L’indépendance catalane – une arme du capital contre le salariat

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L’Eurotopie selon Freddy Heineken (1992)

Par Gearóid Ó Colmáin, le 3 octobre 2017

Première partie

La riche province catalane d’Espagne s’est enflammée dans la violence. Suite à un référendum âprement disputé où moins de 40% de la population catalane s’est déplacée pour aller voter, le gouvernement régional de Catalogne a déclaré qu’il allait promulguer l’indépendance. Et en plus, ils affirment que ceux qui s’opposent à eux sont des Franquistes et des Fascistes.

Les Communistes entendent que le fascisme est le règne par la dictature d’une oligarchie financière et c’est dans un tel contexte qu’il importe  de considérer les événements en Espagne, s’agissant des alliances de classe en œuvre derrière le mouvement pour l’indépendance. Afin de décider si le mouvement actuel pour l’indépendance catalane représente les intérêts du salariat ou du capital, nous avons besoin de situer le nationalisme catalan dans le cadre de la configuration globale du capitalisme.

Eurotopie

En 1992 le milliardaire et europhile engagé Freddy Heineken dessina une carte de l’Europe fédérale. Cette nouvelle carte proposait de  fragmenter l’Europe en 75 régions ou mini-états, tous placés sous le contrôle d’un gouvernement fédéral européen.

L’idée provenait de l’économiste et philosophe Leopold Kohr, enseignant de la London School of Economics. Kohr professait une forme d’anarcho-capitalisme. Il croyait que plus la structure politique était petite, plus démocratiques étaient ses institutions. Kohr proposait un retour aux micro-états médiévaux de l’Europe comme meilleur moyen de créer une fédération supranationale européenne.

Les idées de Kohr sont devenues très influentes dans les milieux politiques de l’Union Européenne. Les élites financières transnationales veulent faire de l’Union Européenne la représentation politique de leur puissance. Une Europe fédérale de micro-états dont les politiques sont déterminées par des élites mondialistes rendrait impossible l’unification des citoyens européens contre cette classe dirigeante financière transnationale; c’est pourquoi la carte de Heineken devient désormais une affreuse réalité – à travers toute l’Europe.

L’anarcho-capitalisme est précisément ce que promeuvent les financiers d’envergure mondiale comme George Soros. Il n’est donc guère surprenant de trouver Soros derrière le financement du mouvement catalan pour l’indépendance.

Selon La Vanguardia, Soros a également financé des manifestations anti-eurosceptiques et anti-xénophobie à Barcelone depuis 2014. C’est ironique d’entendre des « independentistas » anti-racistes catalans justifier leur séparation d’avec l’Espagne avec l’argument qu’ils constituent une « ethnie » distincte, au regard du soutien de leur mécène pour l’immigration massive et le multiculturalisme.

La vision de Leopold d’une forme « mignonne » de démocratie locale semble attirante en surface; mais pas lorsque l’on considère que l’éclatement de l’état-nation fait partie du plan à long terme de régionalisation de l’Union Européenne: diviser les nations européennes en régions d’un super-état européen hautement centralisé et technocratique, sous l’emprise d’oligarques comme George Soros.

L’état et le peuple

Comme tous les états-nations, l’Espagne est une construction historique et politique. Pendant la dictature de Franco, les mouvements d’autonomie régionale étaient réprimés. Alors que la rébellion franquiste avait été soutenue par l’impérialisme britannique et étasunien pendant la Guerre Civile espagnole l’autoritarisme traditionaliste, ploutocratique et catholique du dictateur a fini par devenir un obstacle aux valeurs libertaires et gauchistes « Bourgeois-Bohème » requises pour rendre séduisant, aux yeux des masses populaires, le capitalisme néolibéral sous la férule d’une dictature européenne .

À la fin des années ’60 les États-Unis s’étaient mis à soutenir des mouvements gauchistes « BoBo » sur toute la planète, de la « révolution » de mai ’68 à Paris à la Révolution des Œillets au Portugal – la première « révolution colorée » au monde. Les manifestants de Lisbonne se sont servis de fleurs d’œillets pour inciter les soldats à les rejoindre. La technique allait marquer durablement la méthodologie des agences de l’impérialisme US cherchant à renverser des gouvernements hostiles à leurs intérêts géostratégiques ou économiques.

Les élites mondialistes ont compris que le capitalisme en crise ne pouvait survivre à la menace du socialisme scientifique que par la révolution permanente et le nouveau catéchisme des droits de l’homme et de la démocratie – des catégories de la pensée libérale bourgeoise. Et donc, la première révolution de couleur du monde a été vue au Portugal, en 1975.

Le théoricien marxiste Nicos Poulantzas a correctement souligné le fait que le conflit portugais opposait la vieille bourgeoisie compradore et coloniale à une bourgeoisie domestique émergente qui s’est alliée à la classe ouvrière pour renverser le régime de Salazar. Mais c’était une configuration de forces qui a provoqué l’effondrement de l’Empire Portugais, au profit de l’impérialisme US. Les travailleurs de l’Empire Portugais étaient devenus des outils de la rivalité entre impérialistes.

En brisant l’Empire Portugais protectionniste et corporatiste le capitalisme US a eu accès à de nouveaux marchés. Peu de temps après la Révolution des Œillets, les USA finançaient une guerre civile à grande échelle dans l’ancienne colonie portugaise de l’Angola. Il a fallu l’intervention de 20 000 troupes cubaines en 1975 pour sauver l’Angola du néocolonialisme US.

