Une (très) brève histoire de la « mondialisation »

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Le Pr. Anthony Hall, enseignant à l’Université de Lethbridge en Alberta, au Canada

Par le Pr. Anthony Hall, le 7 septembre 2016

« Mondialisation », quésaco?

Le terme « mondialisation » est devenu très populaire pendant les années 1990 à la suite de l’effondrement de l’Union Soviétique et de la fin de la Guerre Froide. Le démantèlement de l’Union Soviétique, dont le nom officiel était Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), a commencé par un soulèvement populaire qui visait la destruction du Mur de Berlin. Cette fissure dans la séparation existant alors entre l’Ouest et l’Est se répandit vite jusqu’à la perte du pouvoir soviétique en Europe de l’Est, puis à la chute de l’Union Soviétique elle-même. Dotée d’à peu près la moitié du poids économique de l’URSS et de sa superficie, la Fédération de Russie a émergé de cet effondrement pour conserver le siège permanent de l’Union Soviétique au Conseil de Sécurité de l’ONU.

La chute de la superpuissance soviétique a semblé ouvrir la voie vers un régime universel de capitalisme mondial. La compétition entre le communisme emmené par les Soviétiques et le capitalisme emmené par les USA avait constitué le cœur des antagonismes planétaires pendant la Guerre Froide, à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale. Entre 1917 et 1991, la durée de vie de l’URSS, le Marxisme soviétique s’était présenté comme l’antidote communiste aux inégalités les plus criantes du capitalisme.

L’effondrement de l’Empire Soviétique se déroulant alors sous nos propres yeux, Francis Fukuyama proclama triomphalement la Fin de l’Histoire en 1992. Avec la chute de l’état soviétique, un énorme obstacle avait apparemment été éliminé sur la route du capitalisme vers l’hégémonie mondiale. Fukuyama anticipa les changements à venir par l’institution d’un système cordonné de gouvernance mondiale. L’avenir idéalisé de Fukuyama dans ce qu’il appelait la destination finale de l’histoire devait, en réalité, impliquer le règne de banques usurières, d’entreprises multinationales et de forces de police, de marionnettes médiatiques, de profiteurs de guerre, de dealers de drogue et de sbires technocratiques.

À l’époque, en fonction de son impact et du sens qu’il voulait revêtir, le concept de Fin de l’Histoire devint étroitement associé aux idées populaires concernant la « mondialisation ». Le terme « mondialisation » est devenu un nom de code constamment répété par des think-tanks de premier plan, de puissantes associations d’entrepreneurs et leurs médias clients. La « mondialisation » était le terme primaire employé pour promouvoir l’objectif d’universalisation du capitalisme et de fortification du système dominant de relations de pouvoir que le capitalisme anime et édifie. À l’ère de la mondialisation, ces structures naguère décrites comme des entreprises multinationales ou transnationales pouvaient grandir et devenir véritablement des corporations planétaires.

Aucun état communiste, se disait-on, n’allait plus se dresser sur le chemin de la mondialisation d’un système unique de relations matérielles. Pour la première fois dans l’histoire, tous les peuples du monde, tous les produits et toutes les ressources pouvaient concrètement être considérées comme les composantes d’une matrice universelle de valeur monétaire interchangeable.

La destruction du Mur de Berlin et le morcellement de l’Union Soviétique semblaient signifier que le règne du capital allait indéfiniment devenir le facteur déterminant prévalant dans les interactions humaines. Des entités supérieures aux états jadis souverains allaient prendre le contrôle de la gouvernance de la propriété privée, de la banque, de l’établissement des entreprises, du règlement des crédits et des dettes ainsi que de la création monétaire. Les nouvelles agences supranationales seraient dotées de pouvoirs en abondance afin de créer, de faire appliquer et d’arbitrer un cadre universalisé pour le mouvement et la protection du capital à l’échelle mondiale.

L’Organisation Mondiale du Commerce fut créée en 1995 afin d’aider à gouverner et à superviser l’extension du capitalisme à des proportions planétaires. En 1999 lors d’une réunion de l’OMC à Seattle, de nombreux activistes se rassemblèrent pour protester contre l’élitisme et le secret qu’incarnaient cette nouvelle organisation. Réunissant un vaste éventail de revendications, depuis des ouvriers syndicalistes à des écologistes, les manifestants condamnèrent la nature non-démocratique du projet d’universalisation du capitalisme – de mondialisation du capitalisme.

Leur reproche essentiel était que l’approche de l’OMC vis-à-vis de la mondialisation allait dispenser davantage de privilèges aux fractions les plus riches et les plus puissantes de la société, tout en suscitant des désavantages pour ceux qui vivent dans les strates moyennes et basses du bien-être, de la sécurité et du pouvoir économique. Le niveau actuel d’inégalité économique dans le monde continue d’être obscènement injuste. Une récente étude de l’organisation Oxfam a démontré que les 62 individus les plus matériellement riches du monde possédaient davantage de moyens financiers que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, c’est-à-dire 3,6 milliards de personnes.

La répartition des biens et des devoirs au sein de la communauté planétaire se projette dans les formes contemporaines d’asservissement par la dette, dérivées de l’injustice vieille de plusieurs générations de domination impériale et d’assujettissement colonial. Les vols des terres de peuples indigènes et le vol inhérent à l’esclavagisme ne forment qu’une partie de la kleptocratie qui imbibe les processus d’accumulation de capital toujours d’actualité. Dans un système où la finance autorise des banques centrales privées à créer la monnaie par l’émission de crédit, l’accumulation perpétuelle de dettes condamne l’écrasante majorité de l’humanité à l’austérité. La plupart des contribuables doivent supporter le poids d’une dette qui n’en finit pas d’enfler, encourue à la fois personnellement et en tant que citoyens de nationalités endettées.

Au fil de la controverse entourant la « mondialisation », des nuances descriptives ont commencé à émerger si bien que l’on voyait des adjectifs être attachés au mot contesté. De plus en plus, des phrases comme « mondialisation impériale », « mondialisation anti-impériale » ou « mondialisation écologique » étaient employées pour décrire des visions différentes de l’économie politique à l’intérieur d’un cadre qui recouvrait toute la planète.

Cette évolution dans les nuances pour identifier des types de mondialisation différente aide à clarifier le fait qu’il n’y a aucun usage universellement accepté du terme « mondialisation ». La mondialisation doit-elle être programmée et régulée? Quelles sortes de nouvelles confédérations de peuples variés est-il possible d’envisager? Quelles espèces de corps représentatifs peuvent être créés? Quelles nouvelles sortes de nouvelles institutions faut-il établir pour que prévale la règle du droit, plutôt que le règne de la violence débridée telle qu’elle est mise en évidence par le militarisme sans retenue des guerres d’agression? De quelles sortes d’agences d’application de la loi y a-t-il besoin, afin que les droits humains des peuples bénéficient de garanties au moins équivalentes aux protections présentement fournies par les forces de police à la propriété et au mouvement des biens et du capital?

Les possibilités sont inépuisables. La mondialisation n’est pas une chose cohérente dont les gens peuvent dire qu’ils sont pour, ou contre. Il existe de nombreuses versions différentes de la mondialisation. La mondialisation est un processus de transformation historique. Il a revêtu de multiples formes dans le passé, tout comme la poursuite de ce même processus prendra de nombreuses formes à l’avenir. La mondialisation implique des transformations dans les relations entre les êtres humains et le reste de la nature qui se déploient au niveau local, régional et mondial.

La manifestation populaire contre l’OMC eut lieu en 1999. Ce pugilat public à propos du futur de la mondialisation a reçu le nom de Bataille de Seattle. La couverture médiatique mondiale, étant donné le spectacle en direct dans les rues d’un conflit global, aida à rendre le mot « mondialisation » politique. Les conflits autour de l’avenir mondial ont reflété les antagonismes concernant le sens donné au mot « mondialisation ». Le débat sur la sémantique du mot « mondialisation » est doté de répercussions importantes, pour notre époque et notre situation présente. Au départ, ceux qui critiquaient l’agenda de transformation de la gouvernance mondiale au service des branches les plus riches et puissantes de la société ont été étiquetés comme les défenseurs de « l’anti-mondialisation ».


