmes : ce raisonnement qui pourrait se résumer ainsi « je suis très fortement attiré par les trucs cons de la télévision/du démotivateur -> c’est donc que les trucs non-cons ne sont pas pour moi, car ils ne m’attirent pas » et pour le juge de ce consommateurs ou le producteur de contenu, on a un transfert symbolique des plus biaisés : « beaucoup de personnes sont attirées très fortement par des contenus cons, la majorité est donc conne, il ne faut pas leur produire des choses trop réfléchies, juste de l’émotion. »

 

Cliquer ou ne pas cliquer. Et si sortait du binaire ?


Faudrait-il donc se dompter pour, dès que l’on voit et reconnaît un clickbait, ne pas cliquer dessus et assassiner mentalement celui qui ose user de cette figure de style racoleuse et manipulatrice ?

clickbait-slate

Tous les clickbait ne mènent pas à des contenus pauvres ; Slate use beaucoup de cette forme de titrage et renvoie à des articles qui analysent, qui apportent quelque chose. Le huffington en fait également, on imagine que c’est par stratégie commerciale : ils y gagnent sur certains articles et peuvent se permettre d’être plus sérieux sur d’autres, le nombre de clics étant suffisants. On a également usé de cette forme (on attendait qu’on nous le reproche, mais cela n’est pas venu, vous êtes trop gentils !) et certains de nos titres sont clairement racoleurs, par expérimentation, pour tester, pour le jeu avec ce que le lecteur peut attendre, ce qu’on va lui donner en réalité, le tout couplé à des accroches qui contredisent parfois le fond de l’article.
Les titres à clickbait ne sont pas systématiquement ceux qu’on peut imaginer du clickbait ; voyons le titre racoleur comme un exercice pour l’esprit critique : si le clickbait dans lequel on s’est fait piéger renvoie à un contenu pauvre ou qui n’a strictement rien à voir avec le fond de l’article, re-titrons-le. À force, même sans cliquer, on devinera si le contenu caché mérite ou non notre clic.

bisounours figaro traduit hacking social

 

La colère c’est bon pour le chiffre d’affaires


Cependant, même quand on est conscient du piège à clic, qu’on sait que le contenu va être pauvre voire lamentable, on clique parfois dessus et, pire encore, on le partage, on en parle sur les réseaux sociaux, on reste sur l’affaire durant un temps plus long que la lecture/le visionnage du contenu. On met en exergue le lien, on le popularise, le transforme en badbuzz.
Si vous suivez un peu le blog, vous devez deviner de quoi je parle : la réactance !
La réactance est exploitée dans les clickbait de façon très simple, en utilisant des stéréotypes, du sexisme, de la discrimination, en catégorisant les gens et en les opposants. La colère devient le moteur principal du buzz, l’énervement l’entretient et tout ceci est excellent pour les affaires (cf toujours, l’exploitation des rebelles).

demotivateur

sincerebuzz hacking social

 

En semi-conclusion, on peut dire que le clickbait est une macro-manipulation qui exploite les automatismes de notre attention, qui pose donc en conséquence de petits problèmes : on perd du temps, on peut être piégé par un contenu médiocre (et donc perdre de la concentration ou de l’attention pour des contenus qui en mériterait plus), notre réactance peut y être exploitée (avec toute une problématique liée à l’entretien des stéréotypes), une confusion peut naitre au sujet de ce qui intéresse les masses.
Si on s’est attardé sur cette petite manipulation plutôt qu’une plus grave, ce n’est pas tant pour la révéler (on suppose que vous la connaissez) ou la dénoncer (on suppose qu’elle vous a déjà énervé), mais bien parce que cette technique est recyclable, potentiellement applicable à du hacking social et autres joyeux détournements.

Recycler le clickbait


– s’approprier l’hyperbole du clickbait

Facile à rédiger, le titre du clickbait a toujours plus ou moins la même forme ; la description est très légère et s’en tient aux éléments incongrus/dissonants et est entremêlée par la promesse de l’émotion. L’émotion peut y être carrément ordonnée, on peut accuser subtilement l’internaute de ne pas savoir, de ne pas comprendre, de ne pas bien se comporter, ou se moquer d’un de ses traits (d’être un homme, une femme, d’être dans telle région, tel pays, avec telle habitude…).
Pour s’approprier ce style, on peut se gorger de sites à clickbait (ceux cités précédemment, mais aussi les parodiques, comme clickhole), traduire les titres dans les générateurs ; voici une petite liste non exhaustive de formules très employées par ceux-ci (source : blog du modérateur ici http://www.blogdumoderateur.com/titres-racoleurs/ et là http://www.blogdumoderateur.com/clickbait-titres-racoleurs-efficaces/ ; et notre observation) :

liste

– le clickbait comme ridiculisation

Le piège à clic a une forme stylistique niaise, peu mature, il peut donc être approprié pour ridiculiser un contenu qui se voudrait sérieux, épique, de nature importante (alors qu’il n’est, par exemple, qu’un ramassis de délires perso, d’interprétations erronées, d’opinions à caractère paranoïaque, etc. )

sincerebuzz soral hacking social

 

– le clickbait en tant que troll

Il se convertit facilement en acte de trolling, par exemple en vantant exagérément un comportement une mesure, un projet, un acte

DEBUZZATEU-MACRON1-clickbait-hacking-social

– le clickbait en tant que révélateur de stratégie

Toujours avec sa forme un peu niaise, peu subtile, peut servir a mettre en exergue des liens qu’un publicitaire voudrait faire passer inconsciemment, mais qui dit explicitement sont totalement risible :

DEBUZZATEUR evian1 hacking social

– le clickbait pour casser des stéréotypes

la vidéo « the hottest lesbian kiss ever », titre à clickbait par excellence, casse triplement les stéréotypes et les lieux communs :

Elle détourne l’habituelle surexcitation liée aux fantasmes lesbiens et remet les choses à leur place, dans l’observation d’un couple totalement normal, sans pour autant se moquer de qui que ce soit.

– le clickbait hors-sujet

L’idée est de faire du clickbait à des choses pour lesquelles on ne le fait pas :
Slate a par exemple réalisé l’exercice avec succès en re-titrant des romans http://www.slate.fr/story/91303/titres-romans-francais-revisites-upworthy; Une petite mise en page pour le plaisir :

BUZZBOOK-miserable-clickbait-slate

On pourrait également transformer des cours, des connaissances théoriques avec cette forme :

disonnance cognitive clickbait hacking social

 

 

Les écrits sérieux, académiques, les cours, les contenus sérieux sont souvent rédigés loin des émotions, parce que lorsque l’on recherche, qu’on veut être objectif, raisonner le mieux possible, être en colère, triste, trop enthousiaste est le meilleur moyen de rater sa recherche ou ses écrits, de la biaiser. Cependant, quand on est apprenant et qu’on cherche juste à la comprendre, à l’intégrer, à l’apprendre, y mettre des émotions, même artificiellement avec une figure de style clickbait, peut aider grandement le travail.

Sources / En savoir plus :

[retrouvez tous nos articles également sur Hackingsocialblog.wordpress.com !]



Catégories :Hacking social, Médias

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