Les « Rohingyas » du Myanmar: des pions dans une guerre anglo-chinoise menée par de la piétaille « djihadiste »

Ata Ullah ARSA

Ata Ullah, chef de l’ARSA

 

Par Moon of Alabama, le 4 septembre 2017

L’attention des médias est dirigée vers des violences ethniques mineures au Myanmar, l’ancienne Birmanie. Selon la presse « occidentale », les Rohingya musulmans sont injustement ostracisés, chassés et tués par des foules bouddhistes et par l’armée dans l’État d’Arakan près de la frontière avec le Bangladesh. Les « organisations humanistes libérales » comme Human Rights Watch joignent leurs voix à celles d’islamistes comme le président de la Turquie, Erdogan, pour déplorer le sort des Rohingyas.

Cette curieuse alliance s’est également nouée pendant les guerres en Libye et en Syrie. Ceci doit nous alerter. Y aurait-il autre chose derrière ce conflit local au Myanmar? Est-ce que quelqu’un jette de l’huile sur le feu?

C’est en effet bel et bien le cas.

Alors que le conflit ethnique dans l’État d’Arakan est très ancien, il s’est transformé au cours des dernières années en une guerre de guérilla djihadiste financée et dirigée par l’Arabie Saoudite. La zone a un intérêt géostratégique:

L’État d’Arakan joue un rôle important dans l’OBOR [One Belt One Road, Une Ceinture Une Route, NdT], car il s’agit d’une sortie vers l’Océan Indien où sont prévues des réalisations chinoises pour un montant d’un milliard de dollars : une zone économique sur l’île de Ramree, et le port en eau profonde de Kyaukphyu qui a des pipelines de pétrole et de gaz naturel reliés à Kunming dans la province du Yunnan.

Les pipelines qui vont de la côte ouest du Myanmar vers la Chine à l’est permettent l’importation d’hydrocarbures du golfe Persique vers la Chine tout en évitant le goulet d’étranglement du détroit de Malacca et les sites de la mer de Chine méridionale qui font l’objet d’une contestation.

C’est « l’intérêt de l’Occident » d’entraver les projets de la Chine au Myanmar. Encourager le djihadisme dans l’État d’Arakan pourrait y contribuer. Il existe un précédent historique d’une telle guerre par procuration en Birmanie. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les forces impériales britanniques ont incité les Musulmans rohingya d’Arakan à se battre contre les bouddhistes nationalistes birmans alliés aux impérialistes japonais.

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Les Rohingyas immigrent dans les régions du nord de l’État actuel d’Arakan au Myanmar depuis le 16ème siècle. Il y a eu une grande vague d’immigration sous l’occupation impériale britannique, il y a environ cent ans. L’immigration illégale en provenance du Bangladesh s’est poursuivie au cours des dernières décennies. Au total, environ 1,1 million de Rohingyas musulmans vivent au Myanmar. Le taux de natalité des Rohingyas est plus élevé que celui des Bouddhistes locaux d’Arakan. Ces derniers se sentent sous pression dans leur propre pays.

Alors que ces populations sont mélangées dans certaines villes, il y a de nombreux hameaux habités à 100% par les uns ou les autres. Les Rohingyas sont généralement peu intégrés au Myanmar. La plupart ne sont pas reconnus officiellement comme citoyens. Au cours des siècles et des dernières décennies, il y a eu plusieurs épisodes violents entre les immigrants et les populations locales. Le dernier conflit entre les musulmans et les bouddhistes a éclaté en 2012.

Depuis lors, une insurrection clairement islamique s’est développée dans la région. Elle a pris le nom d’Armée du Salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) et elle est dirigée par Ataullah abu Ammar Junjuni, un djihadiste pakistanais. (ARSA s’appelait auparavant Harakah al-Yakin, ou Mouvement de la paix.) Ataullah est né dans la grande communauté rohingya de Karachi, au Pakistan. Il a grandi et a été éduqué en Arabie Saoudite. Il a reçu une formation militaire au Pakistan et c’était un Imam wahhabite en Arabie Saoudite avant son arrivée au Myanmar. Depuis, en lavant les cerveaux, il a recruté et formé une armée de guérilla locale d’environ 1000 Takfiris.