Pour en revenir à l’Espagne, les USA ne se sont donc pas inquiétés des dangers de la « transition démocratique » dans l’Espagne post-Franco. La fascisme franquiste et salazariste avait été utile à l’impérialisme US pendant les années ’30 quand les succès retentissants de la démocratie prolétarienne en URSS et son économie scientifiquement planifiée menaçaient de mettre fin à la domination de classe à travers le monde. Mais la « menace soviétique » fut neutralisée par les révisionnistes khroushchéviens de la fin des années ’50 et par le processus d’anti-stalinisation. Le Communiste irlandais Neil Gould avait correctement décrit l’ère khroushchévienne comme une contre-révolution à grande échelle.

La Constitution espagnole de 1978 a donné à de nombreuses régions espagnoles un statut de nationalité. Au fil des ans des mouvements régionaux et nationalistes ont émergé en Espagne, et particulièrement en Catalogne.

Avec des taux de chômage atteignant 50% au sein de la jeunesse espagnole et sa dette nationale dépassant maintenant 100% du PIB, l’Espagne est un état-nation au bord du gouffre. La Catalogne contribue à hauteur de 20% dans l’économie espagnole, et de 25% dans les exportations nationales. L’état-nation espagnol ne peut entretenir un tel niveau de dettes et de chômage. Si les oligarques financiers ne divisent pas le pays, il couve un sérieux risque de révolte sociale.

Jusqu’à maintenant, la colère du public a été contenue par de faux mouvements sociaux tels que « Podemos« , financé lui aussi par Soros. La fonction de « Podemos » est de contenir la colère populaire contre les effets du capitalisme en détournant son attention de ses origines, assurant ainsi la perpétuation du règne de classe bourgeois. Plutôt que d’appeler à la dictature du prolétariat, Podemos brandissait des pancartes vides de sens affichant « cambiar las cosas » – « changer les choses ». Alors voilà, le programme révolutionnaire radical pour l’économie politique socialiste au vingt-et-unième siècle est de « changer les choses »!

Des milliers de personnes défilent dans les rues de Barcelone pour manifester. Les Trotskistes sont pris de convulsions révolutionnaires paroxystiques tandis que les ouvriers font la grève et menacent de renverser le « régime espagnol ». La « révolution » est, se pâment-ils, en train d’acquérir un « caractère prolétaire » de plus en plus marqué.

Pendant la Guerre Civile espagnole l’Union Soviétique avait soutenu le gouvernement républicain légitime d’Espagne contre les rebelles fascistes de Franco. L’URSS a pris des milliers d’enfants espagnols sous sa protection et fourni des armes ainsi que des blindés aux Républicains espagnols. La victoire fasciste fut finalement assurée par les actions ultra-gauchistes des Trotskistes et des anarchistes, qui ont refusé de rejoindre le front populaire en soutien à la République contre la réaction fasciste.

En lieu et place, les Trotskistes ont saboté et attaqué le mouvement populaire, camouflant leur réaction derrière des slogans révolutionnaires sur « le réveil des ouvriers ». George Orwell faisait partie des espions trotskistes envoyés en Catalogne par les renseignements britanniques pour rendre compte des actions des Communistes. Il irait plus tard faire carrière en diffusant des mensonges et de la désinformation sur Staline et l’URSS, en écrivant pour des publications financées par la CIA.

La « gauche » joue aujourd’hui le même rôle en soutenant l’agenda impérialiste de l’indépendance catalane. Le Président du Venezuela Nicolas Maduro a une fois de plus démontré qu’il possède une pauvre compréhension de la lutte des classes et de la mondialisation, en se joignant au chœur de condamnations de la répression légitime de l’état espagnol d’un mouvement séparatiste illégal.

Nous ne suggérons pas un seul instant que le gouvernement espagnol est anti-impérialiste. En fait, ils collaborent sans doute avec les séparatistes. Après tout, les deux parties représentent les mêmes intérêts de classe; nous ne défendons pas non plus la violence policière. Mais aucun authentique Communiste ne peut soutenir un mouvement piloté par la réaction, conçu pour diviser la classe ouvrière et pour servir les intérêts de l’impérialisme. Il y a de fortes chances que des agences US de changement de régime telles que le Center for Applied Non-Violent Actions and Strategies [CANVAS, Centre pour les Actions et les Stratégies Non-Violentes, NdT] soient sur le terrain en Catalogne, entraînant des activistes pour la prochaine « révolution » de la mondialisation.

Ceux qui soutiennent les séparatistes affirment que la riche Catalogne est opprimée par l’Espagne. Depuis quand les riches sont-ils opprimés par les pauvres?

Désormais, Soros & Co. veulent « changer les choses » encore un peu plus. Il est temps de diviser le prolétariat espagnol en faisant des nationalités espagnoles de fausses « nations » totalement sous le contrôle d’un super-état ploutocratique européen. Après la Catalogne, d’autres suivront. L’Union Européenne observe placidement pendant que l’Espagne est écartelée. L’Europe va traverser une période de crise et de chaos. C’est une étape nécessaire vers l’Ordo ab Chao messianique à venir.

Source: http://www.gearoidocolmain.org/catalan-independence-tool-capital-labour/

Traduit par Lawrence Desforges



Catégories :International

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