Macédoine: la Révolution de Couleur ayant échoué, gare au terrorisme urbain…

Zoran Zaev, le leader de l'opposition du SDSM, pendant une manifestation à Skopje, en mai 2016 - Photo AP

Zoran Zaev, le leader de l’opposition en Macédoine, pendant une manifestation à Skopje, en mai 2016 – Photo AP

Par Independent.mk, le 13 juillet 2016

Les manifestations en Macédoine, en Serbie et dans la Republika Srpska de Bosnie font partie du plan régional US de déstabilisation pour les Balkans, tandis que celles qui ont lieu au Monténégro s’y opposent et luttent contre l’adhésion imminente du pays à l’OTAN, affirme l’analyste politique Andrew Korybko au média macédonien, Telegraf.mk.

Telegraf.mk (T.mk): La Ministère des Affaires Étrangères russe a averti qu’une nouvelle Révolution de Couleur était organisée depuis l’étranger en Macédoine. De nouveaux troubles et une nouvelle déstabilisation sont-ils envisageables dans le pays?

Andrew Korybko (AK): Oui, assurément. Le problème auquel sont confrontés les USA est que la Révolution de Couleur « conventionnelle » a échoué lamentablement à atteindre le moindre de ses objectifs, servant au contraire à galvaniser par instinct la population patriote dans la résistance pacifique au complot de changement de régime. Placés face à cette tournure des événements, les USA disposent de deux options – soit ils abandonnent leurs investissements favorisant la déstabilisation, soit ils provoquent l’escalade de la Révolution de Couleur en Guerre Non-Conventionnelle. Si les USA ne laissent pas tomber leurs alliés anti-gouvernementaux en Macédoine, alors le seul biais par lequel ils penseraient peut-être avoir une chance d’obtenir les résultats politiques auxquels ils songent serait celui de transformer les « manifs’ à paintball » en terrorisme urbain dans le style d’Euro-Maïdan, éventuellement de pair avec l’excitation, depuis l’extérieur, de tensions identitaires entre les Macédoniens et les Albanais.

Nous pouvons d’ores et déjà constater que les USA expérimentent avec le second scénario, le récent accident de voiture à Kumanovo étant un parfait cas d’école présentant des acteurs extérieurs s’efforçant de promouvoir un récit trompeur des événements dans l’intention de provoquer un conflit communautaire. Les USA aimeraient dans l’idéal voir le retour du séparatisme militant en Macédoine, mais les progrès accomplis en gouvernance équitable dans le respect de l’Accord-Cadre d’Ohrid en 2001 ont fait beaucoup de chemin pour pacifier ce groupe minoritaire, les dissuadant de céder à la tentation appuyée depuis l’étranger de prendre les armes contre le gouvernement. Par voie de conséquence, il est improbable que les USA soient capables d’attirer suffisamment d’Albanais à leur cause terroriste, bien qu’une petite poignée d’entre eux pourrait sans doute être séduite par l’attrait factice d’une « Grande Albanie », que les USA et l’élite de Tirana essayent subtilement de propager.

En ce qui concerne les chances que la révolution de Couleur sombre dans le genre de chaos pouvant transformer Skøpje en une Kiev des Balkans, il n’y a aucun indicateur public fiable pouvant dresser un pronostic dans un sens ou dans l’autre. Tout dépend réellement de ce que « l’état profond » US – la bureaucratie militaire, diplomatique et d’espionnage permanente – décide de faire, et s’ils accepteront la défaite aux mains des patriotes pacifiques ou ordonneront à leurs agents d’intensifier la déstabilisation.

Il ne faut pas oublier que dès le départ, la seule raison pour laquelle les USA ciblent la Macédoine tient à la position géographique du pays qui en fait un goulot topographique indispensable pour les méga-projets de la Russie et de la Chine dans les Balkans, respectivement le Balkan (Turkish) Stream et l’initiative de voie ferrée à grande vitesse de la Route de la Soie des Balkans. Si les USA persistent et procèdent à l’escalade de l’agression visant au changement de régime dans le pays, alors cela pourrait être lu comme un signal clair et évident, dévoilant combien l’establishment de « l’état profond » US est terrifié par ces projets et les mesures dramatiques qu’il va falloir prendre pour les stopper. Si les méga-projets russe et chinois n’étaient pas dotés de la capacité, avec le temps, à fondamentalement modifier la géopolitique européenne, alors les USA n’auraient pas investi autant de temps et d’attention à tenter de renverser le gouvernement macédonien; et cela par soi-même est évocateur de l’importance capitale que revêtent ces initiatives dans le contexte de la Nouvelle Guerre Froide entre les forces unipolaires et les forces multipolaires.

T.mk: Pourquoi les élections anticipées ont-elles par deux fois été repoussées en Macédoine, et quel est le niveau de soutien international dont dispose l’opposition?