Selon un rapport de 2015 du journal pakistanais Dawn, il y a plus de 500 000 Rohingyas à Karachi. Ils sont arrivés du Bangladesh au cours des années 1970 et 1980 à la demande du régime militaire du Général Ziaul Haq et de la CIA pour lutter contre les Soviétiques et le gouvernement de l’Afghanistan.

La communauté rohingya [à Karachi] est plus religieuse et elle envoie ses enfants dans les madrasas. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles de nombreux partis religieux, en particulier l’Ahle Sunnat Wal Jamaat, le JI et le Jamiat Ulema-i-Islam-Fazl, ont leur base organisationnelle dans les quartiers birmans.

« Un certain nombre de Rohingyas vivant à Arakan Abad ont perdu des proches dans les attaques bouddhistes de juin 2012 au Myanmar », a déclaré Mohammad Fazil, un militant local de la JI.

Les Rohingyas de Karachi recueillent régulièrement des dons, le Zakat* et des peaux d’animaux sacrifiés pour les envoyer au Myanmar et au Bangladesh afin d’aider les familles déplacées.

Reuters a noté à la fin de 2016 que le groupe djihadiste était formé, dirigé et financé par le Pakistan et l’Arabie Saoudite:

Le groupe de Musulmans rohingya qui a attaqué les gardes-frontières du Myanmar en octobre est dirigé par des gens qui ont des liens avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan, a déclaré le groupe International Crisis Group (ICG) jeudi, en donnant quelques noms.

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« Bien qu’on en n’ait pas de preuves, il semble que  [Ataullah] soit allé au Pakistan et peut-être ailleurs, pour s’entraîner à la guérilla moderne », a déclaré le groupe. Il a noté qu’Ata Ullah était l’un des 20 Rohingyas d’Arabie Saoudite qui dirigeaient les opérations du groupe dans l’État d’Arakan.

Par ailleurs, un comité des 20 émigrés rohingya influents supervise le groupe qui a son siège à La Mecque, a déclaré l’ICG.

Les « djihadistes » de l’ARSA affirment qu’ils n’attaquent que les forces gouvernementales, mais des civils bouddhistes arakanais ont également été pris dans des embuscades et massacrés. Des hameaux bouddhistes ont aussi été brûlés.

Le gouvernement du Myanmar prétend qu’Ata Ullah et son groupe veulent instituer un État islamique indépendant. En octobre 2016, son groupe a commencé à attaquer la police et d’autres forces gouvernementales dans la région. Le 25 août de cette année, son groupe a attaqué 30 postes de police et des avant-postes militaires et tué environ 12 policiers. L’armée et la police ont répondu, comme toujours dans ce conflit, en brûlant des communes rohingya soupçonnées de cacher des forces de la guérilla.

Pour échapper à la violence croissante, beaucoup de Bouddhistes arakanais locaux fuient leurs villes et se réfugient dans la capitale d’Arakan. Des Musulmans rohingya locaux fuient vers le Bangladesh. Seuls ces derniers réfugiés semblent retenir l’attention internationale.

L’armée du Myanmar gouverne le pays depuis des décennies. Sous la pression économique, elle s’est ouverte à l’Occident de manière formelle en instituant la « démocratie ». La chérie de l’Occident au Myanmar est Daw Aung San Suu Kyi. Son parti a remporté les élections et elle joue un rôle important dans le gouvernement. Mais Aung San Suu Kyi est avant tout une nationaliste, et le pouvoir réel est encore détenu par les généraux.

Aung San Suu Kyi avait été choisie pour servir d’icône démocratique mais elle a peu de mérite personnel, à part celui d’être la fille de Thakin Aung San, un chef célèbre de l’Armée birmane pendant la lutte pour l’indépendance du pays (BIA) et le « père de la nation ». Dans les années 1940, Thakin Aung San a été recruté par l’armée impériale japonaise pour mener une guérilla contre l’armée britannique coloniale et la ligne d’approvisionnement britannique vers les forces anti-japonaises en Chine.

