Les USA ferment la porte aux négociations en Syrie et font escalader la tension

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Une voiture brûle dans une rue de Damas après une frappe aérienne, le 3 octobre 2016 – Photo Reuters/Bassam Khabieh

Par James Carden, le 3 octobre 2016

Lundi après-midi, le State Department a annoncé que l’administration Obama suspendait les pourparlers bilatéraux avec la Russie concernant la guerre en Syrie. Cette déclaration de John Kirby, le porte-parole du State Department dit, entre autres, que la décision de suspendre « les canaux bilatéraux établis avec la Russie pour sous-tendre la Cessation des Hostilités » n’avait pas été « une décision prise à la légère. » La déclaration affirme que les États-Unis n’ont « épargné aucun effort dans la négociation, » mais que « la Russie a échoué à respecter ses engagements. »

Josh Earnest, porte-parole de la Maison Blanche, a déclaré aux journalistes ce lundi que « la patience de tout le monde s’est épuisée avec la Russie. » Entretemps, la pression s’accroît sur l’administration pour qu’elle « fasse quelque chose » en ce qui concerne la Syrie. Lors d’une audience du Comité des Affaires Étrangères du Sénat la semaine dernière, le Sénateur du Tennessee Bob Corker exprima à plusieurs reprises son désarroi que l’administration n’ait pas concocté de « Plan B » pour la Syrie, comprenant l’imposition d’un zone d’exclusion aérienne au-dessus du nord de la Syrie ou la création de prétendues « zones sûres » pour les non-belligérants fuyant la violence.

L’ancien général et directeur de la CIA David Petraeus, faisant sans doute écho au consensus de l’establishment dans ce domaine, affirma la semaine dernière à Charlie Rose que l’établissement de ces zones serait « très, très simple » et pourrait être appliqué « très, très rapidement. » Les certitudes du général mises à part, l’administration ferait bien de se souvenir des conséquences d’une opération similaire au-dessus du Kosovo (qui aboutit en une campagne de bombardements qui dura 78 jours) ou de la plus récente imposition d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye.

À la différence de ces deux autres exemples, les Russes comme les Iraniens ont mobilisé du personnel militaire sur le terrain en Syrie, tandis que les forces aériennes russes et syriennes ont mené une campagne aérienne sur Alep-Est, aux mains des rebelles (ou plus exactement, des terroristes). Les médias grand public continuent d’ignorer la réalité pourtant plutôt visible que les civils cherchant à se soustraire aux bombardements syriens et russes en sont empêchés par les « rebelles » financés et appuyés par les USA et les pays du Golfe.

Par conséquent, le choix de l’administration Obama de suspendre les pourparlers avec la Russie, bien qu’il soit extrêmement alarmant, n’est peut-être pas si surprenant étant donné la diffusion par CNN ce week-end d’un enregistrement du Secrétaire d’État John Kerry – que de nombreux observateurs (dont l’auteur de ces lignes) avaient trompeusement pris pour un pacificateur dans les thèmes relatifs à la Syrie et à la Russie – avait tout du long cherché à appuyer une solution militaire en Syrie.

Cet enregistrement de Kerry au quartier-général de l’ONU en septembre révèle ce qu’il a dit à des diplomates néerlandais: « Je crois que nous parlons de trois, quatre personnes dans l’administration. J’ai perdu ma proposition. Je plaidais pour l’usage de la force. Je suis celui qui s’est dressé et qui a dit que nous allions attaquer Assad à cause des armes. » Kerry a continué, « Jusque là, la théorie juridique américaine ne permet pas d’appliquer le soi-disant « devoir de protéger »… Personne n’en est plus frustré que moi. »

Existe-t-il une référence historique vers laquelle les fonctionnaires de l’administration puissent se tourner, maintenant que nous [les USA, NdT] regardons les Russes et les Syriens dans le blanc des yeux? Peut-être.

Le 27 janvier 1965, le Conseiller à la Sécurité Nationale du Président Lyndon Johnson McGeorge Bundy et le Secrétaire à la Défense Robert McNamara ont rédigé ce qui a pris le nom de mémorandum de « la croisée des chemins » sur la politique US au Vietnam. Bundy écrivit que au Président Johnson que « Bob et moi pensons que la pire voie à suivre est de persister dans ce rôle essentiellement passif qui peut éventuellement mener à la défaite et à l’incitation à se retirer dans des circonstances humiliantes. » [emphase ajoutée]

Bundy et McNamara offrirent à Johnson les alternatives suivantes: soit « nous utilisons notre puissance militaire en Extrême-Orient et forçons une modification de la politique communiste », soit « nous déployons toutes nos ressources sur une voie de négociations, dans l’objectif de sauver ce qui peut encore l’être sans addition majeure à nos risques militaires actuels. »

Tragiquement, Johnson choisit la première option.

Il semblerait que le Président Obama soit lui-même à « la croisée des chemins » par rapport à la Syrie. Il serait mal avisé d’ignorer les conseils de son prédécesseur Jimmy Carter, qui écrivit il y a deux semaines dans le New York Times que:

La co-direction américaine et russe est cruciale dans l’approche de ce travail. Chaque partie doit persuader ses alliés régionaux d’y coopérer. Mais en soi seul, cela ne suffira pas. Les Syriens qui ont été la chair à canon dans cette guerre doivent faire entendre leurs voix, dans une déclaration claire et forte: « Cessez de tuer. »

Une solution militaire et des promesse faciles de réponses faciles comme l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne et/ou de zones sûres ne sont pas la marche à suivre. Obama et ses conseillers ont commis une erreur potentiellement très grave en rompant les pourparlers avec les Russes, et un coup d’œil même rapide aux récentes interventions militaires étasuniennes devrait les faire revenir vers, et non s’éloigner de la table des négociations.

Source: https://www.thenation.com/article/the-obama-administrations-suspension-of-syria-talks-with-russia-is-the-most-dangerous-development-in-a-new-cold-war/

Traduit par Lawrence Desforges



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