AK: Comme je l’ai déjà dit [par le passé], le Président Gjorge Ivanov a la dernière fois repoussé les élections à un moment critique, alors que la Révolution de Couleur était sur le point de fusionner avec le terrorisme albanais, préemptant ainsi magistralement la création d’une menace asymétrique et trouvant intelligemment un moyen pour reconduire l’ancien parlement emmené par le VMRO. Cela a également procuré un temps précieux aux services de sécurité macédoniens pour s’adapter au scénario désastreux d’une Guerre Hybride contre une Révolution de Couleur et des terroristes albanais ruraux, qui semble de plus en plus être le « Plan B » US pour la Macédoine.

La prétendue « opposition » n’a, dès le départ, jamais voulu d’élections démocratiques parce qu’il a toujours été évident qu’elle les perdrait toujours, et donc ils ont choisi de chercher à truquer le vote en disqualifiant des candidats du VMRO par l’intermédiaire du partial et politiquement motivé « Bureau du Procureur Spécial ». Le Président Ivanov a vite compris comment cette institution fonctionnait secrètement comme un facilitateur au changement du régime, ce qui explique pourquoi il avait initialement accordé les grâces il y a quelques mois. Depuis lors, il est revenu sur sa décision du fait de la polarisation qu’elle avait artificiellement provoqué après que des services d’informations dans le pays, affiliés à des ONG et aux USA aient instrumentalisé les nouvelles afin de susciter davantage de sentiments anti-gouvernementaux.

Désormais, il n’est absolument pas possible au SDSM de remporter légitimement des élections démocratiques en Macédoine, et c’est pourquoi ses uniques choix sont de permettre qu’une votation ait lieu pour perdre dans la « dignité », ou de jeter le pays dans le chaos en acceptant et en suivant les éventuels plans US d’escalade de leurs activités de changement de régime à des niveaux violents. Quoi qu’il en soit, le SDSM ne dispose de presque aucun soutien international significatif, les USA et le Royaume-Uni étant les seuls réels soutiens à ce parti politique bien que plusieurs de leurs sous-fifres de l’UE puissent chevroter quelques déclarations positives à l’égard de ce groupe du fait des intenses pressions qu’ils subissent de la part de Washington à cette fin. Les politiciens européens qui disposent d’un esprit clair savent que le SDSM s’est mué en façade de promotion d’un changement de régime pour le compte des USA, et que le VMRO est le partenaire le plus stable qu’ils puissent jamais espérer avoir dans les Balkans, mais leurs pairs au pouvoir qui sont asservis aux USA acceptent le SDSM parce qu’ils sont convaincus qu’il changera le statut constitutionnel de la République de Macédoine si jamais il prenait le pouvoir, donnant ainsi à l’UE et à l’OTAN une toute nouvelle proie à dévorer.

T.mk: Pensez-vous qu’il existe des liens entre les manifestations ayant lieu à Skøpje et celles qui se déroulent à Belgrade, à Podgorica et à Banja Luka?

AK: Les manifestations se déroulant en Macédoine, en Serbie et en République Serbe de Bosnie font partie du plan US à l’échelle de la région des Balkans, tandis que celles qui ont lieu au Monténégro s’y opposent et luttent contre l’adhésion imminente du pays à l’OTAN. Les USA visent des pays précis des Balkans à cause de leur coopération avec les Grandes Puissances multipolaires que sont la Russie et la Chine, dans le cadre de leurs méga-projets complémentaires d’infrastructures dans les Balkans. Ceci explique directement pourquoi la Macédoine et la Serbie sont actuellement dans le collimateur, bien qu’il doive être souligné que les forces anti-gouvernementales à Skøpje possèdent un potentiel de violence et de provocation de troubles profonds beaucoup plus important que celles qui sont à Belgrade, ces dernières ayant cyniquement été utilisées comme instrument pour « légitimer » certaines des politiques les plus objectivement controversées de Vucic, c’est-à-dire le projet de « Belgrade sur l’eau » financé par le Golfe Persique.

Pour ce qui est de la Republika Srpska, la déstabilisation de cette république autonome fonctionne dans l’esprit des USA comme un « appât » géopolitique irrésistible pour attirer la Serbie dans un bourbier international, du moment bien entendu que Washington décide de déstabiliser entièrement la fédération, pour commencer. Ce n’est pas qu’ils le feront forcément, mais tous les indices suggèrent qu’ils essayent d’étudier la viabilité d’une pression unilatérale de la part de Sarajevo pour le retrait de l’autonomie de Banja Luka, malgré leur insuccès persistant jusqu’ici. Toutefois, si un gouvernement issu d’une Révolution de Couleur prenait le pouvoir sur ce territoire il suivrait ces diktats unipolaires, suscitant ainsi une réaction patriotique justifiée au sein des citoyens qui sont majoritairement serbes pouvant alors – comme le projettent les USA – jeter le pays entier dans le désordre et fournir le prétexte pour une intervention de « rétablissement de l’ordre » dans la république, dirigée par Sarajevo. D’autres scénarios possibles concernent la « carte Joker » du terrorisme islamiste qui pourrait être jouée à un instant critique, afin de répandre la confusion à l’intérieur du pays et de générer des prétextes douteux pour l’exécution de programmes préparés à l’avance, afin de déséquilibrer les autorités de Banja Luka.