Le jeune Aung San a appris à porter des vêtements traditionnels japonais, à parler la langue, et avait même pris un nom japonais. Dans « La Rivière des Traces Perdues » l’historien Thant Myint-U dit qu’il a « apparemment été entraîné dans l’euphorie fasciste qui l’entourait », mais il note qu’il est resté fidèle à la lutte pour l’indépendance du Myanmar.

Les conflits ethniques dans l’État d’Arakan ont également joué un rôle dans le conflit anglo-japonais en Birmanie:

En avril 1942, les troupes japonaises se sont avancées dans l’État d’Arakan et ont atteint la commune de Maungdaw, près de la frontière de ce qui était alors l’Inde britannique et qui est maintenant le Bangladesh. Lorsque les Britanniques ont battu en retraite vers l’Inde, l’État d’Arakan est devenu une ligne de front.

Des Bouddhistes arakanais locaux ont collaboré avec la BIA (British Intelligence Agency) et les forces japonaises, mais les Britanniques ont recruté des Musulmans de la région pour contrer les Japonais.

« Les deux armées, britannique et japonaise, ont exploité les frictions et les animosités de la population locale pour faire avancer leurs propres objectifs militaires », a écrit Moshe Yegar**.

Lorsque les Britanniques ont gagné la guerre contre les Japonais, Thakin Aung San a changé de camp et a négocié la fin de la domination impériale britannique sur la Birmanie. Il a été assassiné en 1947 avec l’aide d’officiers britanniques. Depuis lors, la Birmanie, qui a été renommée Myanmar par la suite, est gouvernée par des factions de l’armée qui se disputent le pouvoir.

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La fille de Thakin Aung San, Aung San Suu Kyi, a reçu une éducation britannique et a été élevée en vue de jouer un rôle au Myanmar. Dans les années 1980 et 1990, elle s’est querellée avec le gouvernement militaire. Elle a reçu un prix Nobel de la paix et les intellectuels « occidentaux » la considèrent comme une progressiste qui défend les droits de l’homme. Ils sont maintenant déçus qu’elle ne se prononce pas en faveur des Rohingyas. Mais en le faisant, elle se mettrait dans le camp opposé à celui pour lequel son père a glorieusement combattu. Elle s’opposerait également à la majorité de la population du Myanmar qui ne porte pas dans son cœur les Rohingyas et leur combat djihadiste.

En outre, les projets autour de la Nouvelle Route de la Soie chinoise (OBOR) sont un énorme bonus pour le Myanmar et contribueront à son développement économique. Les Saoudiens et les Pakistanais envoient des commandants de guérilla et de l’argent pour pousser les Rohingyas au djihad au Myanmar. Il s’agit d’une réédition historique de l’opération de la CIA contre l’influence soviétique en Afghanistan. Mais contrairement à l’Afghanistan, les habitants du Myanmar ne sont pas musulmans et, au lieu d’y participer, ils vont sûrement se battre contre un djihad dans leur pays. Les Rohingyas ne sont donc plus que des pions dans le grand jeu et ils en feront les frais.

* La zakât ou zakat ou zakaat, un mot arabe traduit par « aumône légale », est le troisième des piliers de l’islam. Le Musulman est tenu de calculer chaque année lunaire (hégire) ce montant et de le donner aux plus pauvres dans son pays de résidence.

**Moshe Yegar était Secrétaire Adjoint à l’Ambassade d’Israël de Rangoon au début des années 1960. Pendant son séjour en Birmanie, il a soumis une thèse appelée « Les Musulmans de Birmanie » à l’Université Hébraïque de Jérusalem.

Source: http://www.moonofalabama.org/2017/09/the-rohingya-of-myanmar-pawns-in-an-anglo-chinese-proxy-war-fought-by-saudi-jihadists.html#more

Via: http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2017/09/06/les-rohingya-du-myanmar-des-pions-dans-la-guerre-que-les-ang-5977397.html?c



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