Cette définition d’activiste « anti-mondialisation » n’a aucun sens. La désignation de ceux qui critiquaient l’OMC et les agences assimilées comme des défenseurs d’une « anti-mondialisation » échoue à rendre compte du fait que les manifestants aspiraient dans leur ensemble à des formes plus démocratiques et écologiques de la mondialisation. Ses membres n’ont pas proposé une quelconque forme de rejet de la mondialisation. Quel sens y aurait-il à s’opposer à la mondialisation tandis que l’humanité toute entière, ainsi que nos cousins des règnes végétaux et animaux partageons tous avec une évidence si flagrante une sphère dans les cieux, à laquelle nous faisons parfois référence sous le nom de Terre? Nous partageons tous la même planète. Donc nous sommes tous, d’une certaine manière, des mondialistes.

Il existe de nombreuses manières d’envisager l’avenir de notre globe, et beaucoup de façons de négocier et de prioriser les objectifs désirés du changement mondial. Une fois que les objectifs primaires ont été établis, il y a de nombreuses routes pour avancer vers des objectifs et des idéaux partagés. Où que nous allions, le terme « mondialisation » a pénétré dans le langage pour devenir le centre d’une discussion politique, de débats et de contestations considérables. Les enjeux sont élevés dans ce débat. Ils concernent beaucoup plus qu’une simple discussion sur l’usage du langage ou l’abus de celui-ci. Ce qui se joue, c’est le genre de monde que nous allons léguer à notre postérité, et même à sept générations d’ici dans le temps.

D’Al-Andalus au Quart Monde

Bien que le terme « mondialisation » soit récent, les processus d’interaction humaine qu’il décrit sont très anciens. La connaissance de la sphéricité de notre foyer partagé était largement répandue parmi les classes éduquées, longtemps avant que Christophe Colomb se soit engagé à prouver que la Terre est ronde en 1492. En Grèce pendant l’Antiquité, Pythagore avait avancé le postulat de la sphéricité de la Terre aussi tôt qu’au sixième siècle avant l’ère chrétienne.

Au neuvième siècle de notre ère l’érudit perse musulman, al-Biruni, se servit d’une combinaison de géométrie, d’algèbre et de trigonométrie pour calculer avec une grande précision la taille réelle de la Terre sphérique. Les nombreux accomplissements scientifiques et littéraires d’al-Biruni faisaient partie de l’essor majeur d’accomplissements intellectuels ayant accompagné l’expansion rapide de l’Islam, en particulier pendant le 8ème et le 9ème siècle.


Cette transformation géopolitique couvrait un vaste territoire s’étendant de l’Espagne actuelle à l’Afrique du Nord et jusqu’en Arabie, au Levant ainsi qu’en Perse et au Pakistan. Accompagnant cet essor de l’empire islamique, une révolution scientifique et intellectuelle mena à d’importantes percées en mathématiques, en astronomie, en architecture et en médecine notamment, ainsi que dans tous les domaines d’expression artistique.

Cette ère est parfois remémorée comme l’Âge d’Or de la quête islamique de la connaissance. Dans cette quête de la compréhension, l’identification de principes universels inscrits dans les lois de la nature était particulièrement révérée. Sous la supervision des dirigeants des Omeyyades et ensuite des califats des Abbassides, ce phénomène d’intégration impériale de grands pans de la famille humaine donna lieu à un interlude important dans l’histoire de la mondialisation. Avec un accent mis sur la promotion de la collégialité, de la traduction ainsi que sur l’accumulation et l’étude systémique de textes érudits réunis depuis toutes les parties du monde connu, les sages et les savants travaillèrent en collaboration pour repousser les frontières de la connaissance dans de grands centres d’apprentissage lourdement subventionnés comme Bagdad et Cordoue.

Le califat islamique d’Al-Andalus, dans la Péninsule Ibérique, est devenu un site majeur de collaboration entre intellectuels juifs, chrétiens et musulmans. Leurs percées sur de nombreux fronts scientifiques, technologiques et artistiques, y compris en ramenant à la connaissance de l’époque beaucoup de travaux érudits de l’Antiquité, en particulier de la Grèce et de la Rome antiques, ont aidé à poser les fondations de la Renaissance en Europe.

Cette période d’interaction éclairée s’avéra toutefois de courte durée. L’essor du Vatican lié aux Croisades de la Chrétienté, orientées contre le contrôle musulman sur Jérusalem et la Terre Sainte environnante, a contribué à la « Reconquista » au nord du Détroit de Gibraltar. Le dernier califat hispanique de Grenade est tombé aux mains des soldats de la Chrétienté en 1492, la même année où Christophe Colomb accomplissait son voyage transformateur du monde vers l’Hémisphère Occidental.

La Reconquista de la Péninsule Ibérique, où sont aujourd’hui situés l’Espagne et le Portugal, a inclus dans sa réalité la sévérité croissante de l’Inquisition et de ses persécutions sanglantes « d’hérétiques » présumés. Galilée fut l’un de ceux à se voir condamnés par les Inquisiteurs chargés de préserver l’orthodoxie Catholique Romaine. Le crime qui lui était reproché était d’avoir publié ses découvertes, réalisées à partir de recherches effectuées avec un télescope en 1633. Il croyait que son examen attentif des corps célestes en mouvement démontrait que Copernic avait raison dans sa thèse antérieure selon laquelle le Soleil, et non la Terre, est le centre fixe de notre système planétaire en révolution. La Terre n’est pas le centre de l’Univers.

Le caractère de violence intolérante qui infusait l’Inquisition prévalait aussi dans la Reconquista lourdement militarisée au nord de la Mer Méditerranée. Cette éthique d’expansion violente s’étendit aux exploits transatlantiques des conquistadors espagnols précoces, comme Hernan Cortès et Francisco Pizarro. La conquête de l’Empire Aztèque par Cortès à Mexico et le pillage de l’Empire Inca par Pizarro dans les Andes péruviennes ont mis en branle des incursions génocidaires parmi les populations indigènes des Amériques, qui n’a toujours pas réellement pris fin.

Avec l’assentiment du Vatican, la transformation de la majeure partie de l’Amérique Centrale et « Latine » en Nouvelle-Espagne et en Nouveau-Portugal a initié la phase la plus agressive de mondialisation impériale de toute l’histoire. D’abord les puissances Catholiques Romaines d’Europe puis ensuite les puissances Protestantes, mais prioritairement l’Angleterre et les Pays-Bas, ont commencé à étendre leur influence par l’élaboration de marines dévouées à la création de colonies outre-mer. Ce processus de colonisation impliquait l’établissement de réseaux étendus de commerce, de cadres juridiques et d’agendas bellicistes, ainsi que le mélange de peuples, de cultures et de connaissances à une échelle jusque-là sans précédent.

Le mélange qui s’accélère encore de peuples, de cultures et d’idées forme l’essence primordiale de la mondialisation depuis 1942. Bien entendu de nombreux peuples indigènes ont résisté à ce processus de mondialisation impériale. De plus en plus, la pulsion naturelle contre cette mondialisation impériale a nécessité la création de confédérations de résistance pour s’opposer aux agences, aux armées et aux ploutocrates dominateurs qui faisaient progresser les incursions expansionnistes de la colonisation agressive. L’effort des peuples indigènes pour se rassembler en soutien aux initiatives de défense légitime des uns et des autres, constitue la base de la mondialisation anti-impériale. L’un des exemples les plus saisissants de la mondialisation anti-impériale prit place à Bandung en Indonésie, en 1955.