Quelle que soit la situation qui émerge au final, il est inévitable que le gouvernement serbe et/ou des patriotes serbes de la République de Serbie s’impliquent par rapport à la détresse de la Republika Srpska [de Bosnie] et viennent au secours de leurs camarades fraternels, ce qui dans les deux cas attirerait Belgrade dans le tumulte bosniaque et remplirait l’objectif de la piéger dans une crise internationale. Ceci pourrait ensuite être couplé à des troubles domestiques majeurs telle une tentative concertée de changement de régime par les organisateurs de la Révolution de Couleur, afin de diluer l’attention stratégique de l’état et le forcer à faire des concessions politiques aux USA en échange de la fin du chaos. En pratique, cela se traduirait par le retrait de la Serbie de l’un ou l’autre des méga-projets des Balkans, et/ou en devenant le régime fantoche des USA dans la région, par l’exercice d’une influence décisive sur les portions desdits projets transitant par le pays.

T.mk: La Russie a-t-elle l’intention de renforcer son influence dans les Balkans et si c’est le cas, comment?

AK: La Russie est déjà en train de renforcer son influence dans les Balkans, et elle y procède de plusieurs manières. Tout d’abord, la Russie des années 2010 est grandement différente de celle des années 1990, surtout en ce qui concerne son assurance sur la scène internationale. Contrairement au pays désorganisé et corrompu des années Eltsine, la Fédération de Russie a sous Vladimir Poutine surmonté ses défis domestiques et est dorénavant capable d’exercer une influence au-delà de ses frontières, chose qui était difficile à réaliser même pendant les années 1990 à l’intérieur des frontières internes du pays, dans le nord du Caucase.

La présence russe dans les Balkans peut être sentie à travers les nombreux liens civilisationnels qui la relient à la région, que ce soit dans les sphères culturelle, religieuse, ethnique, linguistique ou historique. Plus concrètement toutefois, la Russie a jusqu’ici concentré sa réorientation dans les Balkans en investissant de l’énergie et du capital diplomatique. Par exemple, la Russie est le principal partenaire énergétique pour la plupart des états balkaniques, et elle s’est activement servie de son siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour prendre la défense des Serbes et les empêcher d’être la proie de résolutions biaisées sur le sort de Srebrenica, des provocations juridico-politiques qui auraient pu former le précédent permettant éventuellement le démantèlement de la Republika Srpska et l’effondrement, en conséquence, de la fragile stabilité de la région.

Ceci dit, la Russie peut en faire beaucoup plus pour rendre sa présence plus tangible dans les Balkans, et ceci comprend un essor des investissements dans l’économie réelle et les liens entre les gens (que ce soit dans le monde intellectuel ou le tourisme). Sur le front sécuritaire, la Russie a des relations très proches avec la Serbie, bien que les deux parties pourraient certainement en faire plus pour renforcer leurs liens afin de contrebalancer le glissement de Belgrade vers l’OTAN, qui date déjà de plus d’une décennie. Pour la Macédoine, si l’on accepte que Moscou soit le quartier-général des stratégies et des technologies anti-Révolution de Couleur (également connues sous le terme de Sécurité Démocratique), alors il peut être avancé sans trop de risques que les services de sécurité russes jouissent probablement d’une coopération non-confirmée mais discrète avec leurs homologues macédoniens.

En somme, lorsque l’on évalue l’état des relations entre la Russie et les Balkans elles laissent beaucoup à désirer, et ni les uns ni les autres n’optimisent leurs opportunités en intensifiant le partenariat multilatéral. La raison en est partiellement que la Russie est revenue dans la région « sur le tard », ayant dû « remettre sa maison en ordre » pendant les années 1990 et perdant ainsi un temps stratégique face aux USA et à d’autres puissances rivales. De nos jours pourtant, il y a parmi les peuples des Balkans un fort désir d’inviter la Russie à revenir dans les parages en tant que force multipolaire, pour contrebalancer ce qu’ils perçoivent avec raison comme la domination unipolaire de Washington pendant les deux dernières décennies. Le méga-projet du Balkan (Turkish) Stream est la manifestation la plus flagrante du retour de la Russie dans la région, et il doit compléter la voie ferrée à grande vitesse de la Route de la Soie des Balkans de Budapest au Pirée (et c’est important, en passant par Belgrade et par Skøpje) en étant le fer-de-lance d’un couloir d’investissements sans précédent tangiblement capable de contrer l’influence US et de libérer les Balkans de leur servitude stratégique.

Du fait de la nature fondamentalement transformatrice de ces méga-projets russe et chinois, les USA jouent encore une fois avec le feu en manipulant les tensions politiques et ethniques au sein des Balkans, dans le but de concocter une série de crises pouvant faire dérailler la réussite de leur finalisation.

Source: http://www.independent.mk/articles/34252/Andrew+Korybko+Macedonia%27s+Opposition+Never+Wanted+Democratic+Elections+because+It+Was+Clear+They+Would+Always+Lose

Traduit par Lawrence Desforges



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