Les dirigeants de plusieurs nations colonisées d’Afrique et d’Asie se sont rencontrés pour projeter l’indépendance de leurs pays, à un moment où ils allaient être libérés de l’ancien pouvoir impérial de leurs gouverneurs européens. Les deux guerres mondiales du vingtième siècle avaient ruiné et décimé les puissances européennes. Épuisées, elles ont rétréci en taille, en richesse et en assurance. Les puissances européennes ne pouvaient plus entretenir leurs empires coloniaux qui avaient inclus la majeure partie de l’humanité sur la planète au dix-neuvième siècle.

Les délégués qui se sont réunis à Bandung ont résolu de s’allier ensemble dans l’adhésion commune aux principes de paix, de justice et de règle du droit. En 1961 ils poursuivirent ce qu’ils avaient commencé à Bandung en fondant le Mouvement des Non-Alignés, composé d’anciennes colonies. Cette entité internationale existe encore à ce jour.

George Manuel

George Manuel

Un Amérindien du Canada nommé George Manuel donna une voix à la philosophie du Mouvement des Non-Alignés composé de peuples indigènes colonisés du monde entier. Dans le contexte de la Guerre Froide, Manuel parlait du refus des peuples indigènes de se désolidariser de leur héritage aborigène afin d’embrasser sans réserves des modèles imposés de développement, qu’ils fussent capitalistes ou communistes.

Le chef Shuswap, de l’intérieur des terres en Colombie Britannique allait pour sa part fonder le Conseil Mondial des Peuples Indigènes. George Manuel s’est servi des Nations Unies et d’autres fora des relations internationales pour rejeter le paradigme du « Tiers-Monde » et du « sous-développement ». À la place, Manuel imaginait le Quart Monde, un domaine où les peuples indigènes se serviraient de la science et de la technologie pour progresser vers des avenirs reposant sur des projections de leurs propres systèmes de connaissance, de spiritualité et de philosophie. Manuel décrivit sa vision dans un livre écrit en collaboration intitulé « The Fourth World » [« Le quart monde« , NdT].

the_4th_world_2b61fCertaines des idées professées par George Manuel ont trouvé une expression dans la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Indigènes. Cet instrument international a été ratifié par l’Assemblée Générale de l’ONU en 2007. Quatre délégations nationales ont tout d’abord voté contre la résolution. De façon révélatrice, ceux qui s’opposaient à la Déclaration de l’ONU sur les Droits Aborigènes étaient les gouvernements des USA, du Canada, d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

La propagande et la psychologie du colonialisme

Un aspect vital de la colonisation inclut le façonnement des croyances et des attitudes, afin de donner à des systèmes violents de contrôle hiérarchisé une semblance de normalité acceptable. Cette colonisation des esprits pour rendre la guerre, l’injustice et l’inégalité apparemment naturelles et anodines constitue un énorme facteur de l’établissement des environnements psychologiques artificiels où nous vivons. L’exploration du facteur psychologique dans les habitats artificiels de l’humanité est un travail d’une grande importance dans l’étude de la mondialisation.

Franz Fanon, un psychiatre noir de la colonie française de la Martinique, donna un tournant psychologique important à son agenda pour le changement révolutionnaire. Son analyse donnait une cohérence pondérée à la lutte des peuples colonisés pour se libérer des conditions externes du colonialisme, ainsi que du traumatisme interne issu d’une haine de soi conditionnée. Trop souvent, les gouverneurs blancs ont poussé les populations d’une complexion plus foncée à prendre à cœur les perceptions impériales d’une infériorité des « Indigènes ».

« Les Damnés de la Terre » de Fanon est arrivé en première ligne des luttes de décolonisation pendant les années 1960. Écrit dans le contexte de la lutte contre le colonialisme français en Algérie, le livre de Fanon a surtout eu de l’influence à travers l’Afrique et au sein du mouvement du Black Power aux États-Unis.

Fanon avait anticipé que les luttes révolutionnaires des peuples colonisés seraient sabotées par une caste ambitieuse de la bourgeoisie noire, qui remplacerait les gouverneurs blancs qui régnaient pendant les jours fastes du colonialisme européen désormais révolu. Cette prophétie allait être vérifiée par les dictatures fantoches soutenues par l’Occident installées pour superviser l’exploitation corporatiste du Congo de Mobutu ou de l’Indonésie de Suharto, par exemple.

Les écueils formels du colonialisme ont diminué alors qu’augmentait le nombre de nations reconnues par les Nations Unies, techniquement parlant. Ce nombre a augmenté de 50 pays adhérant à la Charte des Nations Unies à San Francisco en 1945 à quelques 200 pays, qui bénéficient aujourd’hui d’une reconnaissance internationale à l’Assemblée Générale de l’ONU. Cependant, ce processus universellement salué de décolonisation ne sert qu’à camoufler de nombreuses forces qui continuent de cliver le monde entre de minuscules concentrations d’élites ultra-privilégiées et l’immense masse des gens, qui sont déshérités et asservis et que Fanon décrivait comme Les Damnés de la Terre. Cet asservissement stéréotypé peut parfois transcender les configurations de race et de couleur de peau. Les divisions de classe et de caste peuvent prévaloir à l’intérieur des pays, comme entre les pays.

La perpétuation de la colonisation d’oppression, parfois dénommée néo-colonialisme et néo-impérialisme, dépend de structures injustes pour la répartition du crédit et de la dette, ainsi que de l’application permanente d’instruments hautement puissants de propagande et de guerre psychologique.

Le terme « propagande » trouve son origine dans la pulsion évangélique à propager l’Évangile du Christianisme par le travail du missionnaire. L’une des organisations missionnaires les plus efficaces de tous les temps a été la Compagnie de Jésus, dont les membres sacerdotaux sont parfois décrits comme les « Jésuites ».

Fondé en 1540 par Ignace de Loyola, l’Ordre Jésuite est parfois décrit comme l’avant-garde de la Contre-Réforme, la réaction Catholique à la Réforme Protestante. Les missionnaires jésuites faisaient un usage très efficace de techniques psychologiques sophistiquées pour gagner des conversions par la propagation de l’Évangile. Des Amériques au Japon et à la Chine, les Jésuites étaient des intermédiaires dans les échanges de savoir entre l’Europe et de nombreuses sociétés non-occidentales. Leurs activités présentent un cas d’étude important dans les points communs entre la propagande, la colonisation et la mondialisation.

Les missionnaires chrétiens ont souvent sapé l’intégrité interne des sociétés aborigènes, alors qu’ils n’ont que parfois défendu les droits aborigènes des groupes autochtones au sein desquels ils travaillaient. Le Frère Dominicain Bartolome de las Casas fut l’un des premiers missionnaires de Nouvelle-Espagne à se présenter comme un défenseur des Indiens. Pendant les années 1500, il occupa entre autres la fonction d’Évêque du Chiapas et de Protecteur des Indiens pour le compte de la Couronne Espagnole. Las Casas se distingua comme juriste qui prit la défense des Premières Nations des Amériques au cours de procès majeurs de l’Espagne du seizième siècle.

De la propagande aux relations publiques: la carrière d’Edward Bernays comme psychologue maître du contrôle social

Le vingtième siècle a été une période où de vastes ressources ont été consacrées à la manipulation et au contrôle des attitudes et des opinions de grands groupes de gens par le biais de la propagande. À cette époque Edward Bernays, un neveu du célèbre psychologue Sigmund Freud, est devenu le père du mensonge médiatique. Ainsi qu’illustré par le texte de « Propaganda« , le livre qu’il publia en 1928, Bernays s’appuya sur les recherches pionnières des missionnaires en psychologie pour développer la science du contrôle mental dans le domaine laïque.

Bernays a écrit, « la propagande est le bras exécutif du gouvernement invisible« . Il a ajouté,

La lecture et l’écriture universelles devaient éduquer l’homme ordinaire à contrôler son environnement. Une fois qu’il pourrait lire et écrire, il serait pourvu d’un esprit apte à régner. Ainsi dictait la doctrine démocratique. Mais à la place d’un esprit, la lecture et l’écriture universelles lui ont donné des tampons en caoutchouc, des tampons en caoutchouc encrés avec des slogans publicitaires, avec des éditoriaux, avec des données scientifiques fraîchement publiées, avec les banalités des tabloïdes et les platitudes de l’histoire, mais somme toute bel et bien exempts de pensée originale.

L’un des admirateurs du texte de Bernays « Propaganda » était Joseph Goebbels, le Ministre de la Propagande allemand du gouvernement national-socialiste d’Adolf Hitler. Dans les années 1930 Bernays chercha à prendre ses distances vis-à-vis de ses liens professionnels avec Goebbels et des techniques de propagande alors employées en Allemagne. Cet alignement des tactiques pour influencer l’opinion publique en Allemagne et aux USA forma la toile de fond de la décision de Bernays pour inventer un nouveau nom à donner à son travail. Bernays décida que « relations publiques » serait un terme plus bénin pour des activités précédemment identifiées avec celles de la « propagande ».

À ce jour, le terme « relations publiques » couvre un vaste éventail d’activités de contrôle mental dans la sphère publique. Par exemple, beaucoup des reportages d’informations à grande diffusion qui nous arrivent proviennent en réalité de grandes firmes de relations publiques. Les agences de relations publiques prennent de plus en plus d’importance au sein des organisations de collecte d’informations. Ces entités corporatistes de relations publiques font leur beurre en s’adressant à nos attitudes, nos impressions, nos préoccupations, nos compréhensions et, en fin de compte, à nos comportements.

Les plus gros et les plus lucratifs contrats de relations publiques concernent la vente des guerres à l’acceptation du grand public. Il nous est demandé de payer, avec notre argent de contribuables, les coûts astronomiques de la guerre de haute technologie. Il est également attendu de notre part de servir la logistique de la machine de guerre y compris par le biais de la fourniture, par nos familles, de soldats et d’autres personnels. D’usage, il est nécessaire de diaboliser et de déshumaniser l’image de l’ennemi en prélude à une guerre effective.

Bernays s’est fait un nom en réalisant un marketing de masse en faveur des cigarettes à destination des femmes pour le compte de son client, l’American Tobacco Company. Afin de réaliser cet objectif, Bernays créa une « opportunité photographique » pendant le Défilé de Pâques de New York. Il embaucha des suffragettes pour allumer des cigarettes devant les caméras. Les cigarettes allumées par les suffragettes ont été décrites dans la narration médiatique comme des « torches de la liberté ». L’histoire fut ainsi placée dans de nombreux rapports d’informations, indiquant que des femmes fumant des cigarettes équivalait à l’adoption d’une attitude plus éclairée sur l’égalité des sexes. Cet épisode aida à rendre indistincte la frontière entre la publicité, le reportage d’information et les « relations publiques ». Le mélange d’informations, de divertissement et de marketing allait s’intensifier avec l’introduction et le développement de la télévision.

Depuis ses bureaux d’entreprise sur Madison Avenue à New York, Bernays a ouvert la voie du développement des méthodes de communication de masse, afin d’envahir et d’influencer les niveaux subconscients des fonctions cérébrales humaines. Le but de cette infiltration des fonctions mentales était d’imposer diverses formes de contrôle social.

Les techniques de gestion de l’opinion publique de Bernays ont attiré l’attention des forces armées US, et surtout de la CIA. Au début des années 1950, la CIA confia à Bernays la tâche de faire en sorte que le renversement, provoqué par les USA, du gouvernement élu du Guatemala passe pour être une révolte populaire locale dirigée contre le communisme soutenu par les Soviétiques. La volonté d’extraire de sa fonction Jacobo Arbenz, le président élu du Guatemala, provenait à l’origine de la United Fruit Company. Les bénéfices de l’entreprise se réduisaient à cause du type de réformes agraires appliquées par le gouvernement Arbenz.

La réussite de Bernays dans la production d’un faux récit sur le Guatemala, semblant réel et authentique dans les médias grand public, a établi un prototype pour de nombreux cycles de tromperie encore à venir. La stratégie de la tension – la stratégie de création de clivages entre les peuples et en leur sein, pour les empêcher de développer la force collective de la solidarité politique – a dominé la guerre psychologique du côté US de la Guerre Froide. Cette Guerre Froide allait connaître une fin abrupte avec la chute de l’Union Soviétique en 1991.

La révolution cubaine, l’Opération Mockingbird, MK-Ultra et la stratégie du choc

Le médecin argentin Che Guevarra et l’avocat, soldat et politicien cubain Fidel Castro ont été intensément affectés par la démonstration de cruauté US au Guatemala, de pair avec le mépris total de la CIA pour la vérité. Ayant été témoins du déploiement des tactiques US pour prendre le contrôle du Guatemala, Che et Castro se sont radicalisés. Che et Castro firent équipe avec pour objectif le renversement du gouvernement mafieux qui dominait Cuba. Leur tactique pour accomplir le changement sociétal allait être la guérilla classique, combinée avec l’infiltration révolutionnaire de la paysannerie rurale. Le contrôle mafieux US sur Cuba avant 1959 est mis à l’image avec luxe et paillettes dans la deuxième partie de la saga cinématographique de Francis Ford Coppola, Le Parrain.

La Révolution Cubaine devint l’un des points culminants de la lutte de la Guerre Froide, dépeinte dans les médias populaires comme un duel planétaire entre le capitalisme emmené par les USA et le communisme emmené par les Soviétiques. Cuba consacra énormément d’énergie révolutionnaire au développement d’un système de santé sociale, qui a envoyé de nombreux milliers de médecins formés à Cuba parmi les peuples dépourvus et opprimés d’Afrique et d’Amérique Latine. Le gouvernement cubain fut accessoire dans l’aide fournie à l’effort, surtout en Angola, d’écraser militairement et psychologiquement les bastions de soutien au notoire régime d’apartheid d’Afrique du Sud.

Le leader de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, Nelson Mandela, rendit hommage à l’aide fournie par le gouvernement de Castro peu de temps après qu’il ait été libéré de prison pour diriger son pays, dans sa route vers un affranchissement politique ignorant les couleurs. L’un des facteurs dans la chute du régime d’apartheid en Afrique du Sud fut la chute de l’Union Soviétique. La disparition de l’URSS sapa l’allégation de propagande du gouvernement d’apartheid, selon laquelle il avait criminalisé le Congrès National Africain de Mandela pour empêcher l’arrivée au pouvoir d’un dangereux agent de subversion communiste.

L’un des aspects de l’assaut datant de l’époque de la Guerre Froide contre les médias libres, équilibrés et honnêtes a été mis en lumière à la fin des années 1970. Une enquête parlementaire révéla que la Central Intelligence Agency US, la CIA, avait assumé le contrôle de maintes officines de communication de masse dans le cadre de l’Opération « Mockingbird ». Essentiellement, l’Opération Mockingbird impliquait la cooptation financière de milliers de journalistes, de rédacteurs, de directeurs et de propriétaires de médias par la CIA. La stratégie de Mockingbird était de censurer et de distordre les dépêches d’informations, ou d’implanter de la désinformation pure et simple afin de promouvoir l’agenda anti-communiste de la partie emmenée par les USA dans la Guerre Froide.

L’opération Mockingbird était étroitement apparentée aux expériences de contrôle mental de la CIA connues sous l’acronyme MK-Ultra. Une partie des recherches réalisées par les scientifiques de l’Opération MK-Ultra concernait l’expérimentation sur l’usage possible de la drogue psychédélique LSD comme « sérum de vérité ». Un centre majeur des activités de MK-Ultra se situait à l’Allan Memorial Institute de l’Université McGill à Montréal. Là-bas, le Dr. Ewen Cameron mena de nombreuses expériences durant les années 1950 sur diverses formes d’altération mentale.

Naomi Klein a discuté des applications sur le long terme des expériences du Dr. Cameron sur le contrôle du comportement dans l’introduction de son livre et de son documentaire éponyme essentiel, « La Stratégie du Choc« .

L’existence de l’Opération Mockingbird fut exposée dans une enquête parlementaire suite à la démission du Président US Richard Nixon en 1974 sous une pluie d’opprobre. Nixon fut poussé à la démission à cause des conséquences des révélations qui accompagnèrent le scandale du Watergate. Carl Bernstein a été l’un des deux journalistes, depuis tellement encensés, qui dévoilèrent les informations initiales qui ont mené à la chute de Nixon. Bernstein rapporta de façon célèbre dans Rolling Stone Magazine en 1977 la ribambelle de liens rattachant les médias, dont beaucoup des plus célèbres journalistes des USA, aux stratégies de contrôle mental de la CIA.

Les BRICS et le business de la guerre

L’ère de la bipolarité de la Guerre Froide céda la route à ce qui a semblé être à un moment d’uni-polarité, entre 1991 et le début du vingt-et-unième siècle. En 2008, la déliquescence de certaines institutions financières dérégulées de Wall Street provoqua une contagion commerciale internationale qui a démontré la fragilité de l’Occident. Alors que s’ouvrait le vingt-et-unième siècle, l’apparente omnipotence unipolaire des États-Unis céda la route à un monde multipolaire plus complexe.

La Chine a émergé en tant que moteur commercial et industriel de l’entreprise capitaliste. La Chine a parfois été adjointe à l’Inde, à la Russie, au Brésil et à l’Afrique du Sud dans un nouveau conglomérat économique intitulé, les « BRICS ». L’Union Européenne a continué de s’étendre, alternant entre des périodes de croissance et de récession. Travaillant étroitement avec l’OTAN, l’UE a intégré les anciens pays satellites de l’Union Soviétique. Cette trajectoire d’expansion a été limitée par un problème de surexposition financière. Cette crise fut reflétée dans l’énorme endettement de nombreux pays européens, tel que mis en évidence par l’épopée entourant l’économie assiégée de la Grèce.

La Guerre Mondiale contre la Terreur fut initiée dans le sillage des événements du 11 septembre 2001. Le complexe militaro-industriel qui avait crû pendant la Seconde Guerre Mondiale puis durant la Guerre froide s’est maintenu, tandis que l’outillage anti-communiste fut recalibré et augmenté pour satisfaire l’anti-terrorisme. Effectivement, les budgets militaires de nombreux pays, mais tout particulièrement du gouvernement US, ont gonflé à des niveaux sans précédent suite au 11 septembre (2001). L’une des continuités qui ressort du rôle des USA dans la transition de la Guerre Froide à la Guerre Mondiale contre la Terreur, c’est que le déploiement de ressources militaires, policières, diplomatiques et de propagande orientées vers les ennemis désignés a entretenu la structure de classes dominée par les bénéficiaires, propriétaires et directeurs principaux du complexe militaro-industriel, qui devient outre mesure de plus en plus élaboré.

Les profiteurs de guerre en ont énormément bénéficié tandis que les dirigeants corporatistes et les clients de la machine de guerre la plus dominatrice du monde ont démultiplié leur commerce du meurtre industrialisé. Ces armements de haute technologie ont été dirigés contre les populations de plusieurs pays dont l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et plus récemment, la Syrie.

L’invasion de la Syrie s’est accompagnée de l’encerclement militaire de la Russie. Ce processus place surtout en première ligne les pays de l’OTAN qui sont frontaliers avec la Fédération de Russie. L’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord, l’OTAN, est issue du rôle dominant qu’ont joué les USA en Europe Occidentale comme rempart contre celui joué par les militaires soviétiques dans les pays du Pacte de Varsovie. L’OTAN n’est pas morte avec la Guerre Froide mais s’est plutôt étendue de pair avec l’Union Européenne, l’UE. La puissance militaire de l’OTAN est actuellement orientée vers la provocation de disputes territoriales impliquant l’Ukraine pour justifier le déclenchement d’une guerre contre la Russie.

Toutes cette activité militaire pourrait être interprétée comme un prélude à la Troisième Guerre Mondiale devant comprendre une invasion à grande échelle de la République Islamique d’Iran. Construit sur les profondes fondations de la civilisation perse, l’Iran est un pays riche en ressources peuplé par 80 000 000 d’habitants, pour la plupart bien éduqués.

La guerre selon Charlie Wilson

La Guerre Froide et les prémisses de la Guerre Mondiale contre la Terreur se sont notablement croisés en Afghanistan. La CIA et ses alliés au Pakistan avaient mis sur pieds des armées de mercenaires en Afghanistan pendant les années 1980 dans le but de renverser le régime de Mohammed Naijibullah, soutenu par les Soviétiques. Cette instrumentalisation de forces combattantes islamiques durant la Guerre Froide a pris des noms divers et variés. Les « moudjahidines » est l’un des termes employé pour décrire les ennemis soutenus, recrutés, armés et entraînés par les USA du régime communiste de Naijibullah. Les Talibans est un autre de ces termes, souvent déployé avec une intention propagandiste. Au centre de gravité des Talibans se trouvent des tribus parlant le Pachtoune et d’ascendance persane. Leurs territoires comprennent la région frontalière entre l’Afghanistan et le Pakistan.

Al-Qaeda est encore un autre terme fortement associé au djihadisme, qui signifie « lutte » en langue arabe. La CIA adopta pour la première fois la terminologie « al-Qaeda » pour décrire une base de données militaires qu’elle entretenait en Arabie Saoudite. Le terme fit son entrée définitive dans les hautes sphères du jargon géostratégique quand les événements du 11 septembre 2001 furent immédiatement imputés à Oussama ben Laden et à al-Qaeda, avant même que les Tours Jumelles aient eu le temps de tomber. C’est révélateur, le même groupe accusé des attentats du 11 septembre 2001 reçoit désormais un soutien considérable de la part des USA, en appui de la partie emmenée par les USA dans le conflit de superpuissances visant à renverser le gouvernement syrien de Bachar al-Assad? Qu’est-ce qui ne colle pas avec cette histoire? Pourquoi le gouvernement US vient-il en aide à ce même groupe qu’il accuse encore d’être coupable des crimes du 11 septembre 2001?

L’issue du conflit en Afghanistan allait avoir des répercussions majeures dans la diminution du prestige de l’Union Soviétique. La réussite des armées par procuration US qui ont vaincu les forces soviétiques a contribué à stimuler le mouvement « Solidarność » (Solidarité) appuyé par le Vatican et la CIA en Pologne. Rétrospectivement, c’est le succès rencontré par le mouvement Solidarność emmené par Lech Wałęsa qui a fait s’orienter les événements vers l’échec et l’implosion du système de gouvernance soviétique. Le célèbre metteur en scène d’Hollywood Mike Nichols a rendu une scénographie enlevée de l’appui US aux combattants islamiques en Afghanistan pendant l’Opération Cyclone. Dans « La Guerre selon Charlie Wilson« , Tom Hanks joue le premier rôle du Représentant au Congrès du Texas qui a fait la promotion de cette aventure militaire soutenue par les USA en Afghanistan.

Par conséquent, il y a une toile de fond de Guerre Froide plus vaste qui explique l’élaboration par la CIA d’armées par procuration dont les membres sont des soldats mercenaires payés pour combattre sous des drapeaux islamiques. Une grande partie du financement de cette opération fut réalisé par le biais de la Banque de Crédit et de Commerce International soutenue par les Saoudiens, et dont la corruption dominée par la CIA fut mise en lumière pendant l’exposition du scandale dit des Contras iraniens.

L’idéologie marxiste adoptée par l’Union Soviétique et par ses satellites, y compris le régime de Naijibulah en Afghanistan, était caractérisée par son matérialisme et par son athéisme. Ces attributs faisaient du gouvernement US l’ami de toutes sortes de théocrates religieux, parce que les personnes religieuses étaient forcément anti-communistes. La CIA et d’autres prétendues agences de sécurité nationale ont mis un gros accent sur la construction de l’Islam politique [dans sa version saoudienne]. Les fonctionnaires de la sécurité nationale ont travaillé main dans la main avec la dynastie saoudienne régnante et riche en pétrole, qui accorde un soutien financier considérable à l’exportation de l’extrémisme wahhabite à travers le monde islamique.

Cette avancée datant de la Guerre Froide du gouvernement US dans le domaine de l’Islam politique a également été manipulée comme levier contre les tendances plus laïques des politiques pan-arabes quelque peu socialistes de Gamal Abdel Nasser et de ses successeurs baathistes dont Saddam Hussein en Irak et Bachar al-Assad en Syrie. Le rôle de la CIA dans l’essor des Frères Musulmans est décrit dans le livre de Ian Johnson, « A Mosque in Munich: The Nazis, the CIA, and the Rise of the Muslim Brotherhood in the West » [« Une Mosquée à Munich: Les Nazis, la CIA, et l’Essor des Frères Musulmans en Occident« , NdT] (Boston: Houghton Mifflin Harcourt, 2010).

USA-Israël; Israël-Palestine

Dans les années qui ont précédé la chute de l’Union Soviétique beaucoup de think-tanks US ont commencé à chercher un nouveau paradigme d’interaction mondiale, à même de préserver le rôle dominant tenu par les États-Unis dans la géopolitique du monde. Le paradigme primaire adopté par les stratèges en route vers la Guerre Mondiale contre la Terreur est connu sous le nom de « choc des civilisations ».

Cette conception a émergé des travaux du soi-disant « orientaliste » Bernard Lewis et du politologue Samuel P. Huntington. Huntington est l’auteur de « Le Choc des Civilisations » [titre original, « The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order« , « Le Choc des Civilisations et la Refondation de l’Ordre Mondial« , NdT] (New York: Simon and Schuster, 1999). Le « choc » prioritairement présenté, qu’il soit réel ou fantaisiste, se plaçait entre la « civilisation occidentale » prétendument centrée aux États-Unis et la culture islamique autour de plusieurs centres politiques au Moyen-Orient.

Comme Bernard Lewis l’avait observé, il y avait dans le « choc des civilisations » des implications particulièrement significatives pour Israël, entouré par la culture arabe qui est majoritairement, mais pas exclusivement, musulmane. Dans son article paru dans The Atlantic en septembre 1990 intitulé « Les racines de la rage musulmane: pourquoi tant de Musulmans haïssent profondément l’Occident », Lewis a considéré la relation intime existant entre les États-Unis et Israël comme étant l’une des causes principales du ressentiment musulman. Il a écrit, « la cause la plus souvent avancée pour les sentiments anti-américains parmi les Musulmans aujourd’hui est le soutien américain pour Israël ».

Les aspects politiques, économiques et culturels des relations entre les gouvernements des États-Unis et d’Israël sont devenus le cœur d’une controverse et de débats enlevés, surtout depuis le 11 septembre 2001. Un problème central devant être réglé à cet égard, est celui de savoir si le choc des civilisations ayant suivi le 11 septembre 2001 est réel, ou au moins partiellement artificiel. Quel est le rôle du partenariat US-Israël dans la construction du cadre psychologique et géopolitique de la Guerre Mondiale contre la Terreur? Cette opération militaire, psychologique et policière correspond-elle à une situation existant d’elle-même, ou les antagonismes entre Occidentaux et Musulmans sont-ils artificiellement alimentés pour faire progresser certains intérêts et certains agendas?

Une partie du discours sophistiqué entourant les relations entre les USA et Israël a été généré par les débats relevés qui ont accompagné la publication en 2007 du travail de John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt. Leur ouvrage écrit collaborativement est intitulé « The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy » [« Le lobby pro-israélien et la politique étrangère US« , NdT] (New York: Farrar, Straus and Giroux, 2007). Les co-signataires de ce livre sont tous deux des figures vénérables et accomplies du monde académique étasunien; Mearsheimer et Walt ont plaidé que le pouvoir du lobby israélien est vaste et composé de multiples aspects. Les co-auteurs ont appuyé l’argument que les intérêts nationaux des États-Unis ne sont pas toujours servis convenablement par l’application d’une telle emphase sur le soutien aux politiques du gouvernement israélien.

Beaucoup des critiques dirigées contre Israël et provenant de multiples sources concernent la condamnation du traitement du peuple palestinien par les Israéliens. Les habitants indigènes des territoires sur lesquels s’assoit aujourd’hui Israël ont été déracinés, expulsés, criminalisés et emprisonnés, souvent sans accusation formelle. Les Palestiniens ont été torturés dans l’impunité. Ils ont été tués, privés de la plupart des conditions sanitaires nécessaires à l’humanité, et perpétuellement subjugués depuis l’établissement de l’état d’Israël en 1947-48.

Les territoires sur lesquels se trouvent Israël et les prétendus Territoires Occupés avaient anciennement été assujettis à l’Empire Ottoman, puis au Mandat britannique en Palestine. Ceux qui défendent les actions du gouvernement israélien décrivent son traitement des Palestiniens comme de la « légitime défense », pour l’obtention d’une protection contre les incursions réelles ou imaginaires de « terroristes ». La discussion publique à propos du droit égal des Palestiniens à s’engager dans la légitime défense a rarement l’occasion d’aller bien loin.

Une nouvelle phase de la relation entre Israël et les Palestiniens s’est manifestée peu de temps après le 11 septembre 2001 par l’érection d’un mur de séparation, commencé en 2002. Ce mur, qui est encore en construction, continue de découper des territoires proclamés faire partie du terreau de la patrie israélienne, hors des fragments qui restent encore des prétendus « Territoires Occupés ».

Ces Territoires Occupés devaient être préservés en accord avec une résolution des Nations Unies qui appelait à la création d’un état arabe. Les autres pays arabes, toutefois, ont décidé de ne pas suivre le plan de l’ONU de création d’un mini-état palestinien, comme il avait été imaginé par les rédacteurs de la Résolution 181 de l’ONU. Le « plan de partition » introduit par la Résolution 181 a été un accessoire dans l’établissement des fondations juridiques de l’état d’Israël. Cette terre devant être réservée pour un futur pays palestinien fut capturée par la force des armes en 1967 par les Forces de Défense Israéliennes. Ces terres conquises sont devenues le site de nombreuses nouvelles colonies juives dont les habitants ont tendance à adhérer à la vision sioniste révisionniste d’un Israël plus vaste, ou d’un Grand Israël (Eretz Israel).

Le gouvernement israélien appelle le mur une « Barrière de Séparation ». Ceux qui critiquent l’état juif le décrivent comme le Mur de l’Apartheid. Quel que soit le nom utilisé, cette structure est une variante des forces de la Guerre Froide qui avaient érigé le Mur de Berlin comme moyen pour empêcher les Allemands de l’Est de s’échapper en Allemagne de l’Ouest. Le mur séparant Israël à l’intérieur du domaine extérieur palestinien sert aussi de symbole approprié des dichotomies perceptuelles qui ont permis le renouvellement des anciens paradigmes impériaux de « barbarie et de civilisation »au nom cette fois-ci de la prétendue Guerre Mondiale contre la Terreur.

L’un des leviers politiques importants dans ces disputes est le statut du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions, dit « BDS ». Ses défenseurs sont résolus à faire pression sur le gouvernement israélien par le biais de moyens économiques, afin de faire reconnaître et respecter les droits humains du peuple palestinien. Les campagnes BDS ont été le théâtre de disputes particulièrement enlevées sur de nombreux campus universitaires en Amérique du Nord. Selon un récent rapport rendu par Judy Maltz dans le journal israélien Haaretz, cet antagonisme incite de nombreux étudiants juifs à esquiver complètement les discussions concernant Israël et les Palestiniens.

Un choc des civilisations?

Tout comme pour la Guerre Froide, mener la Guerre Mondiale contre la Terreur implique l’usage d’une composante particulièrement intense de guerre psychologique. Puisque tellement d’invasions US sont dirigées contre des pays majoritairement musulmans comprenant la Syrie, l’Irak et le Yémen, une grande partie de la propagande de guerre revêt un caractère anti-musulman. Quelques-uns de ceux qui ont étudié cet aspect de la propagande de guerre entourant la Guerre Mondiale contre la Terreur en cours ont trouvé le terme, « Industrie de l’Islamophobie ». Ils avancent que la raison qui explique l’incitation propagandiste à haïr les Musulmans consiste à exploiter la peur afin d’acquérir l’assentiment public pour des invasions militaires à l’étranger, et pour l’incursion domestique des foyers familiaux par la surveillance.

Certains des détracteurs des héritiers de l’empire anglo-étasunien se sont permis d’identifier le phénomène du terrorisme sous faux drapeau comme une tactique d’acquisition de soutien populaire pour l’accélération des activités de la machine de guerre. Le terrorisme sous faux drapeau implique la fabrication d’épisodes de violence afin que les populations ciblées puissent être blâmées et diabolisées dans la perception du public, comme prélude au lancement de guerres d’agression.

Le terrorisme sous faux drapeau découle directement du genre de tactiques déployées par Edward Bernays dans la mise en scène d’événements concoctés pour leurrer les citoyens US de façon à ce qu’ils ignorent les actions illégales de leur gouvernement, y compris l’assassinat de dirigeants étrangers. Un exemple d’un tel assassinat politique concerne l’élimination de Patrice Lumumba en 1961, qui était le premier Président élu du Zaïre. Il fut tué avec l’accord de la CIA et des anciens dirigeants belges du Zaïre afin de nettoyer la route pour l’instauration du dictateur fantoche, le Général Mobutu.

Le terrorisme sous faux drapeau est cohérent avec les activités de l’Opération Gladio montée par des responsables de l’OTAN et leurs agents. L’Opération Gladio impliquait l’exécution d’épisodes de violence devant spécifiquement être imputés à des communistes, à des socialistes et même à des gauchistes progressistes modérés. L’objectif du terrorisme sous faux drapeau de l’OTAN était de retourner l’opinion publique en Europe Occidentale contre les partis politiques moins enclins à soutenir la partie emmenée par les USA dans la Guerre Froide.

Mon collègue, le Dr. Kevin Barrett, a gravité vers le centre d’une enquête aux multiples facettes concernant des épisodes récents que certains ont interprété comme des exemples de terrorisme sous faux drapeau. Sur un laps de temps dépassant à peine un an le Dr. Barrett a rédigé des portions de trois livres collaboratifs qu’il a publiés tout seul. Inclus dans ces livres publiés par le Dr. Barrett figurent les essais de 55 observateurs de trois événements distincts.

Ces livres ont été publiés en 2015 et en 2016. Ils ont tous été publiés par la maison d’édition « Sifting and Winnowing Press ». Le premier de l’ensemble est intitulé « We Are Not Charlie Hebdo: Free Thinkers Question the French 9/11 » [« Nous ne sommes pas Charlie!: des chercheurs indépendants questionnent le 11 septembre français« , NdT – cet ouvrage a d’ores et déjà été traduit et publié en français, et est disponible sur ce lien]. Les deux autres volumes sont intitulés « Another French False Flag: Bloody Tracks from Paris to San Bernardino » [« Un autre « False-Flag » français: pistes sanglantes de Paris à San Bernardino » – bientôt également disponible en français, NdT] et « Orlando False Flag: The Clash of Histories » [« Attentat sous faux drapeau d’Orlando: le choc des narrations« , NdT]. J’ai écrit trois essais dans les deux premiers livres. Les titres de ces billets sont, « Chasse aux sorcières terroristes », « Complicité du monde académique dans la guerre mondiale de terrorisme sous faux drapeau », et « Impérialisme US et destruction nihiliste de cultures: lettre ouverte à l’Ayatollah Khamenei d’Iran ».

Comme Christopher Bollyn et le Dr. Alan Sabrosky, le Dr. Barrett impute en priorité la plus grande part du blâme concernant la fournée actuelle de terrorisme sous faux drapeau commençant avec le 11 septembre 2001 aux comparses étasuniens de l’Israël du Likoud. Le Likoud est un parti politique de droite en Israël, emmené par le Premier Ministre Benjamin Netanyahou. Ses racines se trouvent dans le Sionisme Révisionniste et dans la quête d’Eretz Israel, du Grand Israël. L’interprétation du Dr. Barrett a été dénigrée avec véhémence en tant qu’abomination par Jonathan Kay don son livre, « Among the Truthers: A Journey into the Growing Conspiracist Underground of 9/11 Truthers, Birthers, Armageddonites, Vaccine Hysterics, Hollywood Know-Nothings and Internet Addicts » [« Parmi les chercheurs de vérité: un voyage dans le monde parallèle conspirationniste en expansion des chercheurs de vérité sur le 11 septembre, des avocats de l’inéligibilité de Barack Obama, des prophètes de l’Apocalypse, des timbrés anti-vaccination, des colporteurs de rumeurs sur Hollywood et des accros à l’Internet« , NdT] (Toronto: Harper Collins, 2011). Selon Kay, l’analyse du Dr. Barrett absout l’Islam d’un « terrible crime » (p. 167).

Que Kay impute la responsabilité d’un événement transformateur du monde à une grande religion est pour le moins bizarre. Les religions ne commettent pas de crimes. Ce sont les gens qui le font. Kay assène sa condamnation sur ceux qui éprouvent du scepticisme face au récit officiel du gouvernement concernant ce qui s’est réellement passé le 11 septembre 2001, sans prendre la peine d’évaluer consciencieusement la vaste littérature traitant du sujet. Cette littérature comprend dix livres écrits par le Pr. David Ray Griffin, qui examinent les preuves existantes et se rapportant à divers aspects des crimes du 11 septembre 2001.

Un ouvrage par Trevor Aaronson étaye la notion que la théorie du « choc des civilisations », si essentielle à l’élaboration de la Guerre Mondiale contre la Terreur, est davantage une fabrication qu’une réalité. Dans « The Terror Factory: Inside the FBI’s Manufactured War on Terrorism » [« L’usine à terreur: à l’intérieur de la guerre artificielle du FBI contre le terrorisme« , NdT] (Brooklyn, NY: Ig Publishing, 2013) Aaronson examine le rôle de la police fédérale [US] et de ses « indics » dans la création et la facilitation de circonstances aboutissant souvent dans l’arrestation d’individus musulmans, qui sont par la suite accusés de tentative de perpétration d’actes de terrorisme. Aaronson a découvert que dans l’immense majorité des cas, des agents du FBI étaient carrément impliqués dans le financement, l’organisation et la préparation de scénarios de terreur islamique qu’ils ont ensuite été félicités d’avoir prévenu.

L’abus policier dans la construction de l’imaginaire du « terrorisme islamique » a été mis en pleine lumière au Canada, pendant l’été 2016. En Colombie Britannique, la Juge Catherine Bruce a statué qu’une équipe d’agents et d’officiers de la RCMP (Royal Canadian Mounted Police, la « police montée canadienne », équivalent du FBI aux USA) avaient concocté les conditions nécessaires pour piéger les toxicomanes en soin de sevrage et récemment convertis à l’Islam, John Nuttal et Amanda Korody. L’objectif de cette opération policière très élaborée et très coûteuse était d’aider Nuttal et Korody à perpétrer un acte de violence au parlement de Colombie Britannique. La Juge Bruce a décidé que les officiers de la RCMP étaient coupables d’avoir piégé leurs deux éléments.

La Juge a déclaré, « Le monde a suffisamment de terroristes. Nous n’avons pas besoin que la police en crée d’autres à partir de personnes marginalisées… Il est dégradant que la police commette des actes illégaux facilitant un crime, dans des circonstances où ils savaient que les accusés n’auraient pas pu commettre ces crimes sans leur assistance. »

L’intervention du FBI et de la RCMP pour créer des dépêches médiatiques sensationnelles mettant en exergue l’imaginaire, mais sans substance, de la terreur islamique est reflétée aux plus hauts niveaux à l’international. En commençant par Oussama ben Laden lui-même, des agences de renseignements comme la CIA, le Mi6 britannique et le Mossad israélien ont développé des rapports étroits et intimes avec beaucoup des boucs émissaires, éléments et pigeons islamiques les plus célèbres devant ensuite servir de coupables pour des événements terroristes. Dans certains cas les épisodes de violence sont entièrement fabriqués puis imputés à des boucs émissaires musulmans. Dans d’autres, des individus violents et dérangés sont identifiés puis placés dans des situations où ils commettent effectivement les crimes indispensables à la génération de la denrée politique négociable qu’est la peur publique.

Ces deux modèles de terrorisme sous faux drapeau sont à contre-courant du mensonge rémanent si largement diffusé dans les médias grand public, selon lequel les actions violentes attribuées à des terroristes islamistes se déroulent en toute indépendance, sans aucun soutien, sans direction ou aide logistique de la part des agences de renseignement occidentales. Le Gros Mensonge est que ces événements violents, y compris ceux qui sont exposés dans les trois livres du Dr. Barrett, ne surviennent qu’à cause des pulsions d’extrémisme religieux et de haine irrationnelle dirigée contre les libertés occidentales entretenues par les coupables désignés.

Dans « The War on Truth: 9/11, Disinformation and the Anatomy of Terrorism » [« La guerre à la vérité: le 11 septembre, la désinformation et l’anatomie du terrorisme« , NdT], Nafeez Mosaddeq Ahmed souligne le gouffre entre la façon dont le terrorisme islamique est rapporté dans les médias grand public et ce qui est réellement su ou connaissable à propos des phénomènes eux-mêmes, à partir de recherches authentiques et d’investigations honnêtes. Les textes d’Aaronson et d’Ahmed en ajoutent encore au poids considérable de preuves existantes qui indiquent l’existence d’éléments probants de fabrication et de fraude, visant à donner l’apparence de la validation de la théorie du choc des civilisations. L’objectif ultime de l’ajout de vernis de validation à cette théorie consiste à justifier la conduite de la Guerre Mondiale contre la Terreur dans ses diverses incarnations.

Prophète ou profit? Le legs de Nikola Tesla à notre époque actuelle

La descente de la société dans l’ingénierie d’après Bernays d’illusions au service des intérêts du pouvoir s’accélère à une époque où les affaires et l’industrie sont soumis à de moins en moins de régulation publique. En Alberta au Canada par exemple, l’industrie gazière et pétrolière finance et gère sa propre agence de surveillance environnementale. Les conflits d’intérêts compris dans de tels modèles d’auto-régulation industrielle sont énormes.

L’autre versant de ce processus de dérégulation est d’éliminer les protections des intérêts publics et de la santé publique. Cet éloignement de l’état-providence pour privilégier plutôt l’état-entreprise a d’immenses conséquences, dont l’effet est d’élargir les inégalités plutôt que de refermer les écarts entre les riches et les pauvres.

Un thème central dans la détermination de la forme future de la mondialisation doit concerner l’économie politique de l’énergie. Les combustibles fossiles continueront-ils à être la source primaire d’énergie dans nos sociétés industrialisées, ou des sources alternatives de génération d’électricité seront-elles développées? Qui en décidera? D’où proviendront les ressources, si les infrastructures de production d’énergie et de consommation doivent être radicalement changées? Que faut-il faire à propos des intérêts concernés, dont les agents s’échinent à faire usage de leur accès supérieur au capital pour maintenir le statu quo de dépendance à de vieilles technologies démodées?

Comment l’innovation technologique doit-elle être gérée afin de servir convenablement les êtres humains et l’ensemble de la vie sur la planète plutôt que les marges de bénéfices de conglomérats industriels existants? Comment une civilisation technologique pacifique peut-elle être réalisée pour dépasser la barbarie de l’économie de guerre permanente qui a dominé les États-Unis depuis 1941 et qui n’entend pas s’arrêter?

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Un bref aperçu de la carrière de Nikola Tesla, le brillant scientifique serbo-étasunien, inventeur et ingénieur, offre une conclusion appropriée à ce court examen de la technologie et de la mondialisation dans l’intérêt public. La carrière de Tesla a atteint son apogée dans les dernières années du dix-neuvième siècle et les premières du vingtième siècle. C’est pendant cette période que la révolution industrielle a commencé à incorporer la technologie de la puissance électrique, ainsi que les communications sans fil à travers la diffusion d’ondes électromagnétiques.

Avec le soutien de l’industriel George Westinghouse, Tesla était en compétition avec Thomas Edison et son entreprise naissante la General Electric Company, pour l’établissement des standards de transmission de la puissance électrique sur des courtes et des longues distances. Tesla est sorti triomphant de ce défi en ayant conçu la plupart des composants du courant alternatif, ou « AC ». Ce système s’avéra immensément supérieur à la technologie de courant direct d’Edison, ou « DC ».

Le lieu principal de la victoire industrielle de Tesla a été la World Columbian Exposition, qui s’est déroulée à Chicago en 1893. Tesla et Westinghouse surpassèrent Edison dans le défi de production de puissance électrique réalisé pendant l’Exposition de Chicago. L’objectif déclaré de cette Foire Mondiale était de commémorer le 400ème anniversaire de la « découverte » des Amériques par Christophe Colomb en 1492.

Tesla émergea comme l’une des vedettes de la foire où beaucoup des éléments qui allaient projeter l’Amérique en première ligne des transformations mondiales du vingtième siècle ont été introduites. Après son triomphe à Chicago, Tesla tourna son attention vers les chutes du Niagara, où il travailla avec ses collègues de Westinghouse à la construction et à la mise en service du premier générateur d’hydro-électricité du monde à l’échelle industrielle.

Les travaux de Tesla attirèrent de gros investissements, surtout de la part de l’un des banquiers les plus puissants des USA, J.P. Morgan. Tesla tomba cependant en disgrâce auprès de son soutien financier principal, lorsqu’il fut compris que le but de l’inventeur était de développer une technologie qui puiserait naturellement l’énergie gratuitement depuis l’ionosphère et d’autres sources naturelles de transformation énergétique. Tesla combina sa quête d’une énergie libre et propre avec des recherches sur les voitures électriques ainsi que sur des formes de technologie sans fil qui anticipaient ce que nous appelons aujourd’hui nos téléphones portables.

Plutôt que de donner le feu vert à Tesla pour développer des innovations technologiques dans l’intérêt public et pour le bien commun, les vivres financiers furent coupés aux expériences les plus coûteuses du formidable savant. Les innovations de Tesla menaçaient apparemment de nombreux intérêts particuliers et des fortunes établies. Très souvent les modèles de commerce qui entretiennent la prédominance d’élites retranchées dans leurs privilèges dépendent de la poursuite de l’usage de vieilles technologies et d’infrastructures établies.

Cet essai expose la relation difficile qui existe entre le capital et des formes de changement technologique qui pourraient énormément améliorer la qualité de vie, mais de manières qui ne se conforment pas aux impératifs d’accélération et d’expansion de modèles très circonscrits d’activité commerciale prévisible. L’expérience de Tesla démontre qu’il ne suffit pas de simplement « laisser faire le marché » quand il s’agit de la perspective d’utiliser de nouvelles technologies d’énergie libre et propre. Qui restaurera les principes de l’intérêt public et du bien commun dans un lieu vénérable d’influence majeure pour l’organisation de la société mondiale?

Source: http://ahtribune.com/in-depth/1186-globalization-studies.html



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Rétroliens

  1. Une (très) brève histoire de la « mondialisation » | Réseau